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31/12/2007

Réflexions sur le discours de Mr Sarkozy au palais de Latran

Réflexions sur le discours de Mr Sarkozy au palais de Latran

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Une fois n'est pas coutume, je suis d'accord avec notre Président.
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Oui, la religion chrétienne est un des fondements de notre civilisation. Non, le rappeler n'est pas une entorse à la laïcité. Il a eu le courage de rappeler des vérités de bon sens, ce qui, à notre époque, relève de l'exploit pour un homme politique. Il a su faire une synthèse historique équilibrée entre l'héritage chrétien et l'héritage révolutionnaire.
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Comme disait Marc Bloch : «Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. Peu importe l'orientation de leurs préférences. Leur imperméabilité aux plus beaux jaillissements de l'enthousiasme collectif suffit à les condamner».

Je partage également les doutes de Mr Sarkozy quant à la capacité de l'espèce humaine à vivre en société sans transcendance. Nous ne sommes plus en 1905 ; la poussière des grandes tragédies du XXème siècle commence à retomber, laissant entrevoir les charniers d'une Europe désenchantée.
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Le fait que les chrétiens furent persécutés sous le régime soviétique ou qu'ils furent moins perméables aux idéologies nazi ou communiste (je précise : en Allemagne) démontre que la religion chrétienne est une "idéologie" à dimension humaine, et qu'elle a toujours permis de tempérer l'instinct auto-destructeur propre à l'espèce humaine (ce que Bernanos appelait "le péché originel). (1)
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Et puis il y a eu Bernanos, ce grand chrétien, l'une des rares consciences humanistes et anti-totalitaires des années 50, alors que la majorité des athées et des agnostiques louait l'ogre communiste.

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Arrêtons donc de faire comme si le XXème siècle n'avait jamais eu lieu.


Oui, le Président est le représentant de tous les français, des morts comme des vivants. Ce discours fut donc un émouvant hommage à celles et ceux qui nous ont précédés.

Je regrette hélas que ces belles paroles soient en contradiction avec les actes de Mr Sarkozy. En effet, pourquoi glorifier les valeurs chrétiennes lorsqu'on se fait le chantre de l'ouverture des magasins le dimanche (dies dominicus « jour du Seigneur » : jour sacré pour un chrétien) ; quand on fait l'apologie de l'argent et du business (Jésus chassant les marchands du temple) ou bien lorsqu'on s'affiche ostensiblement avec le milliardaire Bolloré ("Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu").

On retrouve donc, aujourd'hui encore, la ligne de fracture qui a toujours divisé le monde chrétien : ce conflit entre la parole libératrice, émancipatrice et humaniste du Christ et celle des puissants, prompts à instrumentaliser son message afin de soumettre le peuple et en tirer profit.
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Discours du Président de la République dans la salle de la Signature du Palais du Latran ou le discours chrétien d'un pharisien.

(1) ce qui n'empêcha pas les curés de bénir les fusils des pelotons d'exécution pendant la guerre d'Espagne.

24/12/2007

JOYEUX NOEL A TOUS !

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JOYEUX NOEL A TOUS !

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22/12/2007

L'EURO EST-IL SUREVALUE ?

DU TOUR DE FRANCE AU JEU DES CHAISES MUSICALES

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Les vrais économistes le savent: parmi les facteurs qui dépendent de la puissance publique, aucun n’a un effet aussi déterminant sur l’économie que le taux de change de la monnaie.

Un pays peut survivre à un grave déficit budgétaire, à une inflation excessive, à une politique sociale trop généreuse, à des nationalisations inopportunes mais une mauvaise politique monétaire peut avoir pour lui des effets catastrophiques.



Les erreurs monétaires ne pardonnent pas
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Les exemples abondent : quand l’Angleterre, avant et après la deuxième guerre mondiale , a voulu défendre à toute force le cours de la livre, tant pour des raisons de prestige que pour éviter qu’on lui demande de rembourser les balances sterling (1), elle l’a payé d’un demi-siècle de croissance ralentie et d’un grave déclin ; elle n’en est sortie que quand cette hypothèque a été levée, au début des années quatre-vingt : plus qu’aux réformes libérales, le redressement de l’époque Thatcher est l’effet de l’affaiblissement délibéré de la livre (2).

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Le dogmatisme d’Antonio Salazar, professeur d’économie et dictateur qui prétendit faire de la monnaie portugaise, l’escudo, la monnaie la plus forte du monde, a contraint à l’émigration des centaines de milliers de travailleurs portugais victimes du chômage et de la faible croissance que cette politique absurde avait entraînés.

L’extrême sensibilité de la variable économique s’observe encore aujourd’hui : la baisse du dollar intervenue depuis quelques années a déjà remis en équilibre la balance commerciale américaine.

Comment en irait-il autrement ? Le taux de change n’est rien d’autre que le prix de vente moyen des produits d’un pays. Quel commerçant ignore combien son chiffre d’affaires est tributaire de ses prix de vente ?

A condition de maîtriser l’inflation qui risque d’en résulter, un pays a donc toujours intérêt à tirer sa monnaie vers le bas, comme un commerçant à tirer ses prix. Il risque sinon de perdre sa substance économique. Si le Massif central avait eu autrefois son autonomie monétaire, nul doute qu’il eut pu garder son tissu industriel, comme l’a fait la Suisse. Mais prisonnier d’un étalon monétaire national peu adapté à ses handicaps, il a peu à peu perdu, comme on le sait, sa substance.

Ce rôle décisif de la variable monétaire doit être gardé en perspective dans le débat actuel sur l’euro fort.



Raisonner à la marge



A tort, on dit que ce débat ne porte que sur une fourchette de dix à quinze pour cent alors que les salaires de nos concurrents asiatiques sont dix ou vingt fois plus faibles, qu’une dévaluation de l’euro de 10 % n’apporterait donc pas de solution au problème que rencontrent nos industries en voie de « délocalisation ». Les questions monétaires, comme presque toutes les questions économiques, doivent faire l’objet d’une approche marginaliste : notre problème n’est pas de multiplier par dix ou vingt notre emploi : l’augmenter de seulement 5 % (ou empêcher qu’il s’affaiblisse de la même proportion) suffirait à rétablir le plein-emploi : une baisse de notre monnaie, même modeste, fait passer au dessus du seuil de compétitivité un certain nombre d’entreprises qui sans cela seraient au dessous. A quoi s’ajoute l’effet du « multiplicateur » qui, à partir d’un certain nombre d’emplois directement tributaire de l’exportation démultiplie les emplois intérieurs créés.


