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28/01/2008

Henri Emmanuelli sauve l'honneur d'un parti moribond.

(...) Henri Emmanuelli fustige les divisions de son camp sur le traité et le Congrès de Versailles :

9cbeb679135b44d00920904834811e3a.jpgDéputé (PS) des Landes, Henri Emmanuelli s’oppose farouchement au boycott du Congrès. Il a réuni le 15 janvier des parlementaires socialistes pour exiger un référendum.

Comment jugez-vous l’annonce faite par Jean-Marc Ayrault d’un boycott du Congrès ?


Je la juge incompréhensible. Je comprends que le parti soit divisé sur l’adoption du traité, puisqu’il l’était déjà. Mais on ne peut remplacer un référendum qui a déjà eu lieu par un vote parlementaire. Le PS ne peut donc renoncer à exiger la tenue de ce référendum. Et le seul moyen de l’obtenir, comme nous nous y étions engagés lors des campagnes présidentielle et législative, c’est d’aller à Versailles voter contre la révision. Je ne comprends pas qu’on laisse les mains libres au Président dès lors qu’il s’agit du respect d’un principe fondamental, le suffrage universel.

Alors, pourquoi cette annonce ?

Je ne me l’explique pas. Et c’est là qu’on retombe sur le problème d’une cohérence minimum. La liberté de conscience sur le traité lui-même, c’est-à-dire sur le oui et le non, difficile de faire autrement. En revanche, s’agissant du référendum, je ne vois pas pourquoi il y aurait finalement liberté de conscience. Si des socialistes ne situent plus la légitimité politique dans le suffrage universel, qu’ils le disent et l’assument ouvertement. Mais je ne pense pas qu’il puisse y avoir d’ambiguïté sur ce sujet.

Comment réagissez-vous aux propos de François Hollande qui a fustigé le «jeu» des opposants au boycott ?

C’est grave. S’il considère que la défense de la souveraineté populaire est une affaire de posture ou de tactique, c’est le signe d’une légèreté inquiétante. En politique, il faut avoir un minimum de cohérence. Et je parle bien d’un minimum. En 2005, j’ai fait campagne pour le non. Et je sais que ceux qui l’ont menée pour le oui n’ont jamais admis le vote du peuple français. Mais qu’ils aient le courage de le dire, et qu’ils arrêtent d’expliquer que ceux qui veulent le faire respecter sont des tacticiens.

Que pensez-vous de la position de Ségolène Royal qui, après avoir défendu le référendum, estime désormais qu’il faut adopter le traité ?

Si l’on explique "Nicolas Sarkozy a été élu, l’affaire est réglée", je ne vois pas alors ce qu’on fait à l’Assemblée nationale. Et ce, d’ailleurs, sur tous les sujets. Pourquoi s’opposer, alors ? On en arrive à des raisonnements ahurissants pour justifier l’injustifiable. J’ai envie de dire : "pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils disent…".

Concrètement, les socialistes pourront-ils se doter d’une position commune ?

Je crois que non. Mais on peut élargir : y a-t-il une position du PS sur la politique internationale ? La mondialisation ? La croissance ? Ce n’est pas le seul sujet sur lequel le parti n’a pas de position. Le PS ne manque pas de propositions, mais de cohérence.

Quel est l’impact de cette affaire dans l’opinion publique ?

Une fois de plus, nous donnons un spectacle affligeant. Entre l’improvisation, les avancées et les reculs, le manque de lucidité, on donne l’impression de subir les événements politiques. Cela commence à faire beaucoup.

Quel remède, alors ?

Ce que je vais proposer, c’est qu’après le prochain congrès socialiste, le futur ou la future premier secrétaire s’achète une boussole. En souvenir de Sénèque, qui, il y a fort longtemps, nous expliquait qu’il n’y a pas de bon vent pour le marin qui ne sait pas où il va…

Article publié sur le site gaullisme.fr le 17 janvier 2008 sous le titre "Le PS donne un spectacle affligeant ... et vient en aide à Sarkozy"

25/01/2008

Sarkozy, l'anti-Périclès !

7bb548dc3a4045c6ad51e0d673d8b5bb.jpg" Devant le peuple également, Périclès voulait éviter d'être constamment présent et de saturer les gens de sa vue. Il ne se montrait à ses concitoyens que de manière intermittente, pourrait-on dire; il ne s'adressait pas à eux à tout propos et ne se présentait pas sans cesse devant eux (...) Il se réservait pour les grandes occasions. Le reste du temps, il traitait les affaires par l'intermédiaire de ses amis et d'orateurs de son parti." (Vie de Périclès Plutarque Quarto p. 329)

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Ou bien:

" Un jour, par exemple, un individu particulièrement vulgaire et grossier l'insulta et l'accabla d'outrages. Périclès le supporta en silence, toute la journée, en pleine agora, en continuant à régler les affaires urgentes. Le soir, il s'en alla tranquillement tandis que l'autre le suivait et lui lançait toutes les injures possibles. Avant d'entrer chez lui, comme il faisait déjà nuit, il ordonna à l'un de ses serviteurs de prendre une lampe pour raccompagner l'homme et le 7b2ff6150c6211fe84098e94c81d8023.jpgreconduire chez lui." (ibid.)

