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25/09/2007

Extension du domaine de la lucidité

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Hier partisan des « pédagogistes » les plus acharnés, le Nouvel Observateur admet enfin la situation catastrophique de notre système scolaire. Une autocritique qui ne dit pas son nom.
DossierEcoleNouvelObs

Longtemps le Nouvel Observateur a célébré le système scolaire français, le « niveau qui monte » et les nouvelles méthodes si inventives. Longtemps, le Nouvel Observateur a trouvé ses références dans les livres d'Hervé Hamon ou de Philippe Meirieu, vouant aux gémonies des associations comme Sauver les Lettres ou des initiatives comme la Pétition pour la Refondation de l'école lancée par le mathématicien Laurent Lafforgue. Mais c'était avant. Avant que la catastrophe ne soit trop criante ; avant que la majorité des Français ne commence à s'inquiéter de ces générations qui ne maîtrisent ni la langue française ni les bases du raisonnement scientifique et d'un système scolaire plus inégalitaire que jamais.
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L'hebdomadaire de gauche a donc décidé de prendre des risques en consacrant sa Une – en lettres jaunes sur fond noir – au « scandale de l'illettrisme ». Citant Fanny Capel et Marc Le Bris, membres de Sauver les Lettres, évoquant la responsabilité des méthodes de lecture ou le manque de cours de grammaire à l'école primaire, les journalistes analysent les causes et les conséquences de ce qui s'apparente à une catastrophe nationale. Un dossier en forme d'hommage à tous ceux qui prêchent dans le désert depuis bientôt dix ans, et que le Nouvel Observateur n'avait pas manqué de disqualifier comme d'affreux élitistes réactionnaires.
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Il est vrai que parmi les responsables du désastre, ce dossier cite les programmes et les méthodes, l'environnement socio-culturel, la télévision… mais jamais les très nombreux idéologues qui ont soutenu ces méthodes ni les médias qui ont accusé de dérive droitière – et quasiment contre-révolutionnaire – ceux qui s'y opposaient. On ne se renie jamais totalement. Cependant, Marianne ne peut que se réjouir de cette lucidité nouvelle qui fait qu'un journal de gauche peut tout simplement écrire ce qui est ; en souhaitant que le Nouvel Observateur ne se heurte pas à l'hostilité systématique du « camp du Bien » qu'il a quitté le temps d'une Une.

par Natacha Polony publié dans l'hebdomadaire Marianne le 12 09 2007

Breizh Touch au grisbi

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Depuis quelques semaines, les Bretons se sont découverts nantis d'un avantage en nature et, pour certains, en espèces, dénommé Breizh Touch.

La Breizh Touch, présentée par la presse sur le mode exalté, a d'abord laissé ceux qui l'évoquaient légèrement perplexes : fallait-il dire braisetouche, breill'z'touch', braÿztoutch, brézteutch, breÿc'htaoutch, brèysstatch, brèzteuch ? Breizh, autrement dit Bretagne en breton surunifié, désormais devenu officiel. En effet, en 1941, sur ordre du dignitaire nazi en charge des affaires bretonnes, l'orthographe du breton, déjà unifiée à l'exception de celle du dialecte vannetais, a été surunifiée, le mot Breizh étant le symbole même de cette surunification, le «zh» signifiant que l'on prononce Breih en vannetais et Breiz ailleurs.
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Pour les bretonnants de naissance, le mot Breizh, accolé au mot touch, du verbe touchañ, conduire les bestiaux, était énigmatique, mais au diable les hésitations : une fois compris que le mot Bretagne, sous la forme Breizh, uni à un vocable anglo-américain, se change en label commercialisable, tout devient clair.

Et, pour ceux qui peineraient encore à comprendre, en tout petits caractères, au bas d'une affiche montrant une tour Eiffel saucissonnée de manière à ressembler à un phare breton (le célèbre phare du label «produit en Bretagne»), se trouve la traduction : Breizh Touch = esprit Bretagne.
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La Breizh Touch, brassant bagadou, cyber-fest-noz (au pluriel: cyberioù-festoù-noz), Breizh-en-Seine avec en prime océan-high-tech, expo-Breizh-numérique et Breizh-parade retransmise dimanche prochain par TF1 en direct des Champs-Elysées, va donc déferler : trois mille sonneurs sonnants défilant en bagadou comme les formations paramilitaires dont ils sont issus - «une panzerdivision, la musique en plus», pour reprendre les termes de Jean-Pierre Pichard, le président du Festival interceltique de Lorient (1).

C'est lui qui a eu l'idée de cette manifestation paroxystique de la celte attitude unissant Bretons, Irlandais, Gallois et autres frères de race, tels que Galiciens et Acadiens du Nouveau-Brunswick (dont il est convenu de ne pas demander ce qu'ils ont de celte).
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La Breizh Touch est le complément de la celte attitude : le Breton qui ne l'a pas est un faux Breton, celui qui n'en veut pas est un mauvais Breton, et celui qui n'apprécie pas la Breizh Touch est un jacobin. Le jacobin est l'ennemi du Breton : il est français. Le Français n'a pas la Breizh Touch ; il a une identité faible, quoi qu'en dise Sarkozy, et n'a donc pas lieu d'en être fier. Le Breton, lui, a une identité forte ; il le prouve par la Breizh Touch qui la promeut ; voilà pourquoi il est fier d'être ­breton.

