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31/07/2007

Université : un coup d’épée dans l’eau


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Dans un colloque tenu au Conseil constitutionnel en 2006, en présence de plusieurs parlementaires dont Mme Valérie Pécresse, les juristes unanimes avaient dénoncé la malfaçon législative résultant du triomphe de la communication politicienne sur la prise en compte de l’intérêt général. Le projet de loi réformant l’université n’échappe malheureusement pas à ce travers et la qualité de la recherche et de l’enseignement supérieur est encore sacrifiée sur l’autel de la « démocratie d’opinion ».

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On nous avait annoncé la « rupture » qui devait enfin permettre à l’Université française d’enrayer la dégringolade vertigineuse provoquée par une mentalité et des structures issues d’un soixante-huitardisme éculé. Il fallait pour cela avoir le courage d’expliquer aux Français qu’environ un tiers des étudiants qui s’inscrivent à l’université le font par défaut et ne possèdent pas les prérequis nécessaires pour y suivre les enseignements et y acquérir le diplôme espéré. Les moyens considérables ainsi gaspillés pour des étudiants voués à l’échec sont retirés à ceux qui auraient la possibilité de réussir avec un encadrement et des outils supplémentaires. Le nivellement par le bas et la dévalorisation des diplômes auxquels nous ont condamnés des syndicats idéologues et sectaires ne peuvent être corrigés sans l’introduction d’une sélection à l’entrée, tandis que les formations courtes de type IUT doivent être multipliées et plus ouvertes. Mais le gouvernement a eu peur de voir de nouveau des étudiants descendre dans la rue et l’a d’ailleurs reconnu publiquement. Il a donc préféré suivre une nouvelle fois les exigences de l’UNEF qui conduisent à dévaloriser la licence exactement comme on a bradé le baccalauréat. Ce syndicat, dont la capacité de nuisance est inversement proportionnelle à la représentativité (le taux de participation des étudiants aux élections universitaires est en moyenne de 10 %), trouve encore le moyen d’ériger la « massification » en horizon indépassable et de s’insurger contre la possibilité d’une sélection à l’entrée du master !

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Mais il y a pire encore. Se fiant aveuglément aux propositions de la Conférence des présidents d’université (CPU) dont on sait pourtant qu’elle ne se compose pas des éléments les plus brillants ni les moins démagogues de la communauté scientifique, le gouvernement s’est attaché à prendre le parti de la médiocratie contre celui de la qualité dans le recrutement des enseignants-chercheurs comme dans la « gouvernance » des établissements. Le projet de loi privilégie, en effet, le localisme dans les recrutements et donne au président de l’université un droit de veto exorbitant sur l’affectation de tous les enseignants-chercheurs auquel s’ajoute la possibilité d’en recruter par voie contractuelle. L’absence de toute référence dans le texte au maintien des concours d’agrégation de droit, science politique, économie et gestion laisse même envisager une possible suppression de ce recrutement spécifique fondé sur l’excellence, dont on sait qu’il agace les présidents d’université et les doyens qui n’en sont pas issus. Le recrutement « local » a toujours inexorablement fait passer les médiocres devant les meilleurs au point de voir discréditer définitivement les universités qui l’ont trop pratiqué. C’est pourtant ce localisme qui triomphe dans le projet de loi au mépris des intentions affichées de redorer le blason de la recherche française et de stopper la fuite des cerveaux.

Enfin, le conseil d’administration de l’université a été resserré à vingt membres mais les professeurs n’y sont plus qu’au nombre de quatre tandis qu’on attribue sept sièges à des « personnalités extérieures » nommées discrétionnairement par le président et trois autres à des représentants d’étudiants alors même que ceux-ci font un séjour moyen de quatre ans à l’université et manifestent traditionnellement fort peu d’intérêt pour ces élections. Dans les universités pluridisciplinaires comportant plusieurs composantes (unités ou facultés) on est donc assuré que plusieurs d’entre elles (droit, pharmacie, sciences économiques ou autres) n’auront aucun représentant professeur au sein du conseil.

Ce texte ne consacre nullement l’autonomie de l’université et de ses composantes mais se borne à instaurer une dictature du président de l’établissement en faisant le choix du pouvoir contre le savoir. Ignorant délibérément les problèmes de fond décrits dans l’excellent livre intitulé Université : la grande illusion [1] il amplifie la dérive médiocratique de l’université française plus qu’il ne le corrige.

article de Anne-Marie LE POURHIET
publié le mercredi 27 juin 2007 sur Revue républicaine__________

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