Tiré du site Les philosophes antiques à notre secours

21/01/2008

A méditer !

“ La plus grande preuve d'estime, que l'on puisse donner aux gens que l'on a l'honneur de diriger, ce n'est pas de les flagorner, mais de leur parler gravement, en leur montrant les choses comme elles sont. “

Louis Hubert Gonzalve Lyautey 30aadc3b8a84948064b03562b9f67c4e.jpg

Une citation que nos dirigeants politiques devraient méditer.

20/01/2008

Absence de référendum : le PS fait semblant de se fâcher

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"Nous voterons le traité simplifié européen parce que ses acquis sont supérieurs à ses insuffisances et parce qu'il est enfin une chance de sortir l'Union de sa paralysie politique", a déclaré, mardi 8 janvier, Jean-Marc Ayrault. Le président du groupe socialiste, radical et citoyen (SRC) de l'Assemblée nationale a cependant émis "une réserve" : "Il me paraît impossible que nous participions à la révision préalable de la Constitution dès lors que nous défendons la voie référendaire plutôt que la voie parlementaire. Nous n'irons pas à Versailles." Cette absence des députés PS à Versailles n'aura donc pas de conséquences sur l'adoption du projet de loi constitutionnelle, puisque seuls les votes exprimés sont pris en compte. S'il avait réellement voulu contraindre le chef de l'Etat à organiser un référendum, le Parti socialiste eût été mieux inspiré d'annoncer qu'il se rendrait au Congrès pour voter "contre" ou au minimum "abstention" sur le projet de révision constitutionnelle. Plusieurs parlementaires socialistes ouistes ou nonistes ont d'ailleurs déjà prévenu qu'ils ne suivraient pas la consigne de leur président de groupe, tel Henri Emmanuelli qui entend résister non pas symboliquement mais politiquement, par son vote, au contournement du résultat du référendum du 29 mai 2005 sur la Constitution européenne. Il est cependant peu probable que les députés et sénateurs, quelle que soit leur opinion sur le traité de Lisbonne mais soucieux d'aligner leur vote au Congrès sur celui des Français il y a deux ans, soient suffisamment nombreux pour représenter au moins 2/5ème des suffrages exprimés et bloquer ainsi le processus.

Article publié le Mercredi 09 Janvier 2008 sur le site Observatoire de l'Europe

17/01/2008

Emeute ou subversion ?

687b75df5de96b74594622b288af2cd7.jpg"Les Néerlandais, qui ont l’habitude de descendre dans la rue le 31 décembre avec leurs propres feux d’artifice, ont connu cette année une nuit d’émeutes sans précédent. Le bilan, particulièrement lourd, n’est livré qu’au compte-gouttes par la police. Il a ainsi été révélé le 8 janvier que 128 voitures figurent parmi les 800 «objets» incendiés dans la seule ville de La Haye. Pas moins de 22 écoles ont flambé la même nuit aux Pays-Bas. A Amsterdam, dans la banlieue de Slotervaart, en proie à des émeutes sporadiques depuis octobre, le poste de police a été pris d’assaut par des adolescents cagoulés. La vague d’émeutes laisse les Néerlandais pantois. Des mesures sont prises pour mieux protéger la police et les ambulanciers des foules en colère, mais les arrestations tardent à Slotervaart. A La Haye, une dizaine d’adolescents ont été interpellés. Une polémique subsiste par ailleurs autour de l’arrestation, le 31 décembre, de deux Néerlando-Marocains et d’un Soudanais. Selon le quotidien De Telegraaf, ce groupe préparait un attentat pour le 31 décembre contre le pont Erasmus, à Rotterdam, où 15 000 personnes ont assisté à des festivités. La justice dément. De Telegraaf persiste : les festivités auraient pu tourner au désastre."

Article de Sabine Cessou (correspondante à Amsterdam) publié dans Libération le vendredi 11 janvier sous le titre "Le bilan des violences du 31 rehaussé aux Pays-Bas"

N'en déplaise à Mr Tariq Ramadan et à tous ses thuriféraires, ces problèmes récurrents dans toutes les Nations 70bc0a14fd293b69afc4fd4326f54864.jpgEuropéennes montrent bien l'hypocrisie et la manipulation qui consistent à relier les émeutes des banlieues françaises à des problèmes historiques (comme la colonisation ou l'esclavage) ou au racisme qui serait latent dans notre pays,

c388530278cf39b11319e7796616639e.jpgToute personne ayant participé à des manifestations collectives sait que la notion de mouvement de foule ou d'émeutes spontanées est une pure vue de l'esprit (1).

1-Tout mouvement collectif se prépare par la propagande politique et par la manipulation médiatique : déformation des faits présents ou passés, simplification des réalités, diabolisation des adversaires politiques, usage exclusif du slogan et de l'émotion plutôt que de la raison... (comme le font brillamment Mr Ramadan et les indigènes de la République).