Le Breton qui n'est pas fier d'être breton n'est pas un bon Breton, et le Breton qui dit que cette bretonnerie labellisée le dégoûte est antibreton.
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L'antibreton, fort susceptible d'être aussi jacobin, vous expliquera que cette opération de business identitaire appuyée par les médias soutenus par des industriels est une opération politique.
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L'antibreton évoquera en termes malséants le label «produit en Bretagne» dont le phare sur fond bleu et jaune orne désormais pâtés, andouilles, livres et CD. Il dénoncera l'indispensable «yoghourtisation de la culture». L'expression est de Reynald Secher, auteur d'une Histoire de la Bretagne en bande dessinée dénoncée en son temps dans les colonnes de Libération. «Il faut yoghourtiser la culture bretonne», aurait-il affirmé, d'après le Huchoer, journal indépendantiste breton.

Bien que cela n'intéresse personne, l'antibreton ne manquera pas de rappeler que «produit en Bretagne» est une association émanant de l'Institut de Locarn.

L'association «produit en Bretagne» a été déclarée en préfecture le 9 février 1995 avec pour siège l'Institut de Locarn (cultures et stratégies internationales).

Le 14 mai 1993 avait été déclarée une première association Coudenhove-Kalergi-Aristide-Briand établissant les liens de l'Institut de Locarn avec l'Union paneuropéenne fondée par le comte de Coudenhove-Kalergi.
Les principes de la pan-Europe sont simples : christianisme, anticommunisme, reconnaissance du droit des groupes ethniques à l'autodétermination.
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Rien d'étonnant donc si l'archiduc Otto de Habsbourg, son président d'honneur, connu pour ses liens avec l'Opus Dei, est venu en personne inaugurer l'Institut de Locarn.

Produit en Bretagne est une association complémentaire, au service d'un projet politique : faire de la Bretagne un dragon celtique dans une Europe des ethnies enfin délivrée de l'esprit des Lumières.

L'antibreton s'acharnera à démontrer que l'Institut de Locarn, rassemblant un club de patrons bretons pleins d'ardeur à servir leur région, nourrit un projet réactionnaire visant à en finir avec l'héritage de la Révolution française : privatisation, libéralisation, démantèlement des lois sociales, recours à l'identitaire pour inscrire la Bretagne dans une Europe des régions unissant les nations celtes en voie d'obtenir leur indépendance.

Oui, pourquoi le nier, le pays de Galles, l'Irlande et l'Ecosse doivent servir de référence au modèle breton.
Il faudra bien que le Français à l'identité faible accorde son autonomie au Breton, dont l'identité forte sera révélée sur les Champs-Elysées avec la force d'une panzerdivision par le biniou et, comme le dit Pichard, la musique en plus.

Le vrai Breton est fier que Patrick Le Lay, un des fondateurs de l'Institut de Locarn, et Patrick Poivre d'Arvor s'associent aux patrons bretons pour célébrer son identité et la lui révéler : Le Lay, qui proclame haut et fort qu'il n'est pas français mais breton, nationaliste breton, a déjà fondé TV Breizh avec François Pinault, Rupert Murdoch et Silvio Berlusconi ; quoi de plus naturel qu'il soit associé à son ami Pinault pour célébrer la Breizh Touch ?
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L'antibreton, qui se proclame le plus souvent de gauche, ira jusqu'à s'étonner que ce soient des élus socialistes, le président du conseil régional de Bretagne, Jean-Yves Le Drian, et le maire de Paris, qui aient pris l'initiative de cette dérive identitaire brassant tous les vieux thèmes de Breiz Atao à l'ombre du drapeau breton. Rappelons que Breiz Atao est le nom d'un groupe autonomiste breton rendu célèbre par sa collaboration avec les nazis. L'un de ses fondateurs, Maurice, dit Morvan, Marchal, a dessiné en 1923 le drapeau breton à bandes noires et blanches, appelé gwenn-ha-du («blanc et noir»).
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L'antibreton dénoncera le communautarisme de la droite du PS, son allégeance au patronat ultralibéral. Il rappellera que Jean-Yves Le Drian, président socialiste du conseil régional, est allé en juin 2006 présenter son programme à l'Institut de Locarn, jurant de faire de la Bretagne une nouvelle Irlande avec l'appui des autonomistes qu'il a fait entrer au conseil régional. Et il relèvera, bien sûr, le coût de la Breizh Touch : 2,5 millions d'euros dont 1,5 million sorti tout droit de la poche des Bretons, qui se prononcent majoritairement, quand on les consulte, contre la décentralisation, sans même parler de l'autonomie, à laquelle ils vont avoir droit, bien qu'ils soient moins de 3 % à la demander.

L'antibreton acharné ira jusqu'à parcourir le site Internet de la Breizh Touch et railler les propos tenus par les grands auteurs invités pour la célébrer.

Il vous citera en ricanant les déclarations d'Irène Frain sur la Breton pride, celles d'Alan Stivell expliquant qu'il a découvert son identité à l'âge de 9 ans, quand son père a inventé la harpe celtique (laquelle allait devenir, comme le drapeau et le bagad, mis au point peu avant, le symbole millénaire de l'identité bretonne) et celles d'Erik Orsenna assurant que, partout dans le monde, il trouve une bouteille de Coca-Cola et un Breton, et qu'il aime mieux le Breton.

L'antibreton, qui ne comprend pas que l'important pour le Breton c'est de faire la fête, dénonce la cocacolisation du Breton après la yogourthisation de la culture, et voit dans la Breizh Touch une bécassinade à relents ethnistes. Une bécassinade ! Quand tant de personnes qui font la preuve de leur compétence dans le domaine qui est le leur participent à cette vaste opération… C'est le comble.

