05.12.2009
L'Europe, une Démocratie ?
Préoccupation concernant le référendum sur les minarets
Déclaration du Secrétaire Général du Conseil de l’Europe, Thorbjørn Jagland
Strasbourg, 30.11.2009 - “Gardant à l’esprit que le droit de débattre et de voter sur des questions importantes pour la société est un droit fondamental des Etats démocratiques, le référendum qui s’est tenu hier sur la construction de nouveaux minarets en Suisse soulève néanmoins la question de savoir si les droits fondamentaux individuels, protégés par des traités internationaux, devraient être soumis à des référendums populaires.
L’interdiction de construire de nouveaux minarets touche à la liberté d’expression, à la liberté de religion et à l’interdiction de toute discrimination, qui sont garanties par la Convention européenne des droits de l’homme. C’est pourquoi, si la Cour européenne des droits de l’homme était saisie d’une requête, ce serait à elle de décider si l’interdiction de construire de nouveaux minarets est compatible avec la Convention.” source

Les suisses ont-ils votés contre les libertés religieuses d'une minorité ou bien contre les symboles (de plus en plus) visibles et ostensibles d'une religion dominatrice, et de plus en plus conquérante ?
Et pourquoi les élites européennes font-elles semblant de se méprendre sur les réelles intentions de leurs peuples ? Pourquoi font-elles toujours semblant de croire que les réactions populaires sont inévitablement empreintes d'intolérance et/ou de xénophobie, ? Alors même que l'Europe est le continent le plus tolérant au monde ! L'intolérance est-elle, aujourd'hui, le fait de la vieille Europe ou bien de l'Islam ? Est-ce la « minorité » musulmane en Europe qui est persécutée ou bien les minorités chrétiennes en terre d'Islam ?
Cynisme ou stupidité de la part de nos élites ? Les deux, peut-être ?
Le français vont enfin comprendre (du moins je l'espère) les liens étroits qui existent entre la souveraineté , la liberté, la prospérité et la paix civile d'une Nation.
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17.03.2009
De la République au communautarisme.
Quelle signification donner à l’obsession dont font preuve nos élites au sujet de la discrimination raciale ?
Selon Julien Landfried (1), la dérive idéologique de la "gauche" française (qui de la lutte des classes a abouti à la lutte des races) serait essentiellement liée à la chute des systèmes communistes et donc à l’effondrement de l’idéologie marxiste.
Cette explication n'est pas fausse, mais comment justifier le fait que la "gauche non totalitaire" ne soit pas revenue vers l'idéal républicain, seule idéologie qui ait permis d'approcher, dans les pratiques, l'humanisme universaliste des Lumières ?
Revenons en arrière : à partir de quel moment la gauche française a-t-elle décidé d'abandonner l'idéologie marxiste ? Ce n'est pas en 1989, date de la chute du mur de Berlin, mais bien en 1984 que notre gauche s'est caviardisée sans complexes. Après avoir conquis le pouvoir avec des discours révolutionnaires et subversifs, il ne lui restait plus qu'à se débarrasser d'une idéologie devenue un tantinet encombrante.
Mais alors pourquoi ne pas revenir à l'idéal républicain ? Tout simplement parce que l'homme et la collectivité humaine sont les buts suprêmes de la République (l'argent et le profit y étant subordonnés). Mitterrand a très vite compris, en bon opportuniste, qu'il était risqué pour sa carrière de mordre la main qui l'avait financé, alors qu'il est si simple d'endormir le peuple à grand renfort de propagande et de slogans.
J'ajouterais que les principes républicains n'éludent pas les conflits internes à la société (contrairement aux idéologies totalitaires comme le fascisme, le communisme ou le communautarisme) ce qui peut sembler dangereux pour toute personne ou organisation désirant garder le pouvoir pour le pouvoir.
Au moment même où elle accédait au pouvoir, et après avoir usé de toutes les ficelles de la démagogie, la gauche se voyait bien embarrassée avec ces deux idéologies qui pouvaient désormais se révéler à double tranchant. Face aux réalités du pouvoir, le temps des discours démagogiques était compté, la croisée des chemins était proche : il fallait désormais choisir entre l'éthique de la responsabilité avec tous les risques qu'elle implique, et l'éthique du mensonge, seule à même de garantir la conservation du pouvoir à moyen terme.
C'est en lorgnant du côté des USA que la gauche française a trouvé son nouveau crédo : la lutte contre les discriminations raciales et le retour aux communautés. Rien de tel pour diviser un peuple et occulter les problèmes économiques ; en effet, ces nouveaux dogmes présentaient l'immense avantage de limiter les conflits sociaux ascendants (revendications salariales pour n'en citer qu'un) et d'étendre les conflits transversaux (conflits inter-ethniques, religieux, sexuels...), tout ceci pour le plus grand profit des classes possédantes qui se voyaient libérées de toutes les pressions sociales que la République et le marxisme leur avaient imposées depuis 1944. Ce qui explique, en partie, pourquoi la droite française n'a, depuis, jamais vraiment contesté cette idéologie, se contentant de mimer la pantomime du conflit droite/gauche au grand théâtre des illusions cathodiques.
C'est donc dans la deuxième partie des années 80 qu'a commencé la propagande anti-raciste. Propagande digne de Staline ou de Goebbels, menée de main de maître par Mitterrand en personne. Goebbels était parvenu, en quelques mois, à faire croire aux Allemands qu'ils étaient antisémites ; Mr Mitterrand, quant à lui, a convaincu les français qu'ils étaient racistes tout en se faisant passer pour un humaniste : artiste diabolique..... mais artiste quand même.
Je vois poindre sur les lèvres de nos bien-pensants l'objection qui, depuis trente ans, clôt tout débat sur le sujet : "Monsieur, vous êtes un raciste qui voudrait occulter les problèmes de la discrimination raciale dans notre pays" ?