Une question de braquet


Un autre mauvais argument consiste à déplacer la question sur un terrain qui n’est pas le sien, celui de la morale, à dire d’un air pincé : le taux actuel de l’euro convient aux Allemands, les Français doivent s’y adapter aussi, mais il faut pour cela qu’ils soient plus disciplinés, qu’ils acceptent des réformes, qu’ils fassent moins grève, qu’ils se serrent la ceinture etc.

Raisonnement simpliste : un taux de change est comme le braquet avec lequel un cycliste monte un col au Tour de France (ou toute autre compétition). Selon son gabarit, le coureur utilisera pour arriver à la même performance que les autres un gros ou un petit braquet. Le coureur qui prend un braquet trop élevé pour son tempérament risque de s’effondrer alors qu’en le réduisant, il irait plus vite que son concurrent. La société allemande et la société française présentent des différences sociologiques et culturelles profondes. Ce qui convient à l’une ne convient pas forcément à l’autre. Rien de honteux à cela. De 1958 à 2000, le mark s’est réévalué d’environ un facteur trois par rapport à toutes les autres monnaies dont le franc. Dans cette histoire, c’est le mark qui a eu un comportement aberrant par rapport au courant dominant. Le franc a, lui, sur cinquante ans, avec des hauts et des bas, vogué de conserve avec le dollar, ce qui somme toute n’est pas si mal.

Quand on est en difficulté à mi-pente, il est plus facile de changer de braquet que de jambes. C’est la monnaie que l’on ajuste d’abord, pas l’économie. L’ajustement d’une monnaie a des effets immédiats, l’ajustement d’une économie peut prendre des années et se trouver même lourdement entravé si le taux de change demeure artificiel.
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Si l’économie allemande tient, pour le moment, le choc d’un euro fort , c’est un peu parce que l’Allemagne a , sous le gouvernement Schröder, réduit ses salaires réels, c’est surtout parce qu’elle se trouve pour quelque temps encore en quasi-monopole mondial sur les machines-outils (2) . Tant que la Chine qui lui en achète beaucoup n’aura pas entièrement assimilé sa technique, elle a donc plutôt intérêt à vendre cher. Nos productions phare (aéronautique, automobiles, agriculture) sont au contraire directement exposées à la concurrence de la zone dollar. Il y a toujours dans une zone monétaire des secteurs ou des régions qui tiennent mieux le choc que d’autres, mais si l’on veut employer toute la population active, il faut aussi protéger les plus faibles. Si l’Ile de France était indépendante, elle pourrait peut-être, comme l’Allemagne ou l’Irlande, s’accommoder d’un euro fort, mais la France ne se réduit pas à la seule région parisienne. Pas davantage l’Europe ne se réduit à la seule Allemagne.

On aura compris que la zone euro recouvre des économies qui ne sauraient toutes rouler avec le même « braquet ». Alors pourquoi l‘euro, dira- t-on ? La création de l’euro aurait dû reposer sur un pacte implicite : le comportement de l’euro serait la moyenne du comportement des monnaies auxquelles il s’est substitué. Mais l’euro tel qu’il fonctionne aujourd’hui, c’est le mark élargi à tous. De graves tensions mettant en cause sa pérennité ne peuvent pas, dans ces conditions, ne pas apparaître.

Ces considérations montrent ce qu’avait de déplacé la morgue du ministre des finances allemand qui, lors du dernier sommet de Bruxelles, répondait à son homologue français que pour sa part, le taux actuel de l’euro lui convenait très bien. La France critique le taux de l’euro – et par là la politique de M.Trichet – mais les autres pays en dehors de l’Allemagne souffrent au moins autant que nous, si ce n’est plus, quoique , subjugués , ils ne disent rien.
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Mme Christine Lagarde, notre ministre des finances a fait presque toute sa carrière aux Etats-Unis mais il n’est pas sûr qu’elle sache qui est Robert Mundell. Dommage ! Si Mme Lagarde connaissait Robert Mundell, elle aurait pu clouer le bec à son homologue allemand. Mundell, professeur à l’Université de Columbia et prix Nobel d’économie est le théoricien des zones monétaires optimales, lesquelles selon lui supposent un minimum d’homogénéité économique et culturelle. L’Europe, au regard de cette théorie, se trouve à la limite de l’optimum, ce qui justifie une politique prudente de la Banque centrale européenne tenant compte des intérêts de tous. Avec M.Trichet qui se comporte comme s’il était aux ordres de l’Allemagne (3), nous sommes loin du compte.

On a également tort de dire que le taux de l’euro n’affecte que la compétitivité extra-européenne de l’économie française puisque tous les pays d’Europe ( hors le Royaume-Uni et les nordiques bien entendu) sont logés à la même enseigne : avec le temps, les économies européennes ont divergé quant à la hausse des prix et des salaires, quant aux politiques de crédit et budgétaires. Ils se sentent plus ou moins à l’aise dans le corset commun. Là aussi, pour que l’enveloppe ne craque pas, il faut que tout le monde y trouve son compte.



Le jeu des chaises musicales


Mais comment, dira-t-on, définir le bon taux de change d’une monnaie ? Depuis que l’étalon-or n’existe plus, les grandes monnaies du monde se définissent les unes par rapport aux autres. Si globalement chacun des grands blocs monétaires a intérêt à dévaluer sa monnaie pour trouver un avantage compétitif, comment éviter l’anarchie des dévaluations compétitives en cascade ?

De fait un équilibre s’établit entre les grands blocs mais il n’est pas également avantageux à tous. Pour le définir on utilisera une autre image : le jeu des chaises musicales. Pour que le majorité des joueurs soit avantagée, il faut qu’au moins un des partenaires soit, en termes relatifs, désavantagé. Comme dans le jeu où il n’y a que cinq sièges pour six joueurs, l’un des joueurs reste debout.