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(1) Ouest-France, 7 août 2007.
Auteure du Monde comme si, nationalisme et dérive identitaire en Bretagne, paru chez Babel/Actes Sud en 2005.


Breizh Touch au grisbi
par Françoise Morvan, essayiste, Libération, 21 septembre 2007
Le défilé de trois mille musiciens bretons, dimanche sur les Champs-Elysées (et sur TF1), dissimule une opération de marketing identitaire.

22/09/2007

L’avenir, c’est la trahison des promesses

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Les derniers sondages relatifs à la popularité du couple exécutif sont, il faut le reconnaître, plutôt flatteurs. Pour autant, personne n’oserait attribuer un tel résultat à la seule politique menée par Nicolas Sarkozy. L’absence d’une opposition structurée avec des chefs réellement reconnus laisse à penser que les Français s’accrochent désespérément à Nicolas Sarkozy, omniprésent et seul sur la scène politique. Oui, seul ! Les opposants de haut vol ont été casés, à l’image de Dominique Strauss-Kahn et de Bernard Kouchner, et le Premier ministre a décidé de jouer les « courants d’air ». Ce n’est pas un effacement circonstanciel, mais les prémices d’une réforme en profondeur de nos institutions.
Régime présidentiel sans référendum
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La marche vers la présidentialisation du régime est entamée. Et rien n’arrêtera Nicolas Sarkozy. Le peuple ne sera pas consulté contrairement à ce qu’il déclarait le 12 juillet dernier à Epinal : « En France, les valeurs de la République et la conception de la nation créent un penchant pour la démocratie directe plus marqué que dans les autres grandes démocraties où l’on attache plus de prix aux corps intermédiaires et à la démocratie représentative… On peut s’en réjouir ou au contraire le déplorer, mais c’est cela l’identité de la France. C’est cela l’héritage de l’histoire de France. »
L’Europe selon Angela Merkel
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Une exception ? Non. Nous serons dans un schéma identique d’absence de démocratie réelle pour ce qui concerne le traité européen simplifié que le locataire de l’Elysée entend faire ratifier par la seule voie parlementaire.

Les promesses multiples claironnées pendant la longue campagne présidentielle de prendre en compte le « non » majoritaire du 29 mai 2005, la position particulièrement ferme du candidat UMP contre l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, sa volonté exprimée à plusieurs reprises de changer la politique monétaire de la Banque Centrale européenne n’engagent plus le Président de la République. L’Allemagne a pris le pouvoir en Europe, et Nicolas Sarkozy l’accepte. Il recule face à Angela Merkel qui défend avec opiniâtreté les intérêts de son pays.
La politique étrangère s’américanise

Les USA veulent étendre le pouvoir de l’OTAN en favorisant l’intégration européenne de la Turquie. Nicolas Sarkozy l’accepte. Il donne satisfaction à Georges W. Bush. Cela est-il suffisant pour sceller la toute nouvelle lune de miel ? Non. Le nouveau Président veut aller plus loin. Après avoir installé la commission chargée de rédiger, d’ici mars 2008, le livre blanc qui engagera la politique de défense de la France pour les quinze années à venir, il lui demande de « porter une attention particulière au renforcement de la dimension européenne de notre politique de défense et de sécurité, ainsi qu’à notre contribution à la sécurité de l’alliance atlantique (OTAN) dans son ensemble ». Le retour de la France au sein du commandement intégré de l’OTAN est en filigrane. De Gaulle doit se retourner dans sa tombe. Quant à l’Iran, Nicolas Sarkozy tire le premier et identifie la seule alternative possible : « la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran », ouvrant ainsi de nouvelles perspectives à G.W. Bush qui conclut, 48 heures après, que les Etats-Unis « rallient leurs amis et alliés tout autour du monde pour isoler ce régime ».
La bavure linguistique
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La langue française est marginalisée par le protocole de Londres relatif aux brevets européens cher à Lionel Jospin et à Tony Blair, mais rejeté par l’Italie, l’Espagne, la Belgique, l’Autriche et le Portugal. Nicolas Sarkozy l’accepte et propose que la France le ratifie. Il s’incline face aux pressions des multinationales anglo-saxonnes et japonaises, avec la bénédiction du MEDEF.
Comme la croûte des pâtés, les promesses sont faites pour être rompues

Nicolas Sarkozy a tout fait pour récolter une large partie de l’électorat qui a dit « non » à l’Europe fédérale qui nous était proposée au travers de l’ex-traité européen. Elu, il nous le ressert intégralement sur un nouveau plat. Elu, il s’estime libre de faire le contraire de ses engagements. Les discours prometteurs écrits pendant la campagne présidentielle par ses deux serviteurs les plus zélés, Max Gallo et Henri Guaino, sont caducs. Les promesses sont pareilles aux vagues de la mer : elles meurent aussi vite qu’elles naissent. L’indépendance de la France n’est plus une priorité pour Nicolas Sarkozy.