Mon propos n'est pas d'occulter ce problème ; le racisme existe sans nul doute dans notre pays (quel pays pourrait se targuer de n'avoir aucun citoyen raciste ?) et le combattre est une nécessité. Mais j'ai également l'intime conviction que l'intérêt récent de nos élites pour les problèmes raciaux cache des motivations moins avouables, disons plus sonnantes et trébuchantes !
Ainsi, il ne fait aucun doute dans mon esprit que le pseudo-combat contre la discrimination raciale n'est qu'une manipulation servant à masquer une autre discrimination tout aussi destructrice socialement et bien plus gênante pour les classes possédantes mais qui est pourtant passée totalement sous silence : la discrimination politique et syndicale dans les entreprises.
Pendant que les marionnettes de Mr Mitterrand criaient "Touche pas à mon pote", les entreprises licenciaient les syndicalistes à tour de bras et ce, dans un silence médiatique total.
Une coïncidence ? Un hasard ? Une contradiction à coup sûr pour un parti qui se disait socialiste.
Prenons l'exemple de la grande distribution, grosse pourvoyeuse de fonds des partis politiques dans les années 80. Les méthodes utilisées, à l'époque, par ces enseignes pour décourager leur personnel de jouir de leurs droits (sociaux, économiques et politiques) étaient pour le moins brutales, inhumaines et, la plupart du temps, illégales. Beaucoup d'extensions en CDEC (2) étaient liées à la corruption, le droit du travail était interprété à la sauce "ultra-libérale", le harcèlement moral était préconisé comme un mode de management normal dans la formation des cadres...
Combien d'employés du commerce sur le carreau, dépressifs ou suicidés ? Combien de "unes" dans les grands médias ? Comme si la couverture médiatique était inversement proportionnelle à la représentativité du phénomène. Un hasard ou bien une nécessité pour nos élites ?
L'anti-racisme, nouvelle invention des possédants pour escamoter le concept de lutte des classes et combattre la démocratie républicaine, deux derniers obstacles idéologiques à leur hégémonie économique et politique, à l'instar des élites américaines ! Car seules ces deux idéologies furent, dans notre Histoire récente, de puissants leviers qui permirent la remise en cause de l'ordre établi.
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03.07.2008
Sarcelles : les apprentis sorciers du communautarisme
Le député maire de Sarcelles, François Pupponi, successeur de Dominique Strauss-Kahn, porte-parole auto-proclamé de la banlieue, veut faire de sa ville un laboratoire vivant de la France de demain. Ils se garde pourtant bien de faire la promotion de certaines de ses recettes, des plus nauséeuses pour tout républicain qui se respecte. Dans une ville « communautarisée », selon ses propres termes, la réaffirmation des principes républicains devrait d'autant plus être de rigueur. C'est le contraire qui est pratiqué. L'exemple le plus édifiant et le plus scandaleux est celui de la « liste bleue », intégrée en grande pompe à la majorité municipale. Petit retour historique.
2001, dans une communauté juive inquiète de la recrudescence de l'antisémitisme, quelques personnalités locales ont la brillante idée de monter une liste communautaire aux élections municipales : la liste bleue. Ils tentent au préalable une négociation avec DSK et Pupponi selon les termes suivants. La communauté juive représente une partie importante de la classe moyenne d'une ville en voie de paupérisation, elle doit à ce titre contrôler les compétences municipales clés. Le bon sens l'emporte à l'époque, la demande est jugée irrecevable et la négociation échoue. La liste bleue se constitue donc et se présente devant les électeurs. 45 colistiers triés sur des critères religieux, sinistre première. Le but affiché : mettre la liste de gauche en ballottage et négocier entre les deux tours. DSK qualifiera pendant la campagne cette liste de « honte pour la république » (1). Malgré un score plus qu'honorable : 13,54%, le « front communautaire juif » ne parvient pas à ses fins, la liste Pupponi-DSK est réélue au premier tour avec 58% des voix.
Les républicains et les laïcs sont soulagés… pas pour longtemps, car la partie n'est pas terminée, la liste bleue revient à la charge. Au lieu d'enterrer cet honteux épisode, Pupponi reprend le dialogue avec Gérard Uzan, chef de file de la liste bleue, qui siège en compagnie de deux colistiers au conseil municipal. La tactique de Pupponi, validée par DSK, est simple : cette alliance amène les voix d'une majorité de la communauté juive, de moins en moins encline à voter à gauche. En l'échange de son soutien aux candidats socialistes locaux, la liste bleue intègre la majorité municipale. Peu importe si cette tactique conduit à faire reconnaître et valider institutionnellement le communautarisme le plus intégral, seul le résultat compte. Devant les premiers signes d'alliance, certains communistes, partenaires des socialistes locaux, se rebiffent en distribuant un tract peu reluisant intitulé « le baiser de Judas »… Ils finiront pourtant par avaler la couleuvre, qui aura considérablement grossi entre les deux élections municipales.
2007, DSK est en difficulté aux législatives face à Sylvie Noachovitch. Entre les deux tours, on sollicite la liste bleue, qui
signe un tract et le distribue à dessein, aux abords de la synagogue et dans les boîtes aux lettres sur lesquelles est inscrit un patronyme juif… DSK est réélu avant de s'envoler pour le FMI. 2008, élections municipales, la liste bleue réclame son dû. Pupponi paie rubis sur l'ongle en intégrant trois anciens de la liste bleue sur sa liste, délégations clés à l'appui. Gérard Uzan aura en charge l'action sociale, Fabienne Sroussi le logement, Charles Souffir le développement économique via la vice-présidence de la communauté d'agglomération. Voyant les portefeuilles principaux leur échapper, les partenaires de Pupponi, médusés, n'osent pas désavouer leur chef, tandis que l'opposition hésite à dénoncer cette alliance, les accusations d'antisémitismes peuvent fuser à tout moment.