Dans le monde actuel, le joueur debout, c’est manifestement l’Europe, qui, à ses dépens, laisse les autres grandes monnaies du monde se dévaluer par rapport à la sienne.

Situation d’autant plus remarquable qu’avec M.Trichet à la tête de la Banque centrale européenne, elle est une victime consentante. Trichet tient, comme Salazar autrefois, que l’optimum économique, c’est la monnaie la plus forte possible. En se tenant à cette ligne, davantage fondée sur l’idéologie que sur une véritable expertise économique, le grand argentier de Francfort facilite la tâche de ceux qui régissent les autres grandes monnaies, dollar en tête. L’Europe le paye d’un taux de croissance plus faible que le reste du monde : peu lui en chaut.
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Face au couple dollar-yuan



Reste un dernier argument en faveur de l’euro fort auquel il nous faut faire un sort : la balance commerciale des Etats-Unis a été jusqu’à une date récente la plus déficitaire du monde et leur balance des paiements l’est toujours alors que celle de la zone euro demeure (au moins jusqu’ici) excédentaire. On sait que les Etats-Unis peuvent s’offrir ce luxe en raison du privilège du dollar, monnaie internationale. Il reste que tout économiste orthodoxe contestera à juste titre que la monnaie d’un pays excédentaire puisse être tenue pour surévaluée par rapport à celle d’un pays déficitaire.

Ce raisonnement tiendrait sans aucun doute si l’Europe avait pour seul partenaire les Etats-Unis, si l’euro n’avait en face de lui que le dollar stricto sensu. Mais derrière le dollar , se trouve toute la zone dollar, c’est à dire toutes les monnaies alignées en droit ou en fait sur le dollar par un taux de change fixe, la principale et de loin étant le yuan chinois.

Ce que l’Europe a en face d’elle, ce ne sont donc pas les Etats-Unis seuls, c’est le couple Etats-Unis–Chine (et quelques autres pays dans une situation analogue). Couple assurément fort dissymétrique, « sado-masochiste » diront certains. En accrochant le yuan au dollar à un taux très faible, les Chinois pratiquent un dumping monétaire aux effets dévastateurs pour les vieux pays industriels dont nous sommes (4). Au taux de 1,40 dollar pour 1 euro, si l’économie américaine n’est devenue que moyennement compétitive, celle de la Chine est, elle, ultra-compétitive. La Chine casse les prix, notamment dans toute une série de produits manufacturés que l’Europe fabriquait naguère en abondance. Entre la Chine et les Etats-Unis, la situation est certes très déséquilibrée : la première travaille dur et consomme peu, elle accumule des dollars qui ne lui servent à rien mais qui perdraient leur valeur si elle demandait à les changer brutalement. Les Etats-Unis produisent de moins en moins (en dehors du secteur de l’armement et des secteurs connexes) et accumulent des dettes qu’ils n’auront jamais à rembourser. Les produits manufacturés traversent le Pacifique d’Ouest en Est, le papier–monnaie (ou son équivalent) fait le chemin inverse. Combien de temps durera cette situation ? Il s’agit là d’un vrai problème mais qui n’est pas directement le notre, à nous européens : le fait est que par rapport au couple dollar-yuan, l’euro est bien surévalué et que notre continent se trouve durablement dans la position du joueur qui, au jeu des chaises musicales, s’est fait « couillonner ».





Article de Roland HUREAUX publié sur son site





1. Les balances sterling étaient les avoirs libellés en livres sterling détenus par un certain nombre de banques centrales, notamment du Commonwealth ou par des particuliers, reste de l’époque où la livre avait été une monnaie de réserve.

2. Il s’en faut de beaucoup que l’Allemagne ait cherché à partager sa compétence dans les domaines où elle était en tête alors que la France n’a pas été avare des siennes dans des domaines où elle surclassait l’Allemagne comme l ‘aéronautique ou l’espace.

3. M.Trichet dira qu’il ne fait que respecter les statuts de la banque centrale européenne qui lui assignent la : mission prioritaire de lutter contre l’inflation. Cet accent unilatérale sur la stabilité fut une condition exigée par l’Allemagne pour entrer dans l’euro, dont, au départ, elle n’était pas demandeur.

4. On estime que le yuan est sous-évalué d’environ 50 %.

20/12/2007

La pipolepolitique ou le syndrome de la propagande glauque

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Les nouvelles formes médiatiques ont repris les techniques insidieuses de la propagande commerciale et politique dont le but n’est pas d’informer, mais de rendre les masses de (télé) spectateurs et de consommateurs avides d’émotions fortes. La raison citoyenne est disloquée et pervertie. La magie virtuelle de l’image a rendu possible la fausse proximité des « grands de ce monde » et des figures populaires. Curieusement, la démocratie « pipole », dont l’intention est la proximité interactive renvoie à un paradoxe sadomasochiste : vous pouvez regarder, mais jamais vous rapprocher !

Certes, toutes les époques ont promu des images à faire rêver et à fabriquer des sentiments. Or, le monde « pipole » n’est plus la presse à sensation, non plus un lieu à la mode où se croisent des individus bariolés, encore moins des salons d’empire, mais une attitude d’exhibition permanente partagée par diverses couches de l’élite médiatique. Chez les politiques, cela se manifeste à la fois dans leur volonté de se draper d’une fausse participation et d’une apparente spontanéité, jusqu’au point de sacrifier leur vie privée.

Il est vrai que les élites « pipole » sont traquées par les médias, lorsqu’elles jouissent d’une grande renommée. Mais, personne n’est dupe. Ce sont les bruits à répétition évoqués par les médias qui permettent de devenir médiatique ou d’entretenir une notoriété. Utiliser les images (ambiguës) ou les paroles (petites phrases) exacerbent le désir des « aficionados » et la volonté de patrons de presse ou de télévision pour vendre du papier et des images. C’est que se produit la transaction entre l’exhibitionnisme des acteurs et le voyeurisme des citoyens de salon.

La différence avec le passé n’est pas de nature, mais de degré. Or, il y a un élément nouveau : la tendance à dévoiler sa propre intimité et celle des autres. Les rubriques confidentielles d’information dans la presse « sérieuse » marquent un tournant dans le traitement de la rumeur. Le monde « pipole » de « gauche » s’est décomplexé, et la pudeur disparaît. Se montrer sur tous les plateaux de télévision, à la une des journaux à sensation, ou se faire une place sous la forme de blogs personnels, n’est pas simplement une adaptation à la culture narcissique, mais une manière d’exister dans le milieu volatil et velléitaire de la comédie humaine du pouvoir virtuel. Ici, la marchandisation de l’image, sous la forme de spectacle, rappelle le mariage cruel du ridicule et du risible. Certes, nous sommes loin de la brutale férocité du cirque romain, mais la mise à mort, bien que symbolique, est proche.
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Le politique demeure au centre de cette mutation technologique et psychologique. Les médias n’ont plus besoin de l’opinion des citoyens pour « informer ». Il leur suffit d’affirmer une pseudo-communication et une volonté masquée de persuader. L’acte politique est devenu un drôle de mélange mi-vaudeville et mi-divertissement. Les médias ont chassé les lieux de la rationalité politique pour les muter en propagande. De ce fait, la dernière campagne présidentielle en est un lamentable exemple. Le candidat M. Sarkozy affiche ses invités de marque : Hallyday, Sevran, Reno, Doc Gynéco. Mme Royal exhibe l’adhésion des femmes, d’Arianne Mnouchkine à Jeanne Moreau, en passant par Emmanuelle Béart et des écrivains médiatiques, BHL en tête. Voilà qu’une nouvelle forme de politique est née : la « pipolepolitique ».

Pour aller à l’essentiel, retenons les éléments suivants du syndrome de la « pipolepolitique » :
- La présence d’un cercle vicieux : le pouvoir politique utilise le pouvoir des médias et vice-versa.
- La puissance du pouvoir médiatique est la seule à ne pas connaître un véritable contre-pouvoir.
- Les medias fabriquent certains politiques et intellectuels qui ressemblent des saltimbanques médiatiques affamés de notoriété et d’estime qui sautent régulièrement de plateaux en plateaux.
- Les professionnels des médias forment une honorable famille : journalistes, présentateurs, animateurs, chroniqueurs et experts en communication.
- La « pipolepolitique » est le fruit avarié des liaisons dangereuses entre le monde politique et la société médiatique.
- La présence à l’écran d’une poignée de personnages habituellement invités aux émissions de télévision ou les journaux nationaux donne l’impression d’une démocratie clanique et d’une réalité immobile dans un espace-temps révolu.
- La perception « pipole » de ces personnages crée l’effet de consanguinité visuelle, indépendamment de l’événement et de la qualité des uns et des autres.
- L’attitude « pipole » est faite — généralement — de bons sentiments et de valeurs abstraites, très rarement en relation avec les questions et les problèmes de fond qui ponctuent la crise sociétale.

Par conséquent, la politique « pipole » cache les nombreuses turpitudes et zones d’ombre d’un système de manipulation de l’opinion de plus en plus insidieux. Inutile d’exhumer les affaires « pipole » de ces dernières années pour affirmer qu’il s’agit d’un symptôme de la crise sociétale. En effet, le mélange des genres cultivé par les médias n’est qu’une des conséquences de l’ambiguïté morale et intellectuelle de notre temps. La profondeur de l’opacité du système médiatique se mesure par le contrôle du texte et de l’image par ceux qui jouissent et possèdent les medias. Les techniques de publicité et de marketing ne sont que les outils qui rendent moins visibles les grosses ficelles du vrai pouvoir.

La conséquence de la « pipolisation » de la politique est double : d’une part, transformer les élus en saltimbanques et crédibiliser l’illégitimité des institutions. La présence des élus dans les émissions de variété, sous prétexte de la sortie d’un ouvrage, dont le contenu est généralement médiocre, n’a nullement le but d’apporter une connaissance et une argumentation rationnelle nouvelle, mais de produire un effet publicitaire : se montrer physiquement pour vendre une image. La raison est pathétique : les « représentants de la nation » se trouvent frappés d’un complexe d’anonymat paradoxal : le personnel politique est de moins en moins reconnu par la population. Combien d’hommes ou de femmes politiques sont réellement identifiés par le grand public ? Ils sont très peu nombreux. Mais cela n’est pas le plus grave. Le vrai drame de la démocratie des médias est de vider les lieux républicains de discussion et de délibération, rendus obsolètes. La tentation de transformer l’agora télévisuelle en Parlement est un aveu implicite d’impuissance et de cynisme, dont les journalistes et les politiques sont moitié coupables et moitié victimes, sans parler de la connivence irresponsable des citoyens.

Comment ne pas conclure donc à l’inanité du système politique et de son personnel ?

Pourtant, certains « experts-chercheurs » en communication, à l’amoralité de mercenaires, affirment au nom de la science que face à la « solitude interactive » qui surplombe les médias, la résistance et l’intelligence des individus-citoyens suffisent pour maintenir les institutions démocratiques. Or, les certitudes de ces « scientifiques », certitudes imprégnées d’un optimisme opportuniste et d’une soumission moutonnière, se sont cassées les dents à maintes reprises. Faut-il rappeler que dans les situations de crises sociétales la raison est impuissante devant la force de l’émotion et le ressentiment des masses ? La puissance manipulatrice des médias est devenue le moyen le plus efficace pour entretenir le conformisme et le statu-quo, mais seulement jusqu’à un certain point au delà duquel une rupture radicale se révèle nécessaire. Faire appel honteusement à une soi-disant « intelligence démocratique » est le meilleur moyen de précipiter les masses dans le piège des mouvements autoritaires et des chefs charismatiques.