Alain KERHERVÉ mardi 11 septembre 2007
Publié sur Gaullisme.fr

21/09/2007

Outrages à la Ve République

L’intronisation de Nicolas Sarkozy a confirmé une triple rupture : une nouvelle génération a pris le pouvoir (c’est naturel), le bilan chiraquien est mis au pilori notamment par son successeur (un coup bas !) et la Vème République vacille (un attentat !).
Le Président n’est plus arbitre

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Dans son célèbre discours à Bayeux le 16 juin 1946, le général de Gaulle précisait, en évoquant la trame de la constitution qui ne verra le jour qu’en 1958, les prérogatives du chef de l’Etat. « A lui l’attribution de servir d’arbitre au-dessus des contingences politiques, soit normalement par le conseil [ndlr : conseil des ministres], soit, dans les moments de grave confusion, en incitant le pays à faire connaître par des élections sa décision souveraine » précisait-il.

Durant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy clamait haut et fort : « Si je suis élu, je ne serai le Président d’aucun clan, d’aucun parti, d’aucune idéologie. »

En présidant le meeting électoral de l’UMP au Havre, Nicolas Sarkozy sort de son rôle institutionnel. S’il est naturel de rechercher une majorité législative qui le soutient, le Président dépasse les limites du supportable en se mêlant directement et étroitement à la campagne électorale en faveur d’un parti quel qu’il soit.

Du jamais vu sous la Ve République.
Le Premier ministre va encore plus loin

L’annonce du licenciement sec des ministres suite à un échec électoral personnel aux prochaines législatives est une nouvelle phase de la rupture avec la Ve république, donc avec le gaullisme. « La logique, c’est que quand on est battu, ça veut dire qu’on n’a pas le soutien du peuple et qu’on ne peut pas rester au gouvernement. D’ailleurs, c’est une règle que je m’appliquerai à moi-même puisque j’ai décidé d’être candidat aux législatives » précise François Fillon.
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Le gouvernement est d’abord l’émanation de la seule présidence de la République. Il a pour dessein de mettre en musique la partition écrite par Nicolas Sarkozy, ce qui est conforme à notre constitution. Pour y parvenir, il doit, il est vrai, avoir le soutien de la majorité des députés, que cette majorité soit totalement identifiée et stable ou qu’elle soit spécifique à une action déterminée. Rien ne doit entraver la marche de l’exécutif, les ministres étant choisis pour leurs seules compétences à tenir un poste ministériel. Lier la composition du gouvernement à celle de l’Assemblée est une faute impardonnable. Elle l’est d’autant plus qu’elle est à mettre au débit de celui qui est présenté comme le chantre du gaullisme social, comme si le gaullisme était débitable en thèmes (social, France dans le monde, Europe…) alors qu’il est, au contraire, une synthèse globale et cohérente des valeurs fondamentales de la droite et de la gauche.
De Pompidou à … Villepin
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Il suffit pour s’en convaincre, de rappeler la courte histoire de la Ve République. Georges Pompidou a été le Premier ministre de Général sans avoir été, pendant très longtemps, un élu de la Nation. Cela a été également le cas de ministres qui ont laissé un souvenir impérissable dans l’esprit des Français : Malraux, Messmer [1], Couve de Murville, et tout dernièrement, Dominique de Villepin. De la part de François Fillon, cette nouvelle règle institutionnelle ressemble bien à un règlement de compte envers son prédécesseur à Matignon. Désolation ! Au risque de nous conduire tout droit au « régime exclusif des partis » que le général de Gaulle a toujours combattu.
François Bayrou avec Nicolas Sarkozy
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La rupture se conjugue aussi au niveau de la politique européenne. Certes, Nicolas Sarkozy n’a jamais caché son adhésion indéfectible à l’Europe telle qu’elle est façonnée et imaginée par la classe politique actuelle, notamment depuis Maëstricht. Mais le Président de la République qui aspire à représenter la totalité des Français ne peut ignorer le « non » majoritaire au traité constitutionnel européen du 29 mai 2005 ; c’était hier, il n’y a que deux ans.

Le mini traité qu’il propose à nos partenaires européens et veut ratifier par la seule voie parlementaire n’est pas aussi anodin qu’il n’y paraît. La généralisation du vote à la majorité et la nomination d’un ministre européen des affaires étrangères sont particulièrement dangereuses pour l’indépendance de la France. Il est facile d’imaginer ce qu’il serait advenu de la position française dans l’affaire Irakienne si Jacques Chirac et Dominique de Villepin avaient été muselés par une position imposée par la majorité des membres de l’Union européenne ; il est aussi douloureux de supposer les drames pour les familles endeuillées, à l’image bouleversante de ce qui se passe pour celles des soldats américains qui tombent actuellement en Irak. L’adhésion de François Bayrou à l’idée de ce mini-traité n’est pas de bon augure : son fédéralisme européen est à cent lieues de l’Europe des nations. Un gaulliste authentique et libre ne peut accepter une telle atteinte à la souveraineté nationale !

L’avenir très proche nous dira si le Président ira dans cette direction les yeux fermés, ou si, au contraire, à l’écoute du peuple de France, il reviendra à une vision plus française de l’organisation européenne.

