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14/03/2008

La Démocratie selon Jean Claude Trichet, Président de la BCE

Hervé Nathan, Rédacteur en chef économie à Marianne, répond au portrait que son confrère de Libération Jean Quatremer a consacré au président de la BCE. (1)



Mon cher Jean (Quatremer),


81c0fb21fbf82bac9868af986321e519.jpgDéclarer son amour à la Banque centrale européenne, le jour où elle propulse l'euro à une parité historique avec le dollar, il faut le faire. Tu l'as fait ! Dans Libération, en dernière page, celle des portraits de la jet-set politique, économique, culturelle. Et avec talent. Permets à celui qui t'a précédé dans l'exercice de te le dire (le dernier portrait de Trichet dans Libé est, hélas, de moi). Bravo, donc. Mais tu te goures, mon cher Jean, au fond sur le caractère profond du président de la BCE. Bien sûr, il adore la poésie. Bien sûr, il est d'une politesse exquise. Evidemment, il adore la rhétorique, et aussi les mathématiques. Il n'est pas aussi bien payé que Daniel Bouton alors qu'il pourrait demander bien davantage, c'est aussi vrai. Et que la droite comme la gauche ont « fait » la carrière de Trichet, oui encore. Mais tu te goures, Jean, lorsque tu nous contes ce que Trichet aime tant que nous (les journalistes) disions de lui : des phrases comme « cet ancien de l'ENA a compris (…) qu'une politique, si bonne soit-elle, ne peut être un succès que si elle est acceptée par les citoyens ».


Trichet et ses pairs définissent la politique, les citoyens l'acceptent

N'as tu pas compris au moment même d'écrire ces mots qu'ils contiennent la vraie nature de Trichet. Car ils signifient : Trichet (et ses pairs) définissent la politique, et les citoyens l'acceptent. En une formule, voici donc les citoyens privés de leur responsabilité. Ils n'ont pas droit au débat, mais à la pédagogie. D'ailleurs, tu le dis toi-même : « Il répète à chaque fois les mêmes phrases ». Comme des enfants, en somme. Comme à des enfants encore, il développe la fable de la « politique monétaire transpartisane», enrobée par les sondages favorables. Mais au fait, quel imbécile peut répondre « oui » à la question : « Voulez-vous que les prix augmentent et que votre épargne s'évanouisse ? »

Ceci rejoint ce que nous savons de Jean-Claude Trichet : banquier central, il ne débat réellement qu'avec les autres maîtres de la finance mondiale. Le reste, gouvernements, partis politiques, organisations syndicales, associations, citoyens, n'ont pas voix au chapitre des grands argentiers. Et le talent du cher Jean-Claude est de nous faire oublier que nous, les citoyens, devrions exiger ce pouvoir qu'il nous a confisqué.

Car il s'agit bien de cela, et tu connais l'histoire mieux que personne. Le Traité de Maastricht, qui instaurait la monnaie unique, contenait une promesse : bâtir face à la BCE un pouvoir économique européen. Qui s'est employé à ce que ce gouvernement économique de l'eurozone reste dans les limbes, s'appuyant sur des gouvernements acquis à cette stratégie, notamment les Allemands : Jean-Claude Trichet, qui a organisé l'anarchie politique au profit de son pouvoir monétaire, portant un coup terrible à l'idée d'une Europe politique, ce qui a contribué à donner au non au Traité établissant une constitution européenne son caractère majoritaire. Ce n'est donc pas principalement la politique monétaire de Trichet qui doit nous poser problème (quoique, avec un euro à 1,53 dollar, on peut se poser des questions…). C'est que son importance soit faite de notre impotence. Et pour longtemps encore.

Amicalement. Hervé
Vendredi 07 Mars 2008


par Hervé Nathan www.marianne2.fr

 

(1) titre et introduction tiré du site  gaullisme.fr

Commentaires

L'indépendance de la banque centrale est le gage de la qualité d'une démocratie fondée sur la séparation des pouvoirs. Ce qu'on tient pour naturel et profitable s'agissant des pouvoirs législatifs et judiciaires, pourquoi ne pas le tenir pour vertueux lorsqu'il s'agit du pouvoir monétaire?
Je remarque que Jean-Claude Trichet, punching-ball des politiques français depuis plusieurs années, a toujours considéré comme une priorité la lutte contre l'inflation.
Il y a encore quelques semaines, chacun, à droite comme à gauche, dans notre seul pays, considéraient cette obsession comme superflue.
Dans le cas, fort peu probable heureusement, où les politiques auraient main sur la politique monétaire, il est probable qu'en vertu de cette subjectivité politique, on aurait assisté à des décisions que nous regretterions aujourd'hui où la tendance inflationniste, en Europe, refait surface.
Quant à la parité avantageuse de l'€/$, il me semble qu'elle n'est pas qu'un inconvénient lorsqu'il s'agit de régler la facture énergétique. Elle n'a pas empêché Airbus de vendre ses ravitailleurs à l'armée us et l'industrie allemande de continuer à se tailler la part du lion en terme de commerce international.
Une révision des taux, en France, donnerait l'impression que la pente devient moins raide, mais ce ne serait, il me semble, qu'une illusion d'optique perverse, car elle nous donnerait prétexte - ce à quoi les Français courent avec avidité - à ne pas remettre en cause ce qui doit l'être.
Cette tendance s'appelle la recherche d'un bouc-émissaire.
Réduire la dette, fortement, en s'attaquant à ses causes structurelles, nous ramènerait à de plus de compétitivité, de crédibilité et de dynamisme économique.