2- Tout mouvement collectif se provoque par l'intermédiaire d'agitateurs sur le terrain, d'organisateurs et de coordinateurs. Ces évènements ont, en général, besoin d'une amorce avec une forte connotation émotionnelle (accident, arrestation..) qui va être exploitée par ces derniers (utilisation de rumeurs, mensonges, manipulations).5c6a76b56334e329e15dda9cc395a734.jpg

3-Tout mouvement collectif répond à un objectif politique parfaitement rationnel et n'est jamais fortuit.
Bien évidemment les participants à ces mouvements collectifs sont souvent sincères et ont rarement conscience de participer à une opération collective préméditée et calculée ou de servir des intérêts politiques précis. Autrefois, les dirigeants communistes les dénommaient "les crétins utiles".

4-Tout mouvement collectif nécessite un environnement favorable : pauvreté, chômage, illettrisme, drogue et alcoolisme... qui seront les matériaux de base de la subversion, le levier qui permettra de mettre en branle le mouvement de foule (ce qui ne signifie pas que les agitateurs se soucient des ces problèmes ou ont l'intention de les résoudre).

8d90567a71f112dba35c1f7f713856e7.jpgQuand on connait les accointances entre Mr Ramadan (et donc les indigènes de la République) et "les frères musulmans" (2), on perçoit plus clairement les objectifs politiques sous-jacents aux diverses émeutes qui ont lieu dans nos villes. On comprend également l'irresponsabilité et l'aveuglement de tous les français qui se rendent complices de ces individus en relayant leur propagande délétère sans esprit critique.



(1) Tous les arguments qui vont vous être présentés n'ont rien de fantasmagoriques. Pour vous en persuader, je vous invite à lire les ouvrages suivants : "Que faire ?" de Lénine ; "Hitler m'a dit" de Rauschning,"Le viol des foules par la propagande politique" de Serge Tchakhotine . Pour comprendre le présent, l'Histoire est souvent plus éclairante que la télévision.

(2) "Les Frères musulmans (جمعية الأخوان المسلمون, jamiat al-Ikhwan al-muslimun, littéralement association des Frères musulmans) est une organisation panislamiste fondée en 1928 en Égypte dans le but d'instaurer un grand état islamique fondé sur la charia basée sur la sunna débarrassée des influences culturelles locales, dans l'esprit du salafisme (Le salafisme est un mouvement sunnite revendiquant un retour à l'islam des origines).
Elle a rapidement essaimé dans les pays musulmans du Moyen Orient, au Soudan et dans une moindre mesure en Afrique du Nord, établi des têtes de pont jusqu'en Europe. Certains groupes de partisans se sont constitués en mouvements indépendants (Gama'a al-Islamiya et Hamas, par ex.).
Son opposition fondamentale et parfois violente aux États laïcs arabes a amené son interdiction ou la limitation de ses activités dans certains pays (Syrie, Égypte). La lutte contre l’État d’Israël est au cœur du mouvement depuis sa fondation, et le théoricien du djihad armé, Sayyid Qutb (1906-1966), fut l’un de ses membres égyptiens les plus en vue.
" source Wikipédia.

Je vous suggère également de lire sur ce sujet : "Jihad. Expansion et déclin de l'islamisme" de Gilles Kepel, Gallimard, Paris, 2000

14/01/2008

Le cri d’alarme d’une iranienne.

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Femme, intellectuelle et iranienne, Chahdortt Djavann réinvente la figure du “dissident” tel que feu l’Union soviétique en produisait avant la chute du mur de Berlin. Comme les Boukovski, Glouzman, Gorbanevskaya des années 1980, cette écrivaine combat l’islam politique avec les seules armes à sa disposition : les mots. A mon corps défendant, l’Occident s’ajoute aux conférences, articles et analyses que l’auteure a déjà produits - en sus de son travail d’écrivain - pour réveiller une opinion publique occidentale insouciante, naïve ou endormie face au danger islamiste en général, et atomique iranien en particulier.066cba67699121fe5eb3876596b06765.jpg

Bien que la philosophie politique ne soit pas son métier, Chahdortt Djavann pense juste. Peu importe qu’elle bricole sa définition du totalitarisme islamique à l’aide du Petit Robert ou d’un article du Monde, ses cris viennent du coeur autant que de la raison : “Comment croire qu’une religion née il y a mille quatre cents ans en Arabie, et dont toute l’architecture repose sur le caractère immuable des lois qui la constituent, puisse être une religion progressiste ?” Quant à savoir si les dogmes islamiques sont, dans une société moderne, “compatible(s) avec la démocratie : la réponse est non ! (…)” D’ailleurs, affirme-t-elle, toute religion juive, chrétienne ou autre qui se mêlerait de prendre le pouvoir engendrerait un système totalitaire. Mais comme l’islam est son sujet, “la question qui se pose vraiment est de savoir si les musulmans ont la capacité de remettre l’islam à sa place, c’est-à-dire dans le domaine privé”.4e40147afd6ab08373d7e689704ccab3.jpg