Aricle de Alain KERHERVÉ (Gaullisme.fr) le jeudi 31 mai 2007 sur le site revue républicaine

14/09/2007

La France, une peau de chagrin, De la haine de soi au déchaînement de la violence

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par Raphaël Dargent
« Aimer son pays, en être fier, agir pour lui ». Tels sont les mots, stupéfiants dans sa bouche, qu’employa Jacques Chirac lors de ses vœux aux Français (décembre 2005). Puisque tout arrive et que le vent de l’Histoire tourne, voilà donc, au cœur d’un discours convenu et ponctué de gestes mécaniques de la main, le président-caméléon qui réhabilite le beau mot de patriotisme. C’est toujours cela de pris, me direz-vous. Mais peut-il seulement faire illusion celui qui n’a eu de cesse depuis trente ans de trahir le gaullisme et d’affaiblir la France ?
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Quatre jours plus tard, lors de ses vœux à la presse, alors que le pays est sous le choc du détournement du train Nice-Lyon et des violences inouïes auquel un tel acte a donné lieu, le même Jacques Chirac, après avoir jugé « inacceptables » de telles violences – « inacceptables », c’est un mot bien neutre en réalité, « scandaleuses », « monstrueuses », « horribles », « barbares » eussent été plus appropriés – annonça la prochaine réécriture de l’article de loi contesté sur le rôle positif de la colonisation, article qui fit grand bruit du fait de l’émoi du pouvoir algérien et de l’activisme de quelques associations antillaises, en cela bien relayés par une gauche indigne et de surcroît amnésique.

Pourquoi lier les deux évènements ? Mais parce qu’ils le sont évidemment ! En effet, qui ne voit qu’il y a un lien direct entre la multiplication des actes de repentance que la France est sommée d’accomplir et le déchaînement de violences gratuites à forts relents identitaires, entre la francophobie ambiante et la montée d’un racisme anti-français ?
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Histoire officielle et repentance

Il ne s’agit pas ici de prendre parti sur le fond du dossier de la colonisation. Pour tout dire, il y a bien longtemps que je considère que nous n’avions rien à faire dans ces contrées éloignées et que, tout bien pesé, l’aventure nous a apporté plus d’ennuis que d’avantages – mais las, c’était l’époque de « la course aux clochers » et de la concurrence entre nations européennes. Passons.
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S’il est vrai que ce n’est pas le rôle d’une loi de dire l’Histoire, on ne peut pas, comme l’affirme Jacques Chirac, prétendre qu’en « France, il n’y pas d’histoire officielle. » Les historiens ont beau travailler avec sérieux et veiller à l’objectivité – ce qu’ils font presque tous – l’Histoire, en France comme ailleurs, est toujours celle du pouvoir en place. Gageons par exemple que l’histoire de la Seconde guerre mondiale serait aujourd’hui fort différente si c’est Hitler qui avait gagné la guerre! Gageons que les jugements de nos manuels scolaires sur le maréchal Pétain et le général de Gaulle ne seraient pas les mêmes ! Gageons encore que si l’URSS avait finalement remporté la Guerre froide, nous ne porterions pas le même regard sur le Goulag ! Gageons donc que si la France avait gagné la guerre d’Algérie, l’assemblée algérienne ne se serait pas émue de l’article sur le rôle positif de la colonisation ! C’est en ce sens qu’on peut dire qu’il y a bien une histoire officielle ou dominante. Toutes les vérités qui dérogent à cette histoire-là sont immanquablement condamnées ou interdites d’expression. C’est ainsi qu’on ne peut plus dire désormais, au risque d’être accusé de « révisionnisme » historique, que la colonisation, absurde et condamnable par elle-même, a eu des aspects positifs – ce qui est pourtant incontestable. (D’ailleurs, que ceux qui s’offusquent à juste titre de la colonisation française d’il y a deux siècles manifestent la même intransigeance avec la colonisation culturelle ou démographique dont aujourd’hui est victime la France, et l’Europe toute entière!)

Dernier exemple en date de cette intransigeance et des ravages de l’« historiquement correct » : l’universitaire Olivier Pétré-Grenouilleau, spécialiste de la question et auteur d’un remarquable ouvrage sur « Les traites négrières », vient d’être accusé de révisionnisme et traduit en justice par un collectif des Antilles au seul motif qu’il affirme, preuves à l’appui, que les traites négrières ne furent pas le seul fait des Européens mais également des Arabes et des Africains eux-mêmes ! L’historiquement correct, que dénonçait il y a deux ans Jean Sévillia dans un ouvrage indispensable, n’en finit donc pas de faire des ravages. « Analysant le monde d’hier d’après les critères de notre époque, l’historiquement correct traque l’obscurantisme, l’impérialisme, le colonialisme, le racisme, le fascisme ou le sexisme à travers les siècles. Que ces mots n’aient pas de sens hors d’un contexte précis, l’historiquement correct s’en moque : son but n’est pas de comprendre le passé, mais d’en fournir une version conforme à la philosophie dominante. »1 On ne peut mieux dire.
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Le procès perpétuel de la France