Pourtant, il y en aurait à redire. La liste bleue a constitué son propre groupe au conseil municipal. Fabienne Sroussi, juive pratiquante, porte la perruque et ne serre pas la main des hommes, ce qui est son droit, du moins tant qu'elle n'est pas élue. Car la laïcité en France prohibe tout signe religieux ostentatoire chez les représentants de l'Etat et interdit que l'on traite différemment les citoyens. Mais à Sarcelles, en plus de ne pas pouvoir vous loger dignement, crise du logement oblige, si vous êtes un homme, vous n'aurez même pas droit à une poignée de main de la part de l'élue de référence.
De son côté, Charles Souffir, ancien Sarcellois habitant aujourd'hui Neuilly sur Seine, arbore la kippa en toutes circonstances. Riche entrepreneur, il possède à Sarcelles un immeuble, le Francilien, où il loge, contre loyers, des services municipaux. Un conseiller municipal qui fait des affaires avec sa propre municipalité, quoi de plus normal ? Après tout, l'emprunt pour financer la construction de son immeuble a été garanti par la communauté d'agglomération du Val de France, dont il est aujourd'hui le vice-président. En charge du développement économique, il peut peser dans
les décisions d'implantations d'entreprises avec lesquelles, peut être, « travaillera-t-il ». Le communautarisme se double ici d'un mélange des genres sur lequel la justice ne saurait tarder à se pencher.
Enfin, à l'action sociale, Gérard Uzan, est un médecin respecté mais un politicien illuminé. Déjà colistier de DSK en 1990, il s'était alors rendu coupable de la plus odieuse des diffamations envers le maire RPR de l'époque en déclarant « en souvenir des six millions de nos frères morts dans les camps, nous n'avons pas le droit de voter pour Raymond Lamontagne ». Ce dernier, décoré comme résistant , portera plainte et la justice condamnera Gérard Uzan . Les associations de déportés auraient pu en faire autant : instrumentaliser la mémoire de la Shoah pour diffamer un adversaire politique, quelle horreur…!
Aujourd'hui Pupponi, réélu à 69%, peut être fier de lui. Il n'a jamais perdu une élection. Il a, de plus, fait d'une pierre trois coups, bafouant tout à la fois les règles élémentaires de la laïcité, de la probité et du respect de la dignité des personnes. Il a ouvert la boîte de pandore du communautarisme politique en montrant la voie aux intégristes de tous bords : « pesez électoralement et vous obtiendrez tout ce que vous voudrez ». Et dire que cet apprenti sorcier veut faire de Sarcelles un laboratoire de la France de demain. Au secours !
ARTICLE De Bernard Lanra, citoyen sarcellois républicain. publie sur www.communautarisme.net
le Dimanche 22 Juin 2008
20:56 Publié dans Actualités, Blog, Coup de coeur/Coup de griffe, Débat/Forum, Famille, HISTOIRE, Politique, Tous les articles, Traditions | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Sarcelles : les apprentis sorciers du communautarisme
02.07.2008
L’introuvable souveraineté de l’Union européenne
Le non irlandais au traité de Lisbonne donne l’occasion d’entendre le discours de crise convenu qui accompagne désormais chaque remise en cause du projet européen. L’unanimisme foncier dont font preuve la plupart des commentateurs transparaît à travers leurs analyses tronquées, les débats « contradictoires » entre deux partisans du oui et les formules incantatoires pour « sortir l’Europe de l’impasse ». Au lieu de proposer un espace aux réflexions que l’évènement devrait susciter, les médias se sont comportés en véritable dispositif de crise permettant de dédramatiser les conséquences du non tout en culpabilisant les électeurs réticents. C’est ainsi qu’ils favorisent la poursuite envers et contre tout du processus d’intégration.
Plutôt que de s’interroger sur le texte rejeté, les défenseurs du traité préfèrent accabler les Irlandais qui auraient « tout obtenu de l’Europe ». Quelques jours avant le scrutin, anticipant le résultat, Daniel Cohn-Bendit parla même de « sociétés à logique égoïste » ; une formule qui vise autant à accabler l’Irlande pour son « ingratitude » à l’égard d’une Europe nourricière qu’à suggérer un repli identitaire. L’UE ne fait pourtant que redistribuer les subsides des états membres ; lorsque l’un d’eux conteste son allégeance à la nouvelle donne supranationale, pourquoi s’empresser d’assimiler son refus à un réflexe de peur ? Le soupçon de nationalisme stigmatisant les peuples doutant des bienfaits de l’UE et lui refusant le chèque en blanc qu’elle exige permet en fait de discréditer le cadre politique de l’Etat-nation au profit des institutions communautaires.
Autre argument minimisant la souveraineté populaire, celui du nombre, qu’il était difficile d’avancer lors des refus français et néerlandais ; comme le dit Jean Daniel, « Un pays de 4 à 5 millions d’habitants comme l’Irlande ne peut pas tenir en otage des nations réunissant 490 millions de citoyens. » Le rappel incessant du faible poids de l’Irlande dans la population de l’UE indique que les européistes refusent de considérer ce troisième non pour ce qu’il est, l’expression de la volonté d’une nation ; ils le réduisent à une opposition minoritaire au sein d’un « peuple européen » qui, n’existant pas au sens politique du terme, ne peut donc constituer une source de légitimité. L’Europe supranationale est pour eux d’ores et déjà souveraine.
Là où en 2005 les dirigeants européens furent contraints de patienter le temps de déguiser la constitution Giscard en traité de Lisbonne, il n’est plus question aujourd’hui de « continuer des débats institutionnels qui ennuient tout le monde dans toute l’Europe », selon le chancelier autrichien, Alfred Gusenbauer. Cette impatience traduit l’aspect impératif du projet malgré le scepticisme persistant des peuples, il sera donc mené en leur nom, malgré eux s’il le faut. Pour José Luis Zapatero : « Il n’est pas possible que l’Irlande, avec tout le respect pour son choix démocratique, puisse stopper un projet aussi nécessaire. » Une fois encore la rhétorique de l’obligation fait office d’argumentaire.