Soucieuse de communiquer sur la menace que les mollahs iraniens font courir à la paix mondiale, elle consacre de longues pages à reconstituer la rancoeur du clergé iranien. Relégué dans les mosquées par la dynastie Pahlavi, jamais le clergé chiite d’Iran n’a accepté de voir son influence réduite à la sphère privée. Khomeyni, perçu en Occident comme un leader “sincère”, incarne en réalité un leader revanchard et frustré qui haïssait aussi “sincèrement” la démocratie, la liberté et l’Occident qu’”Hitler les Juifs”. Dans cette perspective, la volonté des b20b458337882a7e580f97e0f7b61f0d.jpgmollahs de se doter d’un arsenal nucléaire terrifie tout simplement l’auteure. En 2006, quand le président iranien Ahmadinejad organise de vastes manoeuvres militaires, “savez-vous comment s’appelaient ces grandes manoeuvres avec leurs missiles Shahab, Zelzal et Fateh ? Je vous le donne en mille : elles s’appelaient Grand Prophète 2… Mahomet lui-même, associé à des tirs de missiles (…). Vous imaginez l’armée française organiser des manoeuvres intitulées Jésus 2 ?”2c5c392ef7c89b2190248516dfa5dcb8.jpg

Comme les ex-dissidents soviétiques, Chahdortt Djavann ne comprend pas la “tolérance” occidentale - et française - vis-à-vis d’un Iran atomique. Elle comprend encore moins que l’Etat s’interroge sur un éventuel financement de mosquées sur le territoire national. Les mosquées ne sont pas “de simples lieux de culte, ils sont une institutionnalisation de l’islam en France”, menace-t-elle. Et cet “enracinement” lui apparaît porter en germe des conflits de pouvoir d’autant plus dangereux qu’il incite la majorité des musulmans, aujourd’hui non pratiquants, à rompre avec leurs habitudes et à se plier à un modèle dominant du musulman agenouillé et priant cinq fois par jour. Pour les croyants qui souhaitent prier et seulement prier, Chahdortt Djavann propose au clergé catholique d’ouvrir ses églises une ou deux fois par semaine. Tant pis si, ces jours-là, les églises accueillent un public plus nombreux que le dimanche.e8d7c6a5d6f91d2e97f6ae0ccd93f5dd.gif

L’écriture fougueuse, les propos résolus et surtout le titre de l’ouvrage masquent mal la peine ressentie par l’auteure face aux brutalités que les fanatiques religieux infligent à son pays. Chahdortt Djavann a choisi l’Occident, comme d’autres en leur temps choisissaient “la liberté”. A regret comme l’indique le titre. Mais les douleurs de l’exil, la chose est connue, ont toujours favorisé la création littéraire. [source]

Article de Yves Mamou, paru dans Le Monde du 10.11.07.

11/01/2008

La rupture dans les faits

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Il y a deux domaines où notre Président a oublié d'appliquer la rupture : l'inflation ministérielle et son corollaire, le népotisme.

Quoi de plus étonnant de voir cette envolée du nombre de ministres, secrétaires d'Etat et conseillers alors que la souveraineté de la France fond comme neige au soleil (les domaines de compétence des gouvernements nationaux étant de plus en plus réduits pour cause de décentralisation et d'Europe supranationale). Pour ne donner qu'un chiffre, pas moins de 530 conseillers officient dans les arcanes du gouvernement Fillon (ne sont pas comptabilisés les conseillers occasionnels...). Par comparaison, le gouvernement Fabius de 1984 ne comptait "que" 314 conseillers et le gouvernement Juppé en 1995, 392.
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Ajoutons à cela le népotisme ambiant : Cécilia jouant un rôle diplomatique en Lybie ; le fils de Roselyne Bachelot comme conseiller parlementaire ; le fils de Claude Guéant comme conseiller technique pour le droit des victimes au cabinet de Madame Dati ; la fille de Gérard Longuet au secrétariat d'état aux entreprises et au commerce extérieur ; la femme de Xavier Darcos comme chef adjoint du cabinet de...Xavier Darcos ; le fils d'Alain Marleix, secrétaire d'Etat à la défense et aux anciens combattants, comme conseiller de Nicolas Sarkozy...

Tous ces éléments nous permettent de brosser un tableau peu reluisant sur la profondeur des convictions de Mr Sarkozy. Ces éléments, qui pourraient paraître dérisoires à certains, traduisent pourtant clairement le coté mystificateur des discours de notre Président.
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La rupture avec les traditions d'ancien régime n'aura donc pas eu lieu.
Remettre en cause les nombreux privilèges des nantis demande évidemment plus de courage politique que de rogner les quelques avantages des plus humbles.

07/01/2008

Finkielkraut et l'obscur.