Pourquoi une société oublieuse de son passé craindrait-elle l’anachronisme ? Pourquoi un peuple rivé à l’instant présent, sans recul ni perspective, redouterait-il l’injustice ? Qu’aurait-on besoin d’une conscience historique (et d’une conscience tout court) et d’un peu de la foi de nos ancêtres quand il y a le Tribunal pénal international ou la Cour européenne des Droits de l’Homme ? Au contraire, nous vivons l’absolue loi du présent et à cette aune tout le passé est revisité. Prétention de l’homme moderne ! Notre temps se veut d’éternité, nos valeurs indépassables, nous prétendons être les derniers.
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Dans ce contexte, la France est régulièrement traînée au banc des accusés. Il n’y a pas jusqu’à notre hymne national qui ne soit contesté, jugé trop violent ou trop « nationaliste ». Faut-il rappeler que c’est Jacques Chirac lui-même qui ouvrit l’ère de cette repentance devenue endémique, lorsque le 16 juillet 1995, il évoqua la responsabilité de la France – de la France et non pas de l’Etat français, non pas de Vichy – dans les persécutions contre les juifs. Se rendait-il compte que disant cela, il reconnaissait en fait la légitimité de Vichy (Vichy, c’était donc la France ?), contredisait, lui le prétendu gaulliste, Charles de Gaulle lui-même, et faisait du Général le traître que Pétain dénonça ? Qu’on s’en souvienne tandis qu’il nous parle aujourd’hui de patriotisme : contre la France, c’est lui qui tira le premier. J’aime à citer ce proverbe chinois : « Le poisson pourrit toujours par la tête ! »
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Dernièrement, ce fut donc le tour de Napoléon d’être condamné. C’est ainsi qu’on vit les autorités françaises boycotter le bicentenaire de sa plus grande victoire, Austerlitz, alors même qu’elles avaient peu de mois auparavant envoyé le porte-avion Charles-de-Gaulle, fleuron de notre marine, célébrer la plus sévère défaite de la marine française,Trafalgar. Bel exemple de haine de soi ! Symbole d’entre les symboles : le 2 décembre dernier, pendant que le service minimum de la célébration était assuré par quelques troupes devant la colonne Vendôme, Jacques Chirac faisait le paon …au Mali ! Quant à Dominique de Villepin – Villepin qui écrivit « Les Cent-jours », Villepin le napoléonide –, il était en visite à Amiens pour évoquer …la non-discrimination ! Le Premier ministre expliqua, lorsque l’on s’en étonna, qu’il n’y avait « pas de consensus autour d’Austerlitz » ; il cédait ainsi à la pression de quelques associations communautaires d’Antillais, de Guyanais et Réunionnais qui accusaient l’Empereur d’avoir rétabli l’esclavage, et donnait crédit aux inepties professées à grand renfort de médias par un certain Claude Ribbe lorsque celui-ci n’hésitait pas, loin de toute vérité historique, à comparer Napoléon à Hitler et à mettre sur le même plan les 20 000 individus concernés par le rétablissement de l’esclavage et les millions de déportés morts sous le joug nazi ! On en finira décidément jamais d’admirer le courage des autorités de notre pays. Aux « indigènes de la République » qu’on n’osa pas froisser, l’historien Pierre Nora répondit dans un « plaidoyer pour les indigènes d’Austerlitz » dans Le Monde du 12 décembre : « La France ? Elle se décommande, elle se fait toute petite, elle se fait excuser, elle se cache derrière son petit doigt. » Quant à l’historien Thierry Lentz, président de la Fondation Napoléon, tout en ne niant pas les faits, il les mit en perspective et précisa dans Le Figaro du 22 décembre : « Pendant tout l’épisode, c’est bien l’Angleterre qui eut le monopole de la traite dans le monde et ne s’en priva pas, ce que les tabloïds britanniques ont, eux, passé sous silence dans leur récent déchaînement de francophobie au sujet du « French Hitler » qu’aurait été Napoléon. » Comment veut-on après une telle honte que quelques rappeurs n’écrivent pas ses fortes paroles : « Je pisse sur Napoléon et le général de Gaulle » ? Comment veut-on après ça que des jeunes déstructurés, désorientés, déracinés, aiment notre pays et veuillent sa réussite ? Comment des Français d’adoption ou issus de l’immigration pourraient-ils aimer la France quand ses plus hautes autorités ne l’aiment pas elles-mêmes ? Il s’agit aujourd’hui de bannir toute fierté nationale et de se complaire dans l’autodénigrement. On attend la suite. A quand le procès des Croisades ? à quand celui de la Révocation de l’Edit de Nantes ? à quand celui d’Auguste Thiers ?
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Cette sale besogne qui consiste à réécrire l’histoire de France pour la noircir, est aussi une vaste entreprise de lavage de cerveaux. La Gauche s’y complaît. Depuis 2001, Bertrand Delanoë s’est engagé dans une politique de renomination des rues de Paris pour satisfaire aux revendications de toutes sortes d’associations communautaires. C’est ainsi par exemple qu’il a débaptisé la rue Richepance, du nom du général coupable selon des associations noires d’avoir réprimé la révolte des noirs de la Guadeloupe et justement rétabli l’esclavage sur ordre de Bonaparte…

Amnésie de la Gauche, lâcheté de la Droite

La Gauche a la mémoire courte, tellement courte d’ailleurs, qu’elle s’oublie elle-même et ne sait plus qui elle est ni dans quel sens elle doit aller, vers Bayrou ou dans la direction de Besancenot. François Hollande ou Jack Lang étaient-ils bien inspirés de faire le procès en colonisation de la Droite quand on sait qu’en 1880 c’est la Gauche de l’époque, désireuse d’apporter « la civilisation » au reste du monde, qui réclamait la colonisation, et la Droite, plus soucieuse des deniers publics et de l’Alsace-Lorraine, qui y était hostile ? Jules Ferry, qu’on loue pour sa politique scolaire, ne fut-il pas surnommé Le Tonkinois, eu égard à son engagement colonial ? La Gauche, toujours prompte par ailleurs à donner des leçons d’anti-racisme au peuple français et à accuser la Droite de frayer avec l’extrême-droite, a-t-elle oublié l’antisémitisme de Jaurès ? Et instruira-t-on un jour le procès des « compagnons de route » du communisme comme on instruisit à juste titre celui des collaborateurs avec le nazisme ? Chance pour la Gauche : le peuple français ne connaît pas son histoire et ces vieilles lunes se sont perdues dans les limbes de la modernité matérialiste.