Écrit par : forward11 | 13/03/2008

J'ai rédigé ce commentaire ce matin en me fondant sur mes propres observations et analyses.
Ayant pris connaissance de cette dépêche afp, je me permets de la joindre. Il n'est pas inutile de connaître la position de M. Trichet, en définitive.

"L'euro nous protège de certaines turbulences" financières et "a joué le rôle d'un bouclier efficace" depuis son adoption, notamment contre la flambée pétrolière, a estimé le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet dans un entretien paru aujourd'hui.
"L'euro nous protège de certaines turbulences. Depuis la mise en place de l'euro, nous avons traversé l'éclatement de la bulle internet, le 11 septembre 2001, la flambée des prix pétroliers et la crise financière actuelle", affirme-t-il dans l'hebdomadaire français Le Point.
"Aux pays qui l'ont adopté de faire le meilleur usage tant de cette chance que de cette protection. Avec ou sans euro, les réformes structurelles et la modération des coûts de production sont récompensés par plus de croissance et plus de créaction d'emplois", a souligné M. Trichet, en jugeant que "la France pourrait certainement faire beaucoup mieux encore" en la matière.

Écrit par : forward11 | 13/03/2008

"L'indépendance de la banque centrale est le gage de la qualité d'une démocratie fondée sur la séparation des pouvoirs" De quelle Démocratie parlez-vous ? L'Europe n'a jamais été une démocratie, la France ne l'est plus depuis longtemps.

A quoi bon élire un Président (français) au suffrage universel déposséder de sa capacité à peser sur ce levier important qu'est la politique monétaire ? Quelle est cette démocratie où les décisions concernant l'avenir d'un peuple sont prises par des fonctionnaires non élus (donc irresponsables) ?
A quoi sert un parlement et un gouvernement, si les lois peuvent être contestées voire détournées de leur esprit par des magistrats, fonctionnaires non élus, donc irresponsables ?

Que la politique de Mr Trichet soit bonne ou mauvaise, seule l'avenir nous le dira. Par contre, confier l'avenir d'un peuple dans les mains d'un fonctionnaire me semble plus que dangereux. (mais de toute façon l'Europe, telle qu'elle se construit, est une bombe à retardement).

Citer l'exemple d'Airbus alors que son propre PDG a annoncé qu'il allait délocaliser pour cause d'Euro fort me semble un peu comique.
Comparer l'industrie allemande et française me semble douteux.
Mais au fait, où sont passées les promesses d'avenir radieux du traité de Maastricht ?

"car elle nous donnerait prétexte - ce à quoi les Français courent avec avidité - à ne pas remettre en cause ce qui doit l'être." et de quoi parlez-vous exactement ? Il ne me semble pas que la situation économique d'une majorité de français se soit améliorer depuis 30 ans. Qu'ont-ils gagné en échange ? Il ne me semble pas que les français n'aient pas remis en cause leurs situations économique depuis 30 ans. (Vivons-nous dans le même pays ?)
Jusqu'où vont-ils devoir se sacrifier et dans quels buts ? Pour que des fonds de pensions où des actionnaires augmentent leurs dividendes ? Pour que des groupes financiers, qui ne se sentent plus aucune responsabilité sociale, deviennent plus puissants ? Et pour quoi faire ? Dans l'intérêt de qui ? N'oubliez-jamais que l'homme n'est pas qu'un âne qu'on oblige au labeur pour quelques flocons d'avoine (comme le pense nos élite) mais est avant tout un animal de chair et de sens.
Croyez-vous, comme le croit la majorité de la classe politique et médiatique, que l'Europe pourra fonctionner longtemps en sacrifiant économiquement une partie de son peuple ?

Comme disait Paul Valery "Les leçons de l'Histoire n'ont (décidément) jamais servi à rien"

Écrit par : Péricles | 13/03/2008

Nous n'avons pas, c'est évident, la même conception de la démocratie.
La démocratie représentative est une démocratie. Qu'elle vous indispose ou pas, cela ne change rien au fait offre même certains avantages par rapport à la démocratie directe ou référendaire.
Quant à l'Europe, elle est démocratique, dispose d'un parlement et aurait pu se doter d'une Constitution si le "Non" à la Constitution, qui rassemble un étrange alliage de démocrates, ne l'avait pas fait capoter.
Maintenant, une fois convenu que si mon oncle n'en avait pas ce serait ma tante, difficile de pouvoir affirmer que sans l'Europe et Maastrich, la France, chacun des pays européens, se porterait mieux. La monnaie unique est préférable à ce que les européens ont connu de dévaluation compétitive en dévaluation compétitive.
Il a fallu le serpent monétaire et des tolérances de flotation des taux pour assainir l'Europe. cela a pris des années et réclamés des tas d'efforts.
Les politiques de convergences ont décuplé la consommation intérieure, fait décollé et modernisé des économies archaïques (en Esapgen, par exemple), et fait du marché unique une zone prospère, d'une manière incontestable.
Même sur le plan de l'emploi, l'Europe en créé bien plus que vous ne consentez à le dire.
Evidemment, elle ne réfute pas l'économie de marché. Je pense qu'à vos yeux, c'est probablement un crime de lèse-démocratie.