Nous, Européens du siècle nouveau, voulons vivre en modernes !Nous nous glorifions de cet adjectif : “ modernes ” !Les modernes, c’est-à-dire les généreux, les véridiques, les bons, les militants de la bonne société ! Les modernes, c’est-à-dire ceux qui ont su jeter dans les poubelles de l’histoire le passé et son fatras de traditions et de pesanteurs! Les modernes, c’est-à-dire cette fine fleur de l’histoire décrétant dépassé tout ce s’inscrit dans le registre du passé ! De quel dégâts cette prétention s’accompagne-t-elle ? Que perd-on en se soumettant à cette injonction : être moderne ? Mécontemporain, comme le fut Charles Péguy, dont l’ombre se prolonge sur toutes les pages de cet essai, le philosophe Alain Finkielkraut passe dans son nouveau livre au crible d’une analyse incomplaisante cette modernité dont nous confectionnons notre identité.
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“ Du passé faisons table rase… ” est, depuis Galilée et Descartes dans le domaine de la pensée, depuis la Révolution française dans celui de la politique, la maxime des modernes. Si les révolutionnaires ont pu chanter ce programme dans les rues, si les politiques totalitaires se sont appliqués à le mettre en œuvre à grande échelle, la culture elle-même, pendant quelques siècles, en a fait son mot d’ordre. Un mot d’ordre éradicateur : jusqu’à la “ révolte mallarméenne ” en poésie, jusqu’aux avant-gardes littéraires, jusqu’au texte romanesque déclarant mort le roman. Ce monde a été pris par une maladie convulsive : celle du commencement radical. Souvenons-nous du Discours de la Méthode de Descartes, aux aurores de notre modernité ! C’est dans ce livre que voit le jour le tropisme au recommencement. Descartes veut y balayer tout ce que le collège lui a appris, afin de refonder radicalement (à partir des racines) l’édifice du savoir.

Le projet de Descartes, dans la traîne duquel tout les modernes se meuvent, ne se comprend pas sans la mathématisation du monde. Galilée est le père de l’autre fondement de la modernité, le primat du scientifique conçu comme mathématique. Il est le héraut de la prise de pouvoir par la “ pensée calculante ” aux dépens de la “ pensée méditante ”. Le présupposé de Galilée, “ la nature est un livre écrit en langage mathématique ”, expression la plus précise qui soit de l’esprit de la modernité, réaménage le statut de la littérature. Le monde en est désenchanté, les elfes et fées sont chassées de la nature, la littérature perd son statut privilégié de voie d’accès à la vérité. La formule de Galilée renvoie la littérature à l’inessentiel ; “ et tout le reste est littérature ” devient la note de bas de page accompagnant la science, la technique, la politique modernes. Ainsi, l’impulsion venue de Galilée a-t-elle fait table rase de la littérature ! L’avant-garde, recroquevillant, dans la foulée de Mallarmé, la littérature sur “ le texte ” n’a fait qu’avaliser cette mise à l’écart de la littérature. Par ailleurs, la passion de l’avant-garde est précisément le recommencement, la table rase : l’activité de l’écrivain faisant écho alors à “ la passion révolutionnaire ”. A quoi conduit l’énoncé de Galilée ? A quoi conduit la méthode de Descartes ? A quoi conduit la mathésis universalis, commune au fond à Descartes et à Galilée ? Finkielkraut répond : à “ la dissolution de tout espace commun entre le physicien et le poète ”.96f51144a109078b52110d847ab49830.jpg

Reprenons la question de Heidegger : “ pourquoi des poètes en temps de détresse ? ”. La réflexion de Finkielkraut peut prolonger la question du Maître de Messkirch. Dans notre siècle nouveau, la poésie n’a plus de place. Déjà Joë Bousquet voyait dans la poésie “ ce qu’il y a de plus perdu dans le monde ”. On ne lit plus de poésie, les voix poétiques sont devenues des voix confidentielles. Finkielkraut indexe cette situation de détresse comme une suite de la volonté de puissance ouverte par le Discours de la Méthode de Descartes. Pour l’inventeur du cogito en effet, la science et la philosophie n’existent que pour être au service de la puissance humaine, que “ pour nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ”. De fait, le langage aussi est mis au service de cette insatiable volonté de puissance. La considération moderne du langage a changé en effet celui-ci en outil technique. L’usage dominant est, pour reprendre un concept heideggérien sur lequel Finkielkraut s’appuie, l’arraisonnement. Le langage sert, aux hommes contemporains, à arraisonner la nature, les objets, les sujets, les êtres. A arraisonner leur propre intimité par le biais de la psychologie comme science. Le passage du langage dans l’ordre de l’arraisonnement rend la poésie inaudible, ou illisible. Quelle barbarie quand on renvoie Ronsard à la joliesse ! Dans la poésie – y compris, insiste Finkielkraut, dans le Ronsard évoquant la forêt de Gastine, “ bûcheron, arrête un peu le bras… ” - le langage accueille le monde, la nature. Il y a un abîme entre le langage-arraisonnement et le langage-accueil. “ Là où croît le danger, croît aussi ce qui sauve ” affirmait Hölderlin ; autrement dit, dans la poésie se cache peut-être aussi le salut, dans la mesure où le poète refuse d’abandonner la vérité au nombre et au concept.94bff49bb623def0c5ee9d8e7e024088.jpg