Il faut en convenir : l’histoire est toujours celle du vainqueur et en l’occurrence la Gauche, ses valeurs, son idéologie, sa vision de la France et du monde, ont gagné sur toute la ligne. La Droite a abdiqué ses valeurs propres, l’autorité, la tradition, le pragmatisme, la liberté pour céder à l’égalitarisme, au droits-de-l’hommisme, au progressisme de la Gauche. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter les paroles consensuelles et bien-pensantes de Jacques Chirac et celles, verbeuses et jésuitiques, de son disciple Dominique de Villepin, lyrique Premier ministre qui s’aime davantage qu’il n’aime la France. Et quand certains à droite tentent de briser le consensus pour rétablir quelques vérités premières, ils sont cloués au pilori, accusés de toutes les tares et tous les extrémismes.

S’excuser d’être français

Encore une fois, me voici amené à faire l’éloge de Nicolas Sarkozy, chose proprement ahurissante il y a encore peu. Je sais bien que d’autres que lui parlent vrai mais parmi ceux qui peuvent raisonnablement succéder à Jacques Chirac à la Présidence de la République, l’actuel Ministre de l’Intérieur est le seul à le faire avec autant de netteté. Il faut lui reconnaître cette grande qualité : il ne craint pas de mettre sa popularité en jeu lorsqu’il dit les choses telles qu’elles sont et conteste la repentance ambiante.

Ainsi quelle ne fut pas ma satisfaction lorsque je l’entendis, alors qu’il était interrogé sur France 3 le 7 décembre dernier au sujet de la fameuse loi concernant la colonisation et sur Austerlitz, affirmer avec force « qu’il faut cesser avec la repentance permanente en France pour revisiter notre histoire. (…) cette repentance permanente qui fait qu’il faudrait s’excuser de l’histoire de France, permettez-moi de vous le dire, parfois touche aux confins du ridicule. (…) Les Anglais, ça ne les gêne pas de fêter Trafalgar. Permettez-moi de vous dire qu’on ne peut pas réduire Napoléon aux aspects négatifs de son action. Et ne pas célébrer Austerlitz n’a pas beaucoup de sens. Donc justement, laissons les historiens faire ce travail de mémoire, et arrêtons de voter sans arrêt des lois pour revenir sur un passé revisité à l’aune des idées politiques d’aujourd'hui. C’est le bon sens. » Quelle ne fut pas aussi ma satisfaction de lire sous sa plume ceci : « Nous assistons à une dérive préoccupante. Tout semble bon pour instruire le procès de la France et faire assaut d’auto-dénigrement. » Puis, dans une allusion à peine voilée à l’intervention du président de la République : « On assiste au développement en France chez certains individus et parfois même au sein de l’État à une tendance irrépressible à la repentance systématique. » Fustigeant la « funeste inclinaison au reniement de soi », le président de l’UMP feint de s’interroger : « Finira-t-on, un jour prochain, par s’excuser d’être français ? » Peut-on être plus clair ? Dans la lâcheté ambiante, qui confine parfois à la collaboration pure et simple avec les adversaires de la France, les paroles de Nicolas Sarkozy font du bien.
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Je sais bien ce que l’on va dire. J’entends déjà la critique poindre : « Il est devenu sarkozyste ! » Il faut pourtant que les choses soient bien claires : je ne serai jamais ni « sarkozyste », ni « villepiniste », ni « villiériste », ni « chevènementiste » ni quoi ce soit d’autre. Je déteste les écuries. Je n’ose même plus me dire « gaulliste » eu égard au nombre d’opportunistes et d’hurluberlus qui se définissent comme tel. La seule étiquette que je revendique est celle de « patriote », étiquette intemporelle et qui n’appartient à personne. C’est pourquoi, et afin de répondre par avance à mes contradicteurs, je peux d’ores et déjà annoncer qu’en 2007, je soutiendrai, au premier tour puis au deuxième tour, le candidat qui selon moi défendra le mieux les intérêts de la France. Voilà ce que j’ai toujours fait, en conscience, depuis que j’ai l’honneur de pouvoir voter. Il se peut, en tous les cas il n’est pas exclu, qu’au deuxième tour, ce candidat soit Nicolas Sarkozy. J’ai pour habitude de juger sur pièce et non par principe. J’ai suffisamment critiqué Nicolas Sarkozy et sa politique pour avoir le droit de reconnaître quand il a raison. Or, dans ces affaires de repentance et de haine de soi, c’est lui qui a raison.

Quelques « jeunes gens » bien tranquilles…

J’ai dit déjà, dans un article précédent, combien le Ministre de l’Intérieur avait également eu raison lorsqu’il qualifia les auteurs des émeutes urbaines de novembre dernier de « racailles » et de « voyous » alors que le Président de la République et le Premier ministre, la Gauche et les médias bien-pensants ne voulaient y voir que des « jeunes ». Et bien, nous venons la semaine dernière de vivre, à une échelle moindre, la même situation. Alors qu’on apprit, avec trois jours de retard, qu’une cinquantaine de barbares avaient investi le 1er janvier au matin le train Nice-Lyon, tout saccagé, rançonné et violenté les passagers, créant une véritable panique, les médias continuaient, en évoquant les responsables de tels actes, de parler de «jeunes gens ». Il faut être bien charitable pour souhaiter que ceux qui persistent à utiliser un vocable aussi lâche ne croisent jamais, pour leur malheur, cette sorte de « jeunes gens » !
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C’est Nicolas Sarkozy à nouveau qui rétablit les mots dans leur sens et condamna, lors du journal de vingt heures de TF1, cette scandaleuse expression. Et le Ministre de regretter que la plupart de ceux qui avait été arrêtés avait dû être relâchés du fait de leur âge, ordonnance de 45 oblige. Ce qui n’empêchait pas pour sa part Jacques Chirac d’assurer le plus solennellement du monde que « les auteurs de tels actes seraient punis » !