Alors que la notion de souveraineté devrait être au cœur des débats, elle continue d’en être la grande absente, le mot n’étant même jamais prononcé. On préfère insister sur « l’addition des mécontents, aux motivations disparates et contradictoires », comme on pu le lire dans Le Figaro, manière de rendre inaudibles les arguments du non. Ainsi les Irlandais auraient voté entre autres : par incompréhension du texte, contre l’avortement, la remise en cause de leur fiscalité ou de leur neutralité, pour sanctionner leur gouvernement, par peur de l’immigration, etc. Ces motifs hétéroclites répondent malgré tout à un traité cryptique impliquant un transfert massif de compétences depuis les états membres vers l’administration bruxelloise. Et peut-on prétendre sans condescendance, comme on l’a entendu, que les Irlandais auraient voté non en réaction à la déclaration maladroite de Bernard Kouchner : « Ce serait quand même très, très, très gênant pour la pensée honnête qu’on ne puisse compter sur les Irlandais qui, eux, ont beaucoup compté sur l’argent de l’Europe » ? Une nouvelle démonstration de « pédagogie » qui en dit davantage sur l’état d’esprit des dirigeants européens que sur le contenu du traité qu’ils défendent.
Cette méfiance à l’égard des peuples les conduit naturellement à déconsidérer la démocratie directe ; pour le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, « ce qui est en cause, c’est surtout la procédure du référendum ». Avant le résultat du vote irlandais, les députés européens rejetèrent par 499 voix contre 129 un amendement déposé par la Gauche unitaire européenne demandant que le Parlement « s’engage à respecter le résultat du référendum irlandais ». Courageuse assemblée qui refuse à une large majorité de prendre en compte le verdict possible d’un peuple souverain alors que la campagne n’a pas encore commencé… Sans doute s’agit-il pour ces députés d’accomplir un acte de résistance à la manifestation anticipée d’un « despotisme irlandais », selon l’expression emphatique d’Alain Duhamel.
Une fois le résultat connu, les européistes s’empressèrent d’en nier la portée. Une réaction parmi d’autres, celle du Premier ministre polonais, Donald Tusk : « Le référendum en Irlande ne disqualifie pas le traité de Lisbonne. L’Europe trouvera un moyen de le faire entrer en vigueur. » Si l’on parle à l’envi de « crise », c’est pour immédiatement mettre en oeuvre les moyens d’en sortir sans rien abandonner du projet originel. Mais le terme de crise est-il justifié au sujet d’un vote qui apporte une nouvelle réponse claire au projet de réforme des institutions ? N’est-ce pas plutôt un début de solution ? Pourtant toutes celles qui ont été proposées jusqu’à maintenant supposent l’application du traité. Qu’il s’agisse de laisser l’Irlande à l’écart de l’Europe normalisée ou de lui consentir des aménagements juridiques en vue d’un second vote en 2009, l’essentiel est de permettre l’avènement d’une « gouvernance » supranationale, unique horizon politique proposé aux peuples européens.
La présidence française de l’UE ne pourra s’exercer que dans les étroites limites de ce mandat implicite. Les grands
chantiers que souhaite lancer Nicolas Sarkozy nécessitent la ratification du traité de Lisbonne. Il est significatif que sa seule initiative véritablement indépendante, l’Union pour la Méditerranée, soit fortement contestée parce qu’elle contredit la logique centralisatrice de Bruxelles. Quoi qu’il en soit, si le nouveau cycle médiatique qui s’ouvre avec la présidence française étouffait le non irlandais, on voit mal comment un tel affront permettrait de « changer notre façon de faire l’Europe », selon le vœu pieux exprimé par Nicolas Sarkozy.
Article de
Dominique GUILLEMIN et Laurent DAURE paru le lundi 30 juin 2008 sur Revue Républicaine
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20.06.2008
L'affaire Vincent Humbert ou la propagande pro-euthanasie !
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LE REFERENDUM IRLANDAIS OU LE RETOUR DU REFOULE
Comment ne pas être frappé, en voyant rejet du traité de Lisbonne émanant du peuple irlandais, par le contraste entre la faiblesse de l’enjeu apparent : un pays sur vingt-sept et un des plus petits, périphérique qui plus est, ne représentant que 1,1 % de la population de l’Union, et le séisme que provoque ce vote à travers toute l’Europe.
Les raisons qui peuvent expliquer ce retentissement ne manquent certainement pas : l’Irlande étant le seul pays que sa loi fondamentale obligeait à soumettre le traité à référendum, tout le monde a compris que le peuple irlandais dit tout haut ce que les autres pensent tout bas ; on sait aussi qu’un traité international comme celui de Lisbonne n’est valide que si tous les pays signataires l’ont ratifié et que la défaillance d’un seul suffit à le rendre inopérant.
Certes. Mais l’Europe en a vu d’autres : la machine européenne a su jusqu’ici gérer ces problèmes quitte à faire revoter certains pays ou à leur ménager un régime spécial (Royaume-Uni, Danemark, Irlande déjà ).
Les partisans du traité peuvent dire en outre que l’Irlande, encore prisonnière d’ un catholicisme étriqué, est un cas à part : que la question de l’avortement ait en partie motivé son refus l’écarte , de toutes façons, du courant dominant.
Pourtant cet Etat , longtemps à la traîne, est devenu le plus riche de l’Union ; il a le taux de prélèvements obligatoires le plus faible et au moins autant que les questions de mœurs, a joué dans ce pays réputé libéral la crainte que l’Europe ne remette en cause la gratuité de la santé et de l’éducation. Le refus des aventures militaires où la politique étrangère commune pourrait entrainer ce pays resté à l’écart de l’OTA N a aussi influé.