Qu’est-ce donc que le monde moderne ? Un monde pris par la passion du recommencement et de l’illimité. Le sport peut sans conteste passer pour le modèle de ces passions ; Finkielkraut voit dans le sport “ l’activité paradigmatique où l’homme moderne prend conscience de sa vocation ”. Quelle vocation ? Ne cesser de recommencer, ne cesser d’aller plus loin, ne cesser d’enjamber l’infini. Le sport traduit l’un des grands aspects de la modernité, ignoré de toutes les autres civilisations : le refus de la limite, l’amour pour l’illimité. Ce refus de la limite est le combustible de la volonté de puissance qui s’est appliquée, à travers le langage et la science, à arraisonner le monde.

La véritable alternative est entre moderne et tragique plutôt qu’entre moderne et ancien. Le moderne en effet exige une cause, aussi explicative que consolante, pour tout événement, même le plus terrible; il ne peut supporter la tragédie sans cause qui, souvent, vient foudroyer l’existence. Il exige des causes, et il réclame des coupables à accuser – il importe qu’il y ait des coupables, même pour les catastrophes naturelles ! Le monde moderne criminalise la mort elle-même. La mort est à la fois coupable, et donnée par un coupable. L’accident n’est plus pensé, il est refusé par principe : il n’y a pas, aux yeux des modernes, d’accidents, il n’y a que des responsables et des coupables. Le sens du tragique surgit dès lors qu’on accepte qu’un funeste événement est sans cause. La modernité évacue le tragique, parce que tout événement doit être transformé en information consommable : la relation par les médias des événements s’accompagne de la recherche interminable de causes et de coupables rassurants. Même les tremblements de terre devraient avoir des coupables. L’information est impuissante à rester sur l’énigme béante du malheur inassignable.

Quels chemins explorer pour sortir, s’il est possible, de la nuit ? Peut-on trouver l’indication d’un au-delà de la modernité ? Outre la poésie, conservatoire d’un éventuel salut, qui serait salut du monde en tant qu’expérience par le biais du langage, quelles perspectives existent ? Finkielkraut prend au sérieux l’émergence du principe de précaution et l’heuristique de la peur, conceptualisée par Hans Jonas. Au total, il s’agit de “ sauver l’obscur ”. Certains revendiquent pour la nuit – celle du ciel étoilé que Kant connaissait encore – le statut de patrimoine de l’humanité. L’obscur qui est en nous, l’obscur qui est dans le monde – dont la littérature seule, à la différence du nombre et du concept, peut dire la vérité. La vérité a besoin de l’obscur comme d’une caverne sombre où se terrer et d’où sortir pour paraître dans le langage. Mais, le fanatisme contemporain de la transparence, de la pleine lumière, tue le sombre et l’obscur. Rien, ne doit se soustraire à l’éclairage, aux sunlights, toute ombre doit être chassée ; le monde sans ombres sera le monde moderne accompli.
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Péguy l’avait noté : le monde moderne est “ un monde qui fait le malin ”. Finkielkraut approfondit cette intuition péguiste. Le monde qui ne s’en laisse pas compter ! On le sait depuis quelques années : nul ne décrypte avec autant de lucide liberté ce “ monde qui fait le malin ” qu’Alain Finkielkraut. Nulle voix ne fait entendre avec autant de courage ce qui n’a plus de voix dans notre monde, parce que tenu pour dépassé, “ pas malin ”. L’obscur trouve un commencement de salut entre les pages de cet ouvrage. En effet, avec Nous autres modernes, Alain Finkielkraut fait présent à son époque d’un grand et beau livre, sombre et lumineux comme un ciel de nuit parsemé d’étoiles !

Par Robert Redeker publié sur son site

Ce texte, sous une version légèrement différente (titrée "L'exigence de sauver l'obscur"), est paru dans L'Arche en novembre 2005.

04/01/2008

Dans quelle civilisation voulons-nous vivre ?

03/01/2008

VOUS AVEZ DIT ANTIAMERICANISME ?

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Ceux qui s’ enthousiasment aujourd’hui de la « rupture » intervenue dans la politique française au cours des derniers mois se félicitent que notre diplomatie soit enfin débarrassée de son « antiaméricanisme viscéral ».

Dès qu’il est question des relations de la France et des Etats-Unis, il est des bons apôtres aussi prompts à dénoncer l’antiaméricanisme que Georges Marchais l’était autrefois à couper la parole de ses interlocuteurs en disant: « ne tombons pas dans l’antisoviétisme primaire ! ».

Il est permis de se demander à ce sujet : de quoi parle-t-on ? Les Français sont-ils, furent-ils jamais antiaméricains ?



