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05/04/2007

L'école républicaine est-elle morte ?

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Question : résumer le problème actuel de l'école française à un problème de pédagogie, n'est-ce pas réducteur ? N'est-ce pas l'arbre qui cache la forêt ?
Comment l'école républicaine, telle qu'elle était il y a encore quelques années, peut-elle survivre à la mort de la République ? Même si tout le monde en parle, la République française est morte ou au bord du trépas. Parler d'un
mort ne veut pas dire qu'il vit encore.
Comment la République peut-elle survivre à la mort de l'esprit républicain ? Parler aujourd'hui de Nation, de souveraineté populaire, de projets collectifs, de culture française (voire de culture tout court) ou d'Histoire de France revient à être taxé, au mieux de réactionnaire, au pire de facho.
Pourquoi le débat actuel ne s'attache-t-il qu'aux détails ? Le pédagogisme à la sauce mai 68 n'est que le symptôme, pas la cause de la maladie. Le pédagogisme et l'idéologie qu'il sous-tend ne se sont developpés que dans le vide laissé par l'idéologie républicaine.
Pourquoi le peuple français a-t-il rejetté l'idéologie républicaine ?
Certains pensent que les horreurs des nationalismes totalitaires, fascistes et communistes, en sont une des causes. Pourtant, ces derniers n'ont remplacé que des états faibles et des sociétés en voie d'atomisation, comme la nôtre actuellement.
Et puis, penser éviter le totalitarisme en instaurant l'anarchie (je parle ici du projet politique et philosophique anarchiste) est une erreur que les anarchistes espagnols ont découvert à leurs dépens dans les années 30, pendant la guerre d'Espagne.

Je pense, quant à moi, que l'origine du mal vient d'une véritable peur du conflit qui traverse la société française, et ce, depuis la première guerre mondiale.
La réaction française à l'envahisseur allemand en 1940 montre bien, qu'à part une minorité, les français n'avaient plus la volonté de combattre. Les intentions allemandes étaient pourtant claires : l'esclavage pour les colonisés. Ces réactions sont compréhensibles mais incroyables pour un peuple qui avait fait de la liberté et de la dignité humaine sa valeur suprême.
Cette peur du conflit s'est également exprimée dans l'adhésion quasi-générale de la population française à l'idéologie communiste qui promettait un monde sans contradictions et donc sans conflits. Elle a enfin explosé dans le projet de société post 68 et son refus de tout conflits : au niveau individuel par le rejet de toute sorte de contraintes (sociales, responsabilité, ambition, déni de la souffrance et de la mort, de l'argent, fusion dans un conformisme communautaire...) ou collectif par la liquidation de tout ce qui peut créer un risque de confrontation (Nations et frontières, idéal républicain, culture française, Histoire de France, fierté individuelle ou collective, syndicalisme et engagement politique, relativisme généralisé sur toutes les valeurs : femme voilées et liberté de la femme, communautarisme et individualisme libertaire... tout est désormais culturel).

Tout ceci permet au peuple français de vivre dans un monde utopique où le conflit a ou peut disparaître.
Il oublie, ou tente de nier, que la confrontation directe a été remplacée par une violence moins visible (ce qui permet d'avoir bonne conscience) mais plus inhumaine et aussi destructrice. Prenons l'exemple des entreprises : la confrontation syndicale a disparu au profit d'un management manipulateur, mélange de propagande prônant des valeurs pseudo-humanistes, de rapports en apparence cordiaux mais souvent lourds de menaces et de peur, de pressions psychologiques, d'incitation à la délation, sans oublier le harcèlement institutionnalisé (je peux témoigner que de nombreuses formations en management, où on vous enseigne le harcèlement avec moult euphémismes, existent). L'employé ou l'ouvrier n'est plus un ennemi que l'on combat avec le respect qu'engendre la peur, mais un esclave qu'on utilise et qu'on dresse à la soumission avec l'aide de psychologues grassement rétribués utilisant les théories comportementales et leurs connaissances en neurobiologie.
Bien entendu, on entretient l'illusion du conflit en s'attaquant à des fantômes ou en tirant sur des ambulances comme les fascistes, les Sadam... ce qui permet d'avoir le statut de héros sans risques (avez-vous remarqué que le nombre d'anti-fascistes est inversement proportionnel au nombre de nazis : c'est mathématique !)

Cette peur du conflit qui transpire par tous les pores de la société française est, à mon avis, la principale cause de l'abandon des principes de l'école républicaine. Pour éviter la souffrance et les conflits qu'engendrent la sélection, la compétition, les capacités inégales de chaque enfant, la difficulté à accéder à la connaissance et à la culture, quoi de plus logique que de supprimer toute sélection, compétition, contrainte, émulation..., quoi de plus naturel que de baisser le niveau pour l'amener au niveau des plus faibles, que de décréter que toute culture est relative : ainsi Mozart n'est pas supérieur à Doc Gynéco. Pour éviter toute confrontation, on recule face aux élèves perturbateurs, aux caïds. Pour se justifier, on leur trouve toute sorte d'excuses psycho-sociologiques ; on
accuse la société, la France, la police d'être responsables, ce qui permet de détourner le problème. Et surtout, on adapte la règle commune à leurs comportements. On a, bien entendu, une recette magique : le dialogue. Mot qui permet, par un tour de passe-passe sémantique, de transformer toutes les reculades en compromis responsable. On recouvre le tout d'un parfum d'humanisme pour se donner bonne conscience et cacher... sa trouille.

L'école républicaine est malade car la République est agonisante. La République est agonisante car la démocratie, et surtout l'homme démocratique a disparu. Ce dernier aspirait à la liberté mais savait que celle-ci est un combat de tous les jours, souvent ingrat, demandant efforts et sacrifices. Il était conscient qu'un individu est le fruit d'une collectivité, et que sans elle, les mots Liberté et Droits de l'Homme sont des mots vides de sens. Bernanos disait que "l'homme totalitaire précède le régime totalitaire". Espérons qu'il ait eu tort.

Rappelons quand même à nos compatriotes, que le seul état qui garantit un monde sans conflits est ...
la mort.
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