En somme, la vision « pipole » de la gouvernance est la forme la plus perverse de la propagande « glauque ». C’est une tentative d’escamoter la réalité à coup de trucages et de paillettes, utilisant les formes inconscientes de la persuasion qui détruisent logique et rationalité. Le dessein n’est plus d’argumenter, mais de séduire pour mieux réduire. Car le propre de tout machiavélisme — même au nom de la démocratie — est de détourner ses moyens légitimes. C’est dans ce contexte que les journalistes et les politiques portent une lourde responsabilité. Les animateurs des émissions de divertissement, devenus les chiens de garde du cirque cathodique, abaissent non seulement la fonction politique, mais contribuent à étouffer la critique de fond sur le système et l’économie de marche qui règle — en dernière analyse — non seulement la vie politique, mais la vie tout court des citoyens.

Cette propagande glauque est particulièrement insidieuse dans les démocraties dites libérales. Car, contrairement à la persuasion classique, où celui qui argumente est visible et possède une claire conscience de ses buts, ici l’ambiguïté règne de manière totale. C’est là que la sélection de l’information, par les agences et les journalistes, joue un rôle non négligeable dans la déformation de la réalité politique. Ainsi, lorsque la politique est « pipolisée » l’effet glauque attendu est justement la dévalorisation de la culture républicaine et le sacrifice du collectif au nom de l’individu cathodique, pour le plus grand bonheur d’un petit nombre. Principe oligarchique donc, à l’heure de la mondialisation.

Alexandre DORNA
Cahiers de psychologie politique
publié le dimanche 25 novembre 2007 sur revue républicaine


A lire également cet article : Cette nouvelle Eglise qui gouverne la France.

18/12/2007

Un seul objectif : un référendum !

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J'ai plaisir à visiter le site " L'Observatoire de l'Europe après le Non " pour la qualité de ses articles. Je fus donc fort surpris en lisant l'article de Monsieur Christophe Beaudouin intitulé " Le traité constitutionnel ressuscite, les demandes de référendum s'amplifient " et publié récemment sur son site. Dans cet article, l'auteur retrace toutes les péripéties de la fameuse constitution de 2005, rejetée par le suffrage direct, et qui semble prendre le chemin de la ratification parlementaire ; en bref, la petite histoire d'un véritable déni de démocratie, manigancé par Mr Sarkozy et soutenu par l'ensemble de l'oligarchie politico-médiatique.909c6a8a59cf811a4d7658dc11d719d7.jpg


Mon désaccord ne porte pas sur cette partie de l'article mais sur le paragraphe " L'élection européenne tiendra lieu de référendum".En effet, Mr Beaudoin semble penser que le combat est perdu d'avance et se place dans la perspective des élections européennes de 2009 qui permettraient, selon lui, l'expression d'un débat sur le sujet.
Je pense quant à moi que laisser croire à un report possible du combat n'est pas le meilleur moyen de rassembler les volontés. Toutes les énergies doivent être actuellement dirigées vers un seul objectif : obtenir un référendum sur le traité de Lisbonne.f49e9140d59d85629d09fbb6cc56deb9.jpg

Pourquoi ?
D'abord, je rappelle que la demande d'un référendum est déjà, en soi, une humiliation et une défaite puisque l'on voterait à nouveau sur un sujet qui a été tranché précédemment.a9a0c8cb552c83f60547ff848a8c5e5f.jpg
De plus, dans le cas d'une deuxième victoire du non, rien n'empêcherait les oligarques de proposer ultérieurement le même texte en misant sur la propagande jusqu'à obtenir satisfaction. N'est-ce pas ce qui s'est déjà passé dans certains pays pour leur entrée dans l'union ?
Cependant, malgré ces méthodes dignes d'une république bananière, nous n'avons pas d'autre choix que de réclamer la tenue d'une nouvelle consultation populaire.

Il me semble évident que nos dirigeants ne se soucient plus du peuple. La deuxième moitié du vingtième siècle a été l'âge d'or de la démocratie parce que les puissants craignaient que le petit peuple ne s'allie aux communistes.La puissante URSS ayant disparue, les élites reprennent leurs habitudes séculaires. Par conséquent, céder sur la ratification du mini-traité, c'est se lier un peu plus les mains et perdre une marge de manoeuvre supplémentaire. 41df960bac56782f3fcf3f6749ff047b.jpg
La loi peut être une arme redoutable car elle apparait toujours comme transcendante quelque soit sa légitimité : il sera donc très difficile de revenir en arrière.
Une fois le traité entériné, les oligarchies n'hésiteront pas à se servir des opinions publiques européennes comme moyen de pression psychologique contre le peuple français, en s'appuyant sur le semblant de légitimité que peut avoir un traité qui a force de loi (éléments qui s'ajouteront aux immenses moyens de propagande dont ils disposent déjà).
J'ai même l'intime conviction qu'ils n'hésiteraient pas à user de la coercition physique pour imposer leurs vues si cela s'avérait nécessaire.
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Notre combat est un combat de partisans sans moyens, acculés à la mer, et qui ont, face à eux, une "armée ultra-moderne et suréquipée". Chaque pouce de terrain doit donc être défendu avec acharnement car chaque repli augmente de façon exponentielle la puissance de l'adversaire.
Quand on se lance dans une bataille qui pourrait se révéler décisive, il y a donc quelques règles à respecter : mettre toutes ses forces dans la balance et ne pas laisser croire que la victoire peut être atteinte par d'autres moyens, sous peine de voir les désertions se multiplier.

Je me suis permis cette digression pour illustrer mon propos car je suis convaincu que le temps joue contre nous. Chaque minute qui passe permet à nos adversaires politiques d'acquérir une position plus avantageuse et donc de resserrer un peu plus leur étreinte.

Nous devons donc utiliser tous les moyens démocratiques disponibles pour obtenir ce référendum : susciter le débat démocratique, informer et éclairer les citoyens sans manipulation (notre force résidant dans notre cohésion idéologique), mettre à jour les erreurs et les contradictions de nos adversaires, et enfin, argumenter sans relâche pour gagner les coeurs et les esprits.

15/12/2007

Le pays où les crapules accusent et les honnêtes gens s'excusent !

«Avant de parler des droits de l'homme, il faut vérifier que les immigrés bénéficient chez vous de ces droits», a lancé le leader libyen lors d'un discours devant des membres de la communauté africaine réunis au siège de l'Unesco. "



Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a interpellé mardi les Occidentaux, et principalement la France, sur les droits de l'Homme en leur demandant s'ils respectaient eux-mêmes ces droits à l'égard des immigrés, lors d'un discours à Paris devant des membres de la communauté africaine.