Des divergences…



Il est vrai que depuis les années cinquante, certaines divergences sont apparues à plusieurs reprises entre les positions de Paris et celles de Washington. Dès 1956, les Etats-Unis condamnèrent et firent cesser l’engagement militaire des Français et des Britanniques aux côtés d’Israël contre l’Egypte. Ils désapprouvèrent à la même époque l’aide discrète de la France à l’armement nucléaire israélien. Ils firent les yeux doux au FLN algérien.59fe41bb4b917293a53e14d5f70e226b.jpg

Mais c’est à la grande époque de la diplomatie gaullienne, entre 1964 et 1969, qu’éclatèrent les désaccords les plus fragrants : projet de force multilatérale (visant à contrer l’armement nucléaire français qui irritait les Américains), reconnaissance de la Chine de Pékin, rôle du dollar, discours de Pnom-Penh contre l’intervention américaine au Vietnam, embargo sur les armes à destination d’Israël lors de la guerre des Six Jours.
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Les points de friction ouverts furent par la suite bien moins nombreux Malgré les algarades de Michel Jobert, Pompidou et Giscard, puis Mitterrand prirent rarement l’Amérique de front, d’autant qu’entre 1970 et 1985, la guerre froide s’était durcie. Les frictions principales portèrent sur les négociations commerciales (agriculture et culture).
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La France participa à la première guerre du Golfe, et participe encore aux côtés des Etats-Unis à la plus récente guerre d’Afghanistan. Même si les efforts des Français à l‘OTAN pour éviter les bombardements de civils serbes irritèrent les Américains (le genre d’irritation que veut désormais éviter Hervé Morin !), la participation de la France à la guerre de Yougoslavie (1999) marque un alignement sans précédent sur l’OTAN: on ne peut oublier le conformisme obtenu de l’opinion française pendant cette guerre par une pression médiatique sans égale. Approuvée au Congrès à une courte majorité, cette guerre le fut à la quasi-unanimité au Parlement français.

Dans la période récente, seul le désaccord du gouvernement Chirac vis-à-vis de la guerre d’Irak (2003) exprimé avec panache par Villepin à l’ONU marque une divergence comparable à celles des années soixante.fc07fd037b7585f9dac8bc75c0241916.jpg

Tout se passe comme si cette divergence avait été d’autant plus mal ressentie qu’elle était devenue exceptionnelle.

Le plus remarquable est que, presque toujours, le gouvernement français ne faisait que partager l’opinion d’une partie substantielle de l’opinion américaine : sur la guerre d’Irak, une majorité des Américains considère aujourd’hui que la France avait raison. La dissidence serait-elle permise aux seuls citoyens des Etats-Unis mais pas aux Etats supposés vassaux, comme au temps de la guerre du Péloponnèse, les citoyens d’Athènes avaient voix au chapitre mais pas ceux de Délos ?
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Il est également remarquable que tout au long de ces soixante années, les Etats-Unis n’ont pas eu dans les crises majeures d’allié plus solide que la France : ce fut le cas avec l’affaire des missiles de Cuba , ce le fut avec celle des euromissiles en Allemagne ( au moins après que Mitterrand ait succédé à Giscard) , ce le fut aussi après le 11 septembre (1) où la coopération policière de la France avec les Occidentaux ( la seule qui importe face à ce genre de menace) fut exemplaire. Au passage, on notera le contraste entre la solidarité sans faille des Français (opinion publique comprise) avec les Etats-Unis après les attentats de New York et la désinvolture avec laquelle le gouvernement américain laissait ouvert à Washington six ans plus tôt un bureau du FIS algérien au moment où ce dernier faisait sauter des bombes dans le métro parisien (2) !

Les Etats-Unis devraient avoir appris les leçons d’ Autant en emporte le vent. Dans les véritables épreuves, c’est la fille rebelle, Scarlett O’Hara qui est l’appui le plus solide du clan.



Mais pas d’hostilité de principe



Mais aux yeux d’un certain atlantisme débridé, même nos divergences passagères témoigneraient d’un antiaméricanisme viscéral.

Divergences on l’accordera, mais y eut-il, y a t-il en France un antiaméricanisme viscéral à quelque niveau que ce soit ?
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Un antiaméricanisme comparable par exemple à la vague antifrançaise hystérique qui s’est déchaînée aux Etats-Unis, excitée par Fox news et autres média, durant la dernière guerre d’Irak – où l’on envisagea sérieusement de débaptiser les French fries en représailles de l’abstention française !

Nous savons qu’il ne faut pas confondre Anglais et Américains mais y a-t-il un seul éditeur Français qui accepterait de publier, à l’encontre du monde anglo-saxon, les tombereaux d’insanités antifrançaises à l’usage des touristes que l’on trouve à la librairie anglaise de la rue de Rivoli ?

Cet antiaméricanisme viscéral, haineux, irraisonné qu’on nous impute, on le cherche.