Mais la réaction de l’opinion internationale témoigne surtout de l’extrême fragilité de l’édifice bruxellois.
Déjà, deux grands pays fondateurs, la France et les Pays-Bas, avaient en 2005 rejeté le projet de constitution européenne provoquant un premier ébranlement. La réaction des élites européennes attachées à une mécanique dont l’effet premier, profitable pour elles, est d’ouvrir l’espace européen à tous les vents de la mondialisation, fut de s’asseoir sur le couvercle de la marmite. Le traité prétendu simplifié (tellement simplifié que François Bayrou lui-même n’hésite pas à qualifier d’illisible), annoncé par Nicolas Sarkozy dans sa campagne électorale, devait remettre l’Europe sur les rails « parce qu’il n’y a pas d’autre solution. » Afin d’éviter cette fois tout risque de rejet, 26 états sur 27 avaient décidé de l’adopter par voie parlementaire, des gouvernements et des parlements dociles à l’ordre international n’hésitant pas, comme en France, à désavouer frontalement le vote populaire. Mais le référendum irlandais a été le maillon faible de l’entreprise : avec lui , c’est toute une bouffée de vapeur qui s’échappe de la marmite , venant rappeler que le calme apparent avec lequel les dirigeants européens faisaient mijoter leur petite soupe n’était qu’un faux-semblant recouvrant une contrainte lourde imposée aux peuples et un viol, sinon dans la lettre du moins dans l’esprit, de ce fondement essentiel de la civilisation européenne qui s’appelle la démocratie.
Que va-t-il se passer désormais ? La France et l’Allemagne ont, sans surprise, annoncé conjointement que le processus de ratification devait se poursuivre comme s’il ne s’était encore une fois rien passé. Les électeurs irlandais sont renvoyés aux brumes d’Avallon.
Freud a expliqué que le mécanisme du refoulement permettait à l’homme de vive au quotidien, en « censurant » les vérités traumatiques qu’il ne veut pas voir. Depuis plusieurs années les dirigeants européens censurent pour cette raison le refus profond des peuples d’Europe d’aliéner leur liberté ou à tous le moins d’approuver des politiques européennes décidées sans qu’on leur demande leur avis.
Le plus probable dans l’immédiat est qu’un nouveau mécanisme de refoulement - de forclusion disent aussi les psychanalystes - , quelques subterfuges juridiques aidant , se mette en place, pour que l’Europe puisse croire reprendre le cours de son long fleuve tranquille. Le traumatisme passé, on fera comme s’il ne s’était rien passé. Mais l’amnésie aura un caractère plus artificiel que jamais. Et comme le refoulé, nous dit encore Freud, finit toujours par revenir à la surface, ce sera jusqu’au prochain débordement.
Article de Roland HUREAUX pblié sur son blog le Vendredi 13 juin 2008
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17.06.2008
Les peuples veulent reprendre le contrôle de l'Europe
Après le “non” irlandais, la solution est proche. Le « non » irlandais au traité de Lisbonne est sans appel : malgré le déchaînement des pressions de tout genre, nationales et internationales, 53,4 % de votes « non », 33 circonscriptions sur 43, avec un taux de participation élevé pour l'Irlande – deux caractères que l'on retrouvait déjà en 2005 dans les référendums français et néerlandais. Il est clair aussi que la plupart des peuples d'Europe, si d'aventure ils étaient consultés, répondraient à peu près la même chose. Il n'y a qu'une conclusion à en tirer : les peuples ne veulent ni de la Constitution européenne, ni de ses succédanés, car ils ont compris que l'Europe supranationale en construction, hors de tout contrôle proche et direct des citoyens, néglige leur défense, piétine leurs valeurs, et finalement se retourne contre eux. Ils ne rejettent pas l'Europe en elle-même, ils rejettent cette forme d'Europe, et veulent en reprendre le contrôle.
par Georges Berthu*
Tout cela était hautement prévisible pour qui voulait bien écouter nos concitoyens sans se laisser assourdir par les dogmes fédéralistes. L'année dernière, ici-même dans Liberté politique (13 décembre 2007), nous doutions que, malgré le verrouillage massif opéré par les classes politiques, le traité de Lisbonne puisse être un jour adopté : « Il nous paraît peu vraisemblable, écrivions-nous, qu'une réticence populaire aussi massive ne trouve pas un moyen de se frayer un chemin chez l'un au moins des 27 États membres, ou chez plusieurs ». Eh bien, nous y sommes.
Qui peut ne pas voir désormais que les Français, comme tant d'autres, ne croient plus du tout à l'Europe telle qu'elle est, une Europe qu'ils avaient fondée pour qu'elle les défende mieux, à laquelle ils ont donné des pouvoirs dans ce but, et qui maintenant les galvaude?
La confiance en l'Europe est rompue. Et pis encore, les responsables politiques nationaux qui s'efforcent de défendre cette Europe discréditée y perdent eux-mêmes leur crédit. La délégitimation européenne se répercute ainsi sur les institutions nationales qui auraient pu servir de recours, et la rupture entre les citoyens et leurs représentants n'en est que plus grave.
Une Europe qui nous défende
Il faut absolument réagir, car dans ce monde globalisé plus dangereux que jamais, nous avons besoin d'une Europe qui nous défende. Il nous faut un acte éclatant et radical, montrant à tous, indiscutablement, que l'Europe change de direction.
Au lieu de cet acte salvateur, que voyons-nous ces derniers jours ? Des fédéralistes aigris qui nous expliquent que les Irlandais, après avoir reçu tant d'aides européennes, se montrent égoïstes et ingrats. Ces affirmations sont vraiment injustes. Car ceux qui ont suivi la campagne irlandaise de près savent bien que l'argument le plus fréquent était celui de la souveraineté : « Nous n'avons pas résisté cinq siècles à la domination anglaise pour plier maintenant devant les bureaucrates de Bruxelles. » La pseudo-explication par l'égoïsme et la cupidité, dont se repaissent les fédéralistes, leur nuit à eux-mêmes au premier chef, car elle les rend incapables d'analyser les vrais enjeux, et elle les disqualifie.
« Les Irlandais n'ont pas lu le traité de Lisbonne » répètent aussi les mêmes aigris. Mais qui l'a bien lu ? Ceux qui ont voté « oui » pas plus que les autres. En vérité, les Irlandais qui ont refusé Lisbonne n'ont sans doute pas lu chaque article mot à mot, mais ils ont parfaitement compris la direction générale, tout simplement parce que cette direction générale, ils la sentent dans leur vie quotidienne. C'est en cela qu'une vraie démocratie est irremplaçable, n'en déplaise aux fédéralistes.
Enfin, on nous soutient encore qu'il faudrait poursuivre les ratifications du traité de Lisbonne parce qu'il « n'y a pas d'autre Europe possible ». Si c'était vrai, ce serait désespérant. Et beaucoup répondraient sans doute : « Alors, il vaut mieux pas d'Europe du tout que cette Europe qui nous trahit. » Mais heureusement, ce n'est pas vrai.
Il y a bien une autre Europe, mais encore faudrait-il que les fédéralistes sortent de leur tour d'ivoire, qu'ils écoutent et regardent les réalités autour d'eux. Qu'ils comprennent que le général de Gaulle n'émettait peut-être pas une idée absurde lorsqu'il voulait faire du « Compromis de Luxembourg » la clé de voûte des institutions européennes, parce qu'il y voyait le meilleur moyen d'établir un lien direct entre l'Europe et chaque peuple. Ce Compromis ne peut pas être transposé tel quel dans une Europe à 27 ou 30 membres ? Bien sûr, modifions-le, transformons-le en un « droit de ne pas participer », restaurons ainsi la valeur des démocraties nationales, et conservons son esprit. C'est l'essentiel.
Le Compromis de Luxembourg modernisé ne risquerait-il pas de produire une « Europe à la carte » ? Assez d'épouvantails ! Si c'est une Europe efficace, proche de ses peuples, respectueuse des identités comme des démocraties nationales, ce sera bien suffisant.
Alors courage, MM. les chefs d'État et de gouvernement ! La solution est peut-être proche si vous le voulez bien.
*Georges Berthu est ancien député européen
ARTICLE PUBLIE SUR (http://www.libertepolitique.com/) ET SUR
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15.06.2008
Plan B : Kouchner veut 'remettre ce Traité sur le métier'
Interviewé sur RTL ce lundi 9 juin, le ministre des Affaires Etrangères français Bernard Kouchner exhorte les irlandais à
se prononcer en faveur du « oui » lors du référendum sur le Traité de Lisbonne qui se tiendra ce jeudi 12 juin. En cas de "non" irlandais, il annonce ce qui ressemble fort à un "plan B". Il faudra, explique-t-il "tenter de convaincre les Irlandais qui ont déjà revoté une fois à propos du Traité de Nice justement, de remettre ce Traité sur le métier. Difficile situation qu'on commence à envisager un peu partout."
Vers de nouveaux opting out (dérogations) pour l'Irlande en cas de
Plan B : Kouchner veut 'remettre ce Traité sur le métier'
Là où d'autres ont mis les formes pour plaider en faveur d'une ratification du Traité de Lisbonne, M. Kouchner affiche un dogmatisme pour le moins de mauvais goût quand il affirme : « Nous faisons tout pour que le "non" disparaisse des esprits et que le "oui" l'emporte. Je crois que la première victime d'un "non" éventuel auquel je ne veux pas croire, ce serait les Irlandais ».
Le ton de Bernard Kouchner ne manque pas d'arrogance quand il évoque les fonds communautaires - en réalité ceux des autres Etats membres transitant par Bruxelles -récoltés par l'Irlande : « Oui, ils en ont profité plus que les autres. (…) Ce serait quand même très, très, très gênant pour la pensée honnête qu'on ne puisse compter sur les Irlandais qui, eux, ont beaucoup compté sur l'argent de l'Europe. »
Avait-on dit aux Irlandais qu'accepter les aides européennes les priverait de toute possibilité de ne pas être d'accord avec la politique de l'Union, avec la façon dont elle se construit et par-delà les priverait de tout droit démocratique lorsque l'Union est dans les parages, à commencer par celui de dire "non" ? La vision toute clientéliste de l'Europe par Bernard Kouchner fait grincer des dents dans le camp du "oui" irlandais, où l'on attendait tout, sauf du chantage aux fonds européens pour soutenir la difficile cause du traité de Lisbonne.
Mieux, le Ministre français des affaires étrangères révèle, en se retenant un peu quand même, que le "non" mettrait certes l'Union européenne dans une "difficile situation" mais que comme lors du premier "non" irlandais sur le traité de Nice, on remettrait l'ouvrage "sur le métier" et que c'est la solution que l' "on commence à envisager partout", autrement dit, la négociation de nouvelles dérogations (opting out) en faveur de l'Irlande.
Extrait :
Alain Duhamel (RTL) : Si un pays manquait à l'appel, les 26 pourraient-ils appliquer le Traité ? Ou le Traité serait-il définitivement loin ?
Bernard Kouchner : Théoriquement non. Théoriquement non. Je pense qu'il faudrait poursuivre en ce qui concerne la France puisque nous serons Président à partir du 1er juillet, il faudrait continuer, s'acharner, aller très vite, continuer sur les priorités que nous avons définies et puis tenter de convaincre les Irlandais qui ont déjà revoté une fois à propos du Traité de Nice justement, de remettre ce Traité sur le métier. Difficile situation qu'on commence à envisager un peu partout avec comme dirais-je, de l'espoir certainement c'est nécessaire, mais un peu d'incompréhension qui va se transformer en une gigantesque incompréhension. Ce n'est pas en étant seul qu'on arrivera à faire face ; et au contraire, vraiment les Irlandais se pénaliseraient.