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"Avant de parler des droits de l'homme, il faut vérifier que les immigrés bénéficient chez vous de ces droits", a-t-il déclaré, selon la traduction en français de son discours prononcé en arabe. "Nous sommes dans le pays qui parle des droits de l'Homme. Y-a-t-il certains de vos droits qui ne sont pas appliqués?", a demandé le dirigeant libyen, en s'adressant à ses "frères africains immigrés" présents dans le grand amphithéâtre du siège de l'Unesco. "Nous sommes l'objet d'injustices. Notre continent a été colonisé, nous avons été réduits en esclavage, déplacés dans des navires comme du bétail. Aujourd'hui nous travaillons dans le bâtiment, dans la construction de routes (...). Après tout cela, nous sommes envoyés dans les banlieues et nos droits sont violés par les forces de police", a ajouté le colonel Kadhafi.

"Les Africains immigrés sont considérés comme des marginaux, des nécessiteux. Ils expriment leur colère parfois par la violence, allument des incendies", a-t-il ajouté, dans une apparente allusion aux violences dans les banlieues en France. "Je réprouve la violence, mais ceux qui expriment leur mécontentement vivent des situations difficiles en Europe, cela mérite qu'on y réfléchisse".

Article paru dans libération.fr le mardi 11 décembre 2007

Il fallait oser le dire de la France, pays de la CMU pour tous, de l'Aide Médicale d'Etat pour les clandestins, des hôtels et de l'aide au retour pour les sans-papiers, des ZUP, des ZEP, des HLM, de la nationalité française donnée à qui la réclame, seul pays où la police ne riposte pas à des tirs à balles réelles et où l'Etat verse des milliards d'euros pour les quartiers où l'on brûle le plus de voiture...

Pourquoi notre Président ne réagit-il pas ? Peut-être pense-t-il que l'humiliation quotidienne de la Nation est un mal nécessaire pour que le peuple français renonce à son pays et à sa souveraineté au profit de l'Europe?


Quel est l'avenir d'un pays dans lequel les crapules accusent et les honnêtes gens s'excusent ?

Péricles

11/12/2007

A voir absolument : "La méthode" de Marcelo Piñeyro

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Un excellent film, illustration parfaite de l'aphorisme de Bernanos : "L'homme totalitaire précède le régime totalitaire".

L'histoire : Dans une Madrid assiégée par les manifestations contre le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, sept candidats, cinq hommes et deux femmes, se rendent à un entretien d'embauche pour un poste de cadre, dans la tour de la multinationale Dekia. Très vite, ils se rendent compte que personne ne va les recevoir et finissent par comprendre qu'ils sont infiltrés par un psychologue et peut-être surveillés par caméras vidéo et micro cachés… C'est la méthode Grönholm.

10/12/2007

Un 'double coup d'Etat'

La constitutionnaliste Anne-Marie Le Pourhiet persiste et signe : la relance par la voie parlementaire du processus constitutionnel européen malgré le "non" référendaire relève du double "coup d'Etat", à la fois formel et matériel : "Jamais aucun politiste, aucun constitutionnaliste ne pourrait affirmer qu'en votant pour le candidat Sarkozy les Français auraient ratifié par avance le traité de Lisbonne, c'est une aberration intellectuelle". Le Professeur Anne-Marie Le Pourhiet n'hésite pas à qualifier juridiquement l'opération de Lisbonne : "On ne peut pas nier que le fait de bafouer la volonté populaire et de chercher à tromper les citoyens en leur présentant comme un traité « simplifié » la copie conforme de celui qu'ils ont rejeté, constitue un manquement grave aux devoirs d'un chef d'Etat démocratique manifestement incompatible avec la probité qu'implique son mandat."


Tribune de Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit constitutionnel7b7f478aca257bdecb6139d61b4d3bd4.jpg
Un 'double coup d'Etat'


Dans l'article intitulé « Haute trahison », que j'ai publié le 9 octobre 2007 sur le site www.marianne2.fr, j'ai qualifié de « coup d'Etat » le fait, pour le président de la République, de faire ratifier par voie parlementaire un « traité modificatif » en réalité identique à 90% au traité établissant une constitution pour l'Europe pourtant rejeté par les Français lors du référendum du 29 mai 2005. On m'a dit « Tu vas fort ! » mais puisque Pierre Lefranc reprend le terme en appuyant, l'onction gaullienne m'est accordée, donc je persiste et je signe.

1° Qu'est-ce qu'un coup d'Etat ? On utilise le plus souvent ce terme pour désigner une prise de pouvoir illégitime tendant à renverser un gouvernement établi ou, à l'inverse, le maintien de force au pouvoir d'un individu ou d'une équipe qui a perdu les élections. Dans tous les cas, c'est le refus de s'incliner devant le verdict des urnes, conformément à l'ordre constitutionnel établi, qui conduit à la qualification de coup d'Etat. Dans d'autres cas c'est une violation grave d'un principe constitutionnel majeur, généralement aussi destinée à renverser le régime, qui est ainsi qualifiée. Par exemple, lorsque Louis-Napoléon Bonaparte, n'ayant pu obtenir le vote d'une révision constitutionnelle pour proroger son mandat, dissout l'Assemblée le 2 décembre 1851 alors que la Constitution de 1848 ne permet pas la dissolution, il commet évidemment un coup d'Etat. C'est d'ailleurs aussi à partir d'accusations d'inconstitutionnalités répétées que François Mitterrand a qualifié la pratique gaullienne du régime de la Vème République de « coup d'Etat permanent ».