Le fait est que parmi la poignée qui fut arrêtée, se trouvaient nombres d’étrangers ou de jeunes Français d’origine étrangère. Qui peut contester le fait qu’il y a bien une composante identitaire à ces violences ? Qu’on me comprenne bien. Je ne dis pas, je n’ai jamais dit, que c’était là la seule composante, je ne dis pas, je n’ai jamais dit qu’il n’y avait pas aussi une composante proprement sociale. Je ne fais pas non plus d’amalgame et je ne condamne pas toute une catégorie de la population française ou vivant en France parce que certains de ses membres commettent les pires actes. Mais les faits parlent d’eux-mêmes. Qu’on en juge. Petite ville de l’orléanais : une bande de ces « jeunes gens », casquettes vissées sur le crâne, doigt levé bien haut, insultent les passants, leur promettent que « le pays sera bientôt à eux, qu’ils vont faire régner la terreur », ils crachent sur certains, des grands-mères sont moquées. A Epinal, une semaine après, devant un centre commercial, même scène mais ce sont des jeunes filles qui invectivent la foule et promettent au pays, le leur, aux sales Français, qu’elles sont, le même sort. Comment se peut-il que ces deux exemples, éloignés de plusieurs centaines de kilomètres, que des personnes dignes de foi m’ont personnellement racontés, n’illustrent pas un phénomène plus général ?

C’est pourquoi j’ose dire qu’il y a un lien entre le désamour français que j’ai évoqué plus haut et ces violences gratuites à relents identitaires ou communautaires. Je ne prétends pas que ce lien soit nécessairement de cause à effet mais j’affirme que le procès instruit perpétuellement à la France est un facteur aggravant. On ne peut accréditer sans cesse l’idée selon laquelle la France s’est rendue coupable de ségrégation, d’esclavagisme, de torture vis-à-vis d’Algériens, d’Africains, d’Antillais et s’étonner après cela que des jeunes issus de l’immigration, en désespérance sociale et faute de repères, en veuillent à la France et aux Français. On n’est pas aimable lorsque l’on ne s’aime pas soi-même.

Pour une réforme intellectuelle et morale

Qu’est donc devenu notre pauvre pays en si peu de temps, en trente ans à peine ? Comme il est loin le temps où l’historien Pierre Chaunu pouvait écrire : « Dans l’esprit des Français, à quelque famille qu’ils appartiennent, à partir de motivations différentes, l’image de la France est gratifiante. (…) La France a reçu, au ciel des mots et des entités sociales, dès le berceau, une charge affective exceptionnellement forte et vivace. »2 Comme il est loin le temps où son Président se faisait « une certaine idée de la France », la comparant à « la princesse des songes », à « la madone aux fresques des murs » !

La France est un peu comme la peau de chagrin décrite par Balzac en 1831 : c’est comme si à chacune des émotions qu’elle avait fait partager, à chacune des idées et des œuvres qu’elle avait offertes au monde, à chacune des grandes choses qu’elle avait réalisées, elle avait rétréci. La France n’est plus qu’une peau de chagrin. Une pauvre peau de chagrin, une peau de misère qui n’exauce plus rien et ne fait plus rêver, une vieille peau piétinée, déchirée, brûlée. C’est comme si la France avait épuisé tout le capital de grandeur, d’exemplarité et d’amitié que la Providence lui avait accordé à la naissance.« Nous ne nous aimons plus, voilà la chose, analyse fort justement Jacques Julliard. Comme si l’âme collective de la France, ce mythe nécessaire, était en train de se dissoudre.»3

Je ne cesse pour ma part d’appeler à un sursaut patriotique – je dis patriotique et non pas nationaliste. Il y a quelques mois, François Taillandier évoquait auprès de moi la nécessité de constituer une Université France pour rassembler tous les esprits soucieux de définir et de redéfinir l’idée nationale. C’est bien là ce qu’il faudrait faire : une autre Académie française, non pas seulement destinée à régler la langue mais conçue pour la promouvoir et avec elle la littérature, l’histoire, la politique de la France. Pour l’instant il nous faut oeuvrer à notre mesure réelle et rassembler le petit groupe de ceux qui forment aujourd’hui, dans des temps difficiles de renoncement et de haine de soi, ce qu’on pourrait appeler un conservatoire national. Ernest Renan n’écrivait-il pas à la fin du XIXe siècle : « Un pays n’est pas la simple addition des individus qui le composent ; c’est une âme, une conscience, une personne, une résultante vivante. Cette âme peut résider en un fort petit nombre d’hommes » ou encore « L’âme d’une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder » ?4 Soyons ce conservatoire, soyons ce collège !


C’est une immense réforme qu’il faut préparer en effet. Une réforme des esprits. Une réforme des consciences. Exactement, pour être fidèle à Renan, une réforme intellectuelle et morale. Sans quoi, nous n’arrêterons pas les barbares, leur bêtise crasse et leur force débile.

Article de Raphaël Dargent publié sur Jeune France Strasbