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30/07/2007

Hypocrite «discrimination positive»

 
     

Le débat relatif à la «discrimination positive» élude au moins quatre grandes questions qui, si on les ignore, ne cesseront de l'empoisonner. Il sera impossible d'en faire accepter le principe à un pays «égalitaire» comme l'est la France si l'on ne joue pas cartes sur table.

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Première hypocrisie: toute discrimination positive est, d'abord, une discrimination négative. Si l'on veut embaucher ou inscrire dans les grandes écoles des individus choisis d'après leur profil racial ou religieux, cela signifie que d'autres, à qualités égales, seront refoulés, puisque les places sont en nombre limité dans les entreprises et les amphithéâtres. Parce qu'ils seront blancs, juifs, vietnamiens?

Deuxième tartuferie: la discrimination positive ne s'avoue pas sectorielle. Or, en bonne logique, elle devrait s'appliquer à toutes les activités sociales. D'accord, dira l'opinion, pour faire davantage de place aux musulmans ou aux Noirs à l'ENA ou chez Alcatel, mais alors quid de M 6 et des stades, où les minorités sont surreprésentées? Osera-t-on prétendre que le sport et la musique ne constituent pas, en Occident, deux faramineuses sources de revenus et de notoriété? Et qu'il conviendrait de les «partager», elles aussi?

Troisième non-dit: la discrimination positive concerne avant tout l'immigration musulmane. On ne voit nulle part les descendants d'Arméniens ou d'Indiens, les adeptes de l'orthodoxie ou du bouddhisme réclamer un traitement de faveur. Pourquoi, dès lors, ne pas tenir les Français pour raisonnables et leur avouer une fois pour toutes que la «discrimination positive» vise essentiellement à aider les jeunes d'origine musulmane?

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D'où une quatrième question: va-t-on durablement visser les beurs dans un statut de «défavorisés», c'est-à-dire de victimes? Cédera-t-on longtemps encore à l'hystérie ambiante en refusant de constater que, de l'Inde à la Chine (2,3 milliards d'individus!), en passant par l'Amérique du Sud et de larges parts de l'Afrique, bien des cultures se révèlent parfaitement occidentalo-compatibles et que ceux qui sont originaires de ces contrées, ici comme aux Etats-Unis, réussissent aussi bien que les autochtones? Que, en dépit de leur peau jaune ou de leurs dieux exotiques, ils ne se plaignent pas d'un «racisme généralisé»? Continuera-t-on à accréditer le mensonge selon lequel la discrimination positive répare les méfaits du racisme, alors que, en réalité, elle propose, généreusement, de promouvoir les enfants d'une civilisation empêtrée dans la modernité?

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 Article paru dans l'Express du 22 03 04, de

David Martin-Castelnau, essayiste

 

 

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