Or, de quoi s'agit-il dans notre affaire de traité « modificatif » européen sinon, précisément, de refuser ostensiblement de d'incliner devant le verdict des urnes rendu tout à fait régulièrement et massivement le 29 mai 2005 en vertu d'un référendum organisé dans le strict respect des formes constitutionnelles ?7e0968e1b12ac5c84e3330cedcd38869.jpg

Sans doute la Constitution de 1958 n'interdit-elle pas expressément, comme la Constitution californienne, de modifier ou abroger une loi référendaire par une loi parlementaire. Mais il y a des principes supérieurs de notre texte constitutionnel dont cette règle découle implicitement : « La France est une république (…) démocratique. (…) Son principe est : gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. (…) La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum ». Il va sans dire que les mandataires n'ont pas le droit moral de violer la volonté directement et clairement exprimée par les mandants. Le Conseil constitutionnel lui-même, en se déclarant incompétent pour contrôler les lois référendaires qui sont «l'expression directe de la souveraineté nationale» reconnaît que la loi référendaire est d'une essence supérieure à la loi parlementaire et que l'on ne peut les mettre sur le même plan.9b89c1f6a82778123b43a7233f829ae5.jpg

Logiquement d'ailleurs, à quoi servirait-il de soumettre un projet de loi au peuple si le parlement pouvait aussitôt ignorer et piétiner la volonté populaire ? En réalité, nous sommes en face d'un double coup d'Etat, formel et matériel. Formel parce que l'on nous fait passer par voie parlementaire un traité refusé par voie référendaire, matériel parce que l'objet de cette procédure, le traité de Lisbonne, comme son prédécesseur, abandonne le gouvernement démocratique de la France à la gouvernance technocratique de l'Europe. Le verdict apparaîtra dans la décision du Conseil constitutionnel qui ne pourra pas dire autre chose de ce traité que ce qu'il a dit du précédent dans sa décision de 2004 : le texte porte atteinte aux « conditions essentielles d'exercice de la souveraineté nationale » et ne pourra être ratifié qu'après révision constitutionnelle. C'est le peuple français que l'on dépouille ainsi de la maîtrise de son destin, et le Dictionnaire constitutionnel (PUF, 1992) parle aussi de coup d'Etat lorsque les autorités légitimes abandonnent le pouvoir à des institutions sans titre pour l'exercer, l'armée par exemple ou … la commission européenne. On appelle cela un « coup d'Etat par consentement mutuel ».

2° Les auteurs de coups d'Etat ont tous un point commun, celui de tenter de camoufler le caractère illégitime de leur acte par des mensonges et dissimulations. Et nous sommes servis depuis quelques mois en la matière. On nous a d'abord annoncé un mini-traité simplifié qui ne reprendrait que les dispositions de la Constitution européenne « n'ayant pas fait l'objet de contestations ».

A notre connaissance les Français n'ont eu à se prononcer, par un « oui » ou un « non » global, que sur l'ensemble du traité. Celui-ci ne leur a pas été proposé par tranches comme c'est le cas dans certains référendums à questions multiples. Nous avons dit «non» à tout le traité et, effectivement, on a constaté pendant la campagne que toutes les dispositions étaient contestées par les uns ou les autres. Certains s'offusquaient principalement des symboles fédéraux, d'autres de la charte des droits fondamentaux, d'autres du principe de concurrence libre et non faussée, d'autres encore de la primauté ou de l'extension de la règle de la majorité, chacun avait quelque chose à redire à une ou plusieurs dispositions. On pouvait sans doute apercevoir que le non de gauche était plus sensible au recul de l'Etat providence et celui de droite à celui de l'Etat régalien, mais tout, dans ce traité a été contesté. On ne voit donc pas comment le président de la République pourrait se permettre de prétendre que nous aurions en réalité accepté les trois quarts de ce texte, c'est un mensonge éhonté.

On nous assène aussi qu'en élisant le candidat Sarkozy les Français auraient validé par avance la ratification parlementaire du mini-traité annoncé. C'est un comble ! D'une part ce n'est pas du tout un mini-traité que l'on nous sert mais 90% du précédent, d'autre part confondre une question référendaire et un programme électoral est une énormité politique et constitutionnelle. Jamais aucun électeur n'approuve l'intégralité du programme d'une candidat ou d'une liste, il choisit celui dont le programme est globalement le plus proche de sa sensibilité ou, simplement, celui qui lui déplaît le moins. Prétendre que les électeurs auraient approuvé sans nuances l'intégralité du programme sarkozyste est d'autant plus malhonnête que les principaux candidats étaient tous favorables au fédéralisme européen et qu'on ne voit pas quelle alternative se serait offerte aux électeurs. Jamais aucun politiste, aucun constitutionnaliste ne pourrait affirmer qu'en votant pour le candidat Sarkozy les Français auraient ratifié par avance le traité de Lisbonne, c'est une aberration intellectuelle.ada1aaf5c04951238e370e1bebdfaa63.jpg

Mais c'est aussi une injure que de sous-entendre que les Français seraient assez sots et inconstants pour approuver en mai 2007 un traité constitutionnel qu'ils ont refusé en mai 2005. On nous prend pour des écervelés.

3° Alors puisque double coup d'Etat il y a donc bien, quelle peut en être la sanction ? Lorsque le maire d'une commune pioche dans les caisses publiques pour se construire une piscine nous nous tournons naturellement vers le Code pénal pour chercher comment cela s'appelle et comment c'est puni. Quand un président de la République viole les droits du peuple en accompagnant sa forfaiture de moult tromperies, on doit naturellement se tourner vers la Constitution pour voir comment cela se nomme et quelle en est la sanction.

Les juristes s'accordaient autrefois à considérer que le crime de haute trahison était constitué en cas d'atteinte grave à la démocratie ou à la séparation des pouvoirs. Dissoudre l'assemblée dans des conditions illicites, recourir irrégulièrement aux pouvoirs de crise ou encore ignorer effrontément les résultats d'un référendum constituent assurément des actes de haute trahison. Aux Etats-Unis, où le pouvoir judiciaire est plus sacré que chez nous, ce sont, par exemple, les obstructions à la justice ou le parjure qui peuvent justifier la destitution du président.

La notion symbolique de haute trahison a cependant été effacée de notre Constitution par la révision du 23 février 2007 qui lui a substitué l'expression affadie et plus banale de «manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat» (voir Anne-Marie Le Pourhiet, Manuel de droit constitutionnel, Economica, 2007).