Écrit par : forward11 | 13/03/2008

Non Monsieur Forward 11, critiquer le libéralisme ce n'est pas être contre l'économie de marché. Ne raisonnez pas en mode binaire, vous n'êtes pas un ordinateur. Il existe des nuances entre le pour et le contre, les gentils et les méchants, les capitalistes et les gauchistes.
Critiquer les excès du libéralisme est-ce, à vos yeux, être un dangereux gauchiste ?
Il est évident, vu vos commentaires, que vous ne faites pas (ou pas encore) partie des populations sacrifiées sur l'autel (du fantasme) de la puissance européenne. Vous ne faites pas partie (pas encore) de ces populations à l'avenir incertain, qui ne savent pas ce que demain sera fait.
Je suis d'accord avec vous, l'Europe profite à certain (à vous manifestement) mais hélas pas à tous.
Une société, une culture, une nation ne se résument pas un un marché économique ni à des échanges marchands. L'âme de la France existait des centaines de siècles avant la naissance de Mr Adam Smith et de celle du libéralisme.

Ce libéralisme et ses excès qui, je vous le rappelle, existaient déjà au 19ème siècle et qui furent t à l'origine des totalitarismes communistes et fascistes. L'avons-nous oublié ?

Nous n'avons pas, c'est évident, la même conception de la démocratie. Vous êtes pour une Démocratie censitaire voire oligarchique, car il est bien connu (et ce depuis les patriciens) que la plèbe ne vaut pas mieux qu'un troupeau de bovins, seulement digne d'être mené au labour ou à l'abattoir. Ma conception de la Démocratie s'inspire de la Démocratie athénienne (comme le faisait la République française, fruit de la Révolution), la votre s'inspire plus de la Démocratie Romaine (comme le fait l'Europe mais aussi les USA).
Il faut quand même avoir un sacré culot (à l'instar de notre bien aimé Président) pour considéré qu'une question tranchée par le peuple souverain (vous chercherez dans le dictionnaire la signification de ce mot) est nulle et non avenue. Nos députés ou représentants européens sont-ils omniscients pour deviner et prévoir à l'échelle d'un continent (alors qu'ils ont déjà bien du mal à gouverner un pays comme la France et à proposer une politique qui va au delà de 5 ans) toutes les implications stratégiques concernant la construction européenne ? Il faut croire que oui.
Il faut être gonflé pour considérer qu'un fonctionnaire non-élu donc irresponsable devant le peuple souverain (Il est vrai que ce mot n'est valable qu'en Démocratie) peut décider, sans avoir à rendre de compte à personne, de l'avenir et du destin de million d'individus.
Je parlais tout à l'heure de Démocratie romaine, je pense plutôt que vos conceptions se rapproche des démocraties populaires. Après la dictature du prolétariat, la loi (implacable mais pas pour tous le monde) du marché.

Votre problème (mais je vous rassure vous n'êtes pas le seul) c'est que vous réduisez la complexité de l'Europe en général, et de la France en particulier à quelques axiomes simplistes (les lois du marché); ce qui, en langage courant s'appelle du dogmatisme.

Réduire mais aussi jauger de l'avenir de la France (mais aussi de l'avenir des autres nations européennes) sur les seuls critères économiques et productifs (la superstructure comme disait Marx) est non seulement stupide mais également dangereux. La France n'est pas un supermarché, n'en déplaise à Mr Sarkozy.

Croire que vous pourrez enfermer sagement les populations dans des cases "consommateur", "salarié" ou contribuable c'est croire que les théories économiques suffisent à comprendre et expliquer le réel, mais c'est surtout se faire beaucoup d'illusions sur la docilité des peuples.

Enfin, attribuer la responsabilité de toutes les tares de l'Europe supra-nationale à ses adversaires ("elle est démocratique, dispose d'un parlement et aurait pu se doter d'une Constitution si le "Non" à la Constitution, qui rassemble un étrange alliage de démocrates, ne l'avait pas fait capoter") est un bel exemple d'irresponsabilité et d'aveuglement.

L'Europe n'est pas une démocratie mais une bureaucratie. Une Démocratie ne se résume pas à des élections et à un parlement, qui ne sont que la partie émergée de l'iceberg.
La prospérité économique ne signifie pas qu'une civilisation est en bonne santé et celle ci n'empêchera pas l'Europe bureaucratique de sombrer.

Ce qui me rassure : aucun dogmatisme n'a jamais résisté à l'épreuve des faits !
Ce qui m'inquiète : quel prix devront-nous encore payer avant d'en arriver là ?

Écrit par : Péricles | 14/03/2008

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