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20/06/2008

LE REFERENDUM IRLANDAIS OU LE RETOUR DU REFOULE

Comment ne pas être frappé, en voyant  rejet du traité de Lisbonne émanant du peuple irlandais,  par  le contraste entre la faiblesse de l’enjeu apparent : un  pays sur vingt-sept  et un des plus petits, périphérique qui plus est, ne représentant  que 1,1 % de la population de l’Union,  et  le séisme que provoque  ce vote à travers toute l’Europe.  

 

ab23d7ad5c3cc0381bdd4da773261d4b.gif Les raisons qui peuvent expliquer ce retentissement ne manquent certainement pas :   l’Irlande étant le seul  pays que sa loi fondamentale  obligeait  à  soumettre le traité à référendum,  tout le monde a compris que  le peuple irlandais  dit tout haut ce que les autres pensent tout bas ;  on sait aussi qu’un traité international comme celui de Lisbonne n’est valide que si tous les pays signataires l’ont ratifié et que la défaillance d’un seul suffit à le rendre inopérant.

Certes. Mais l’Europe en a vu d’autres : la machine européenne a su jusqu’ici gérer ces problèmes quitte à faire revoter certains pays  ou à leur ménager  un régime spécial (Royaume-Uni, Danemark, Irlande déjà ).

Les  partisans du traité peuvent dire en outre que l’Irlande, encore prisonnière d’ un catholicisme étriqué,  est un cas à part :  que la question de l’avortement ait en partie motivé son refus l’écarte , de toutes façons, du courant dominant.    

Pourtant cet Etat , longtemps à la traîne,  est devenu  le plus  riche de l’Union ; il a le taux de  prélèvements obligatoires  le plus faible et au moins autant que les questions de mœurs,  a joué dans ce pays réputé libéral  la crainte que l’Europe ne remette en cause la gratuité de la santé et de l’éducation. Le refus des  aventures militaires où la politique étrangère commune pourrait  entrainer ce pays resté  à l’écart de l’OTA N   a aussi influé.

Mais  la réaction  de l’opinion internationale  témoigne surtout  de l’extrême fragilité de l’édifice bruxellois.

Déjà, deux grands pays fondateurs, la France et les Pays-Bas,   avaient en 2005  rejeté le projet de constitution européenne provoquant un premier ébranlement. La réaction des élites européennes attachées à une mécanique dont l’effet  premier, profitable pour elles,  est d’ouvrir l’espace européen à tous les  vents de la mondialisation, fut de s’asseoir sur le couvercle de la marmite. Le traité prétendu simplifié (tellement simplifié que François Bayrou lui-même n’hésite pas à qualifier d’illisible), annoncé par Nicolas Sarkozy dans sa campagne électorale, devait remettre l’Europe sur les rails « parce qu’il n’y a pas d’autre solution. » Afin d’éviter cette fois tout  risque de  rejet, 26 états sur 27  avaient décidé de  l’adopter par voie parlementaire, des gouvernements et des parlements dociles  à l’ordre  international n’hésitant pas, comme en France, à désavouer frontalement le vote populaire. Mais le référendum irlandais a été  le maillon faible de l’entreprise : avec lui , c’est toute une bouffée de vapeur qui s’échappe de la marmite , venant rappeler que le calme apparent avec lequel les dirigeants européens faisaient mijoter leur petite soupe  n’était qu’un faux-semblant recouvrant une contrainte lourde imposée   aux peuples et un viol, sinon dans la lettre du moins dans l’esprit,  de ce fondement essentiel de la civilisation européenne qui s’appelle la démocratie.

Que va-t-il se passer désormais ? La France et l’Allemagne ont, sans surprise, annoncé conjointement que le processus de ratification devait se poursuivre comme s’il ne s’était encore une fois rien passé.  Les électeurs irlandais sont renvoyés aux  brumes d’Avallon.

Freud a expliqué que le mécanisme du refoulement permettait à l’homme de vive au quotidien, en « censurant » les vérités traumatiques qu’il  ne veut pas voir. Depuis plusieurs années les dirigeants européens censurent pour cette raison le refus profond des peuples d’Europe d’aliéner leur liberté ou à tous le moins d’approuver  des politiques européennes décidées sans qu’on  leur demande leur avis. 

Le plus probable dans l’immédiat  est qu’un nouveau mécanisme de refoulement - de forclusion disent aussi les psychanalystes - ,   quelques subterfuges juridiques aidant , se mette en place, pour que l’Europe  puisse croire reprendre le cours de  son long fleuve tranquille.  Le traumatisme passé, on fera comme s’il ne s’était rien passé. Mais l’amnésie aura un caractère plus artificiel que jamais.  Et comme le refoulé, nous dit encore Freud,  finit toujours par revenir à la surface, ce sera jusqu’au prochain débordement.

                                                Article de    Roland HUREAUX pblié sur son blog le   Vendredi 13 juin 2008   

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