Rien en tous cas dans l’opinion française actuelle de comparable aux sentiments antianglais qui existaient sous Napoléon ou au temps de Fachoda. Rien non plus qui s’apparente à l’antigermanisme qui a prévalu chez nous durant un siècle.880362d03e851317d127d06c9b68487f.jpg

On peut même penser que le sentiment antiaméricain était plus vif dans les années soixante. Même si les événements de mai soixante-huit ont coïncidé avec le souhait américain de déstabiliser le général de Gaulle (3), le sentiment dominant des étudiants était alors, beaucoup plus qu’aujourd’hui, l’hostilité à l’Amérique : le mouvement de mai avait été préparé, on l’oublie trop, par une vague de manifestions de grande ampleur contre l’intervention américaine au Vietnam. Le Nouvel Observateur évoqua une fois une femme qui ne pouvait regarder John Wayne au cinéma car, disait-elle, le grand acteur de western lui faisait penser au président Johnson et aux cris des enfants vietnamiens sous le napalm. Qui aujourd’hui refuserait de voir une série américaine pour pareil motif ?31e7f5d04bf4b48bb56086d2773681dc.jpg

Entre temps, il est vrai, au cours de la décennie soixante-dix, la gauche soixante-huitarde fit le pèlerinage Greyhound outre-atlantique et découvrit fascinée, l’Amérique underground. Cette fascination, vite étendue à l’Amérique officielle, a produit la « gauche américaine » de Libé à Bernard-Henri Lévy.
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Il est vrai qu’il existe aujourd’hui une extrême gauche antiaméricaine et anti-Bush virulente. Mais nos altermondialistes n’ont jamais été aussi violents que ceux d’Angleterre ou d’Italie. L’Amérique qu’ils haïssent est une Amérique abstraite, tenue pour le symbole du capitalisme mondialisé (à tort car les Etats-Unis sont beaucoup moins mondialistes qu’on le croit dès que leurs intérêts en jeu), bien plus que l’Amérique concrète que généralement ils ignorent. Et le déclin du parti communiste a globalement affaibli cette mouvance.

Différent est sans doute le sentiment des pro-palestiniens virulents, violemment hostiles à Israël et à l’Amérique de Bush mais ces milieux débordent-ils de beaucoup la sphère de l’islam de France ?f76885720573f76dd5a85de61a1ee906.jpg

L’antiaméricanisme d’extrême droite tel qu’il avait pu être cultivé par le régime de Vichy et la collaboration, n’existe pratiquement plus. Le Pen n’a, à notre connaissance, jamais joué de cette corde.

Il reste un nombre considérable de Français qui, tout en ne considérant pas les Américains comme des ennemis, n’approuvent pas telle ou telle de leur politique. Certains vont jusqu ’à se méfier, non sans quelques raisons, de leur ambition hégémonique, naturelle à toute grande puissance : dans la jungle internationale le petit animal ne regarde pas sans appréhension le gros, quel qu’il soit, même s’il est supposé bienveillant. Mais cela ne veut pas dire que ces Français aient aucune hostilité de principe vis-à-vis de ce qui vient des Etats-Unis. Certains aiment les westerns et la country. On peut tenir la guerre d’Irak pour une grave erreur et même pour une agression injustifiée et en même temps reconnaître que le cinéma américain est meilleur que le cinéma français. Cela n’empêche d’ailleurs pas non plus de soutenir l’exception culturelle qui permet à ce cinéma français d’exister encore.

La défense de la langue française, comme la défense de l’ensemble de nos intérêts essentiels, n’implique aucune haine de l’Amérique. Il ne s’agit d’ailleurs nullement d’un débat transatlantique mais un débat franco-français. L’adversaire, ce ne sont pas les Américains qui se moquent comme une guigne de la langue française (n’hésitant pas à emprunter sans complexes autant de mots français que nous d’anglais) mais une lutte contre la veulerie de certaines élites françaises qui se refusent aux obligations élémentaires qui furent celles de toute élite en tous temps et en tout lieu : défendre les intérêts et la culture de son pays. Quand le baron Seillière parle anglais dans une réunion européenne où figure Jacques Chirac, ce n’est pas l’Amérique qui se montre méprisable, c’est le baron Seillière.2fe7cb33644f8c803befc6ebfa8991cf.jpg

Il est donc parfaitement légitime que des Français et même des dirigeants français (s’il s’en trouve encore d’assez courageux) formulent des divergences vis-à-vis de la politique américaine, ni plus ni moins que les citoyens américains ne le font.

Mais il convient de rejeter catégoriquement cette rhétorique perverse qui tendrait à culpabiliser les Français pour leur supposé antiaméricanisme viscéral ; c’est les culpabiliser de leur liberté. C’est le début de la servitude. Il y a là, qu’on le veuille ou non quelque chose de l’attitude de Big brother tendant à « purifier le cerveau des mauvaises pensées ». Ceux qui dénoncent le fantôme de l’antiaméricanisme cachent mal une volonté d’assujettissement total inacceptable pour une nation libre.



Article de Roland HUREAUX. Article publié sur son site le samedi 20 Octobre 2007



1. Et même avant s’il est vrai que les services secrets français ont prévenu les américains de la menace d’attentats.

2. Et ces attentats étaient tranquillement préparés à Londres dans l’impunité.

3. Au point que certains imaginent que ces évènements auraient été, sinon fomentés, du moins excités par les services américains.