Bien qu'il soit difficile de cerner cette notion insignifiante, on ne peut pas nier que le fait de bafouer la volonté populaire et de chercher à tromper les citoyens en leur présentant comme un traité « simplifié » la copie conforme de celui qu'ils ont rejeté, constitue un manquement grave aux devoirs d'un chef d'Etat démocratique manifestement incompatible avec la probité qu'implique son mandat.

C'est donc par une opération très classique de qualification juridique des faits que l'on peut conclure, sans forcer, à la possible mise en cause de la responsabilité du président de la République par le parlement réuni en Haute Cour. Au lieu de quoi nos parlementaires vont sans doute plutôt choisir de se faire complices du coup d'Etat en s'empressant de réviser la Constitution française et de ratifier le traité de Lisbonne.

Le rapport du comité Balladur sur les institutions, remis sur sa demande au président de la République est intitulé, sans rire, « Une Vème République plus démocratique »… Au moment même où ce président s'apprête à s'asseoir sur la volonté du peuple français, à tel point qu'on ne voit plus ce qui distingue notre pays d'une république bananière, le titre de ce rapport prend des allures de provocation.

05/12/2007

Alain Finfielkraut : le dernier homme publique sensé ?

04/12/2007

Gagner plus ? Trois obstacles.

Le pouvoir d'achat de la majorité des Français stagne depuis plusieurs années. Le président Sarkozy s'efforce de faire face à cette question, qu'il avait déjà mise en avant, au printemps, lors de sa campagne électorale. Les réponses apportées visent à lever un premier obstacle, qui tient à l'insuffisance de l'activité des travailleurs en France. En revanche, elles risquent de se révéler inopérantes si elles ne surmontent pas les deux autres obstacles, qui viennent d'un côté de la surévaluation de l'euro, de l'autre de la faiblesse de l'actionnariat des travailleurs français.


Article de Gérard Lafay paru dans l'édition du Monde du 29.11.07eea40436e705d168686e741c1e8bafbc.jpg

Un premier obstacle découle du fait que, depuis de nombreuses années, nos gouvernements ont mis en place un "traitement social" visant à limiter la montée du chômage recensé. Tantôt ils ont avancé l'âge de la retraite, d'abord en le fixant autoritairement à 60 ans, puis en multipliant les préretraites en deçà de cet âge. Tantôt ils ont voulu réduire le nombre d'heures travaillées par chacun, en le limitant à 35 heures par semaine (lois Aubry). Toutes ces mesures ont été financées par l'Etat. Le résultat est double. D'une part, la France est l'un des pays industrialisés où la part de l'emploi dans la population totale est l'une des plus faibles. D'autre part, très logiquement, elle est aussi l'un de ceux où la part des dépenses publiques dans le produit intérieur brut (PIB) est l'une des plus élevées. Fort heureusement, le gouvernement mis en place par le président Sarkozy commence à prendre des mesures afin de surmonter ce premier obstacle, en concrétisant son slogan "travailler plus pour gagner plus".d774d9202009d2995183a278df1ce8bd.jpg


Le deuxième obstacle n'est pas propre à la France, mais il concerne toute la zone euro. Dans l'espace économique mondial, le niveau relatif des salaires découle, dans une large part, du taux de change réel, c'est-à-dire du niveau relatif des prix vis-à-vis du reste du monde. Cette question est essentielle dans les conditions de croissance, tant pour l'attractivité de l'investissement productif intérieur que pour la compétitivité du commerce extérieur. Pendant longtemps, elle n'était mise en relief que par quelques-unes, étant niée par la plus grande partie des observateurs. Mais les faits sont têtus. Aujourd'hui la surévaluation de l'euro apparaît de plus en plus évidente, non seulement vis-à-vis du dollar américain, mais encore davantage vis-à-vis du yuan chinois. En étant trop cher, l'euro interdit aux entreprises de procéder à des hausses substantielles de salaires, de même qu'il empêche l'économie de reprendre un rythme élevé de croissance.3a2b05364c546f489de361dfcf12d307.jpg


Dans sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait critiqué le comportement de Jean-Claude Trichet, de même que sa rivale Ségolène Royal. Que fait-il aujourd'hui ? Il se contente de reprendre périodiquement la même antienne, sans que ses exhortations aient le moindre effet. Pis encore. Il veut faire voter par le Parlement une nouvelle version du traité européen, quasi identique au projet de Constitution rejeté par le peuple français le 29 mai 2005. Or cette version entérine, ipso facto, l'erreur de conception inhérente au traité de Maastricht ainsi qu'une logique de libre-échange naïf. En fait, ce sont précisément ces deux éléments qui expliquent la politique monétaire menée par la Banque centrale européenne et l'absence de toute politique commerciale de rétorsion face au dumping monétaire. Ce seul fait réduit à néant les décisions courageuses que peut prendre le président Sarkozy sur le plan national.f5e2b9d2ac205351c818b7aa1896750f.jpg


Le troisième obstacle tient à l'évolution générale du capitalisme au niveau mondial qui, depuis la chute du communisme, accroît de plus en plus les revenus du capital tandis que, dans les pays développés, les revenus du travail stagnent pour le plus grand nombre. La solution est de mettre en place une forme française de capitalisme, où les travailleurs deviennent en même temps des actionnaires, parvenant à détenir la majorité du capital des entreprises. Cette solution avait déjà été amorcée par le général de Gaulle, avec l'ordonnance de janvier 1959 sur l'intéressement et celle d'août 1967 sur la participation, complétées depuis lors par d'autres dispositions. Mais la part des travailleurs reste marginale dans le capital de la plupart des grandes entreprises. Au lieu de vouloir débloquer les fonds de participation, afin de favoriser la consommation de façon conjoncturelle, il faut accomplir une véritable réforme structurelle. L'objectif est de développer ces mécanismes sur une grande échelle en mettant en place, à côté de l'actionnariat direct, des formes collectives d'actionnariat diversifié, par la création institutionnelle de fonds de pension par métier.


Le président Sarkozy est sur le point de surmonter le premier obstacle. Il réussira à élever graduellement le pouvoir d'achat des Français s'il fait sauter les deux derniers. Sinon, il est condamné

à l'échec.

Gérard Lafay est professeur d'économie internationale à Paris-II.

source : observatoiredeleurope.com et Le Monde