Aujourd'hui, Le Monde (10 juin ) confirme : "en cas de non, pour éviter une réaction en chaîne et ne pas interrompre le processus de ratification du traité par les autres pays - seuls quinze Etats membres ont déjà ratifié -, une solution serait de faire revoter les Irlandais sur de nouvelles bases, en leur concédant d'autres "opting out" (dérogations) sur les sujets qui leur sont sensibles. Le précédent de Nice nourrit l'espoir qu'un non pourrait à chaque fois être gratifié d'une prime des têtus."
Après la menace, la douceur, au pire le "non" irlandais provoquera une..."gigantesque incompréhension" comme le dit Bernard Koucnher, et l'on renégociera des concessions et garanties à l'Irlande. Preuve qu'en dehors de provoquer un immense, mais provisoire désarroi chez les élites décidément incomprises des peuples européens, ce "non" irlandais ne pourra qu'être fécond. En France, où le référendum en cas de transferts de souveraineté n'est pas constitutionnellement obligatoire, on avait pas eu cette chance.
A rticle de Christophe Beaudouin publié sur "L'Observatoire de l'Europe après le Non" le Mardi 10 Juin 2008
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29.05.2008
Touche pas à mon préambule !
Par Anne-Marie Le Pourhiet, Professeur de droit public à l'université Rennes-1, tribune parue dans Le Figaro, 23 mai 2008. Anne-Marie Le Pourhiet détaille les raisons pour lesquelles il ne lui semble pas judicieux de réviser le préambule de la Constitution où sont consacrés la philosophie politique de la France ainsi que les droits et libertés des citoyens.

Par décret du 9 avril 2008, le président de la République a désigné le comité présidé par Simone Veil, chargé de réviser le préambule de la Constitution française où sont consacrés la philosophie politique de la France ainsi que les droits et libertés des citoyens. Trois mois s'étant écoulés depuis l'annonce faite le 8 janvier, et le président ayant depuis judicieusement rappelé qu'il n'avait pas été élu pour désigner des comités, on s'était pris à espérer qu'il renonce à son inquiétant projet. Il n'en a rien été.
C'est pour ancrer la Ve République dans la tradition républicaine, et rassurer ceux qui redoutaient une dérive bonapartiste du régime, que la loi constitutionnelle du 3 juin 1958 avait imposé au gouvernement du général de Gaulle de garantir dans la nouvelle Constitution les droits essentiels consacrés par la déclaration libérale de 1789 et le préambule social de 1946.
La cohabitation n'a pas toujours été facile entre ces deux philosophies puisque le libéralisme impose à l'État de se cantonner dans des fonctions régaliennes (État gendarme) tandis que le socialisme l'invite au contraire à fournir prestations et réglementations (État providence). Toutefois, les textes de 1789 et de 1946 ont en commun un élément essentiel qui assure leur cohérence : l'universalisme, qui ne veut rien voir entre le citoyen libre et la nation souveraine. La consécration de l'autodétermination d'un homme doué de conscience et de raison, libéré de toute chaîne ou appartenance héréditaire, coutumière, ethnique, religieuse ou linguistique est la caractéristique majeure de la tradition républicaine et donc de notre «identité constitutionnelle», pour reprendre l'expression du Conseil constitutionnel. L'égalité de tous les citoyens devant la loi, le refus des groupes, catégories ou corporations, l'abolition des privilèges et la promotion du seul mérite constituent, depuis la Révolution, le socle intangible de nos valeurs.
Or la lettre de mission adressée par le président Sarkozy à Mme Veil, malgré ses précautions de langage, promet
clairement une remise en cause de celles-ci. Il ne suffit pas, en effet, d'affirmer que la révision projetée ne saurait «modifier ou affaiblir» les textes de 1789 et de 1946 et qu'il s'agirait seulement d'inscrire dans le préambule «des droits et principes fondamentaux nouveaux». Les juristes savent bien que beaucoup de «droits nouveaux» issus du multiculturalisme ou du féminisme ne s'ajoutent pas simplement aux droits de l'homme traditionnels mais les contrarient au point de les détruire. Lorsque Marcel Gauchet affirme : «Un nouvel homme des droits de l'homme est né qui n'a plus rien à voir avec son ancêtre de 1789», il constate simplement que les nouveaux droits aujourd'hui revendiqués ou consacrés dénaturent les libertés fondamentales de la première génération.
Introduire la parité et la diversité dans le préambule revient à saper le principe d'égalité de tous devant la loi et à consacrer des assignations à identité sexuelle, ethnique, linguistique ou religieuse que le Conseil constitutionnel a toujours refusées au nom de l'universalisme révolutionnaire. C'est aussi remettre en cause la méritocratie républicaine que d'introduire des discriminations positives, c'est-à-dire des passe-droits ethniques et sexuels, qui constituent autant de privilèges, au sens étymologique de lois privées, en opposition avec la res publica. Ne nous y trompons pas, c'est la philosophie réactionnaire de Joseph de Maistre, illustrée par son fameux «J'ai vu des Français, des Italiens, des Russes mais quant à l'homme je déclare ne jamais l'avoir vu de ma vie», qui est de retour et que l'on a clairement entendue dans le discours de Dakar qui ne voulait voir, lui aussi, que «l'homme africain». La remise en cause de la laïcité n'est sans doute pas expressément au programme du comité Veil, mais on devine bien qu'elle rôdera alentour sous couvert de «diversité religieuse» ou de «dignité des croyants», et l'on sait aussi que les militants des langues et «préférences» régionales ont déjà préparé leurs amendements ethnocentriques.
La dignité constitue aujourd'hui la menace la plus directe contre la philosophie des Lumières et l'idée républicaine, l'arme fatale contre nos libertés. Ériger cette notion philosophique et morale, éminemment subjective et relative, en norme juridique est une folie. On voit déjà depuis plusieurs années que c'est au nom de la dignité des individus et des groupes que des militants narcissiques et hystériques ont obtenu la multiplication des incriminations pénales de harcèlement moral et sexuel, de discriminations et propos sexistes, homophobes, handiphobes, etc., aboutissant à un arsenal répressif menaçant notamment les libertés d'expression et de la presse. C'est encore au nom de la dignité humaine qu'est revendiquée une euthanasie «très active», et ce n'est pas non plus un hasard si les décisions juridictionnelles récentes les plus intellectuellement indigentes et tirées par les cheveux ont été rendues sur le fondement de cette notion fourre-tout et galvaudée.
Prenons garde à ce que l'on ne nous remplace subrepticement la devise «Liberté, Égalité, Fraternité» par la trilogie «dignité, diversité, parité» et que l'emblème «bleu, blanc, rouge» ne vire subitement au «black, blanc, beur». Le seul texte constitutionnel français à avoir jusqu'à présent mentionné expressément la «dignité de la personne humaine» et reconnu les «droits des communautés» est le projet de Constitution du maréchal Pétain. C'est à méditer.
Dans ses vœux à Jacques Chirac, en janvier 2006, Pierre Mazeaud indiquait que
«l'inconstance institutionnelle porte l'empreinte du sous- développement». C'est exact et il est certain que le remplissage droit-de-l'hommiste ne saurait tenir lieu de philosophie politique. Et puisque nous avons emprunté notre principe «gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple» à Abraham Lincoln, il conviendrait enfin de rappeler au président de la République française que si c'est le «peuple constituant» qui s'est effectivement référé en 1958 aux principes de 1789 et de 1946, c'est encore à ce même peuple qu'il conviendrait de proposer, cinquante ans plus tard, de les modifier. On ne change pas le contrat social d'une nation sans son consentement exprès et direct.
tribune parue dans Le Figaro, 23 mai 2008
Par Anne-Marie Le Pourhiet,
Article paru sur communautarisme.fr le 27 Mai 2008
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24.05.2008
Un nouveau totalitarisme ?
L'Histoire ne serait-elle qu'un éternel recommencement ? Après avoir gangrené l'humanité au début du vingtième siècle, le prurit totalitaire semblait s'être apaisé. Il réapparaît aujourd'hui sous une nouvelle forme : l'Islam.

Ironie de l'Histoire, c'est ceux qui combattaient le plus farouchement la réaction religieuse -la gauche en l'occurrence mais pas seulement- qui s'en font aujourd'hui les plus ardents défenseurs.
Pourquoi ? Est-ce parce que cette nouvelle idéologie totalitaire ressemble presque trait pour trait au stalinisme le plus dogmatique :
- mêmes buts : une société totalitaire où l'individu disparaît au profit de la communauté (communisme), société policière et anti-démocratique où la vie humaine hors communauté n'a aucune valeur. Négation de la culture et des valeurs occidentales (individualisme, liberté d'opinion, liberté religieuse, droit de l'homme mais aussi respect de la femme, citoyenneté, rationalisme...)
- même méthodes : subversion, technique de guérilla, propagande, double langage, manipulation, endoctrinement, utilisation des faiblesses et des contradictions de la démocratie contre elle-même.
Il n'y a pas de doute, ces individus ont lu Lénine ("Que faire ?"), Mao ("La guerre révolutionnaire") et Hitler ("Hitler m'a dit" de Rauschning).

Autre ironie de l'Histoire ; les Nations et les peuples européens refont les mêmes erreurs à l'identique, 70 ans après : l'Angleterre, fidèle à sa tradition libérale, pense que les mouvements extrémistes s'essouffleront d'eux-mêmes ; la France, fidèle à sa tradition chrétienne et universaliste, nie tout d'abord la réalité et l'importance du problème et pense qu'amour, compassion et dialogue suffiront à désarmer les méchants.
Le traité de Munich n'a pourtant pas empêché la deuxième guerre mondiale, bien au contraire : il fut un formidable encouragement adressé à Hitler.
L'Islam wahhabite, religion dominante dans les banlieues occidentales mais aussi dans la majeure partie des pays musulmans, est une idéologie totalitaire qui, à l'instar du communisme et du nazisme, a besoin de la violence et de la guerre pour exister. La violence n'est donc pas un moyen politique mais le but ultime.Hélas, bien peu de nos concitoyens en ont aujourd'hui conscience (il est vrai que nos dirigeants et nos médias ne font rien pour éveiller les esprits).
Ce n'est pas en niant la réalité, en minimisant l'ampleur du danger, qu'on pourra répondre de manière mesurée à ce nouveau défi. Quand, de surcroît, les peuples européens renient volontairement leurs Histoires, leurs valeurs, leurs cultures et sabordent leurs nations, il y a là un effet démultiplicateur qui pourrait bien nous conduire à de grandes tragédies.
Il ne s'agit pas de dénigrer l'Islam en tant que tel, le wahhabisme n'ayant plus grand chose à voir avec la spiritualité musulmane (il en serait même la négation) ; c'est en fait une nouvelle mutation du mal totalitaire qui a pris l'apparence d'une spiritualité séculaire (l'Islam) afin de mobiliser les masses (car il n'y jamais eu et il n'y aura jamais de totalitarisme sans embrigadement des masses).
Les totalitarismes communistes et nazis furent les maladies infantiles (comme disait Lénine) des sociétés occidentales modernes (du moins, espérons-le !) qui avaient proclamé la mort de Dieu. Le wahhabisme est donc la preuve vivante que le monde musulman est entré de plain-pied dans la modernité, pour le meilleur comme pour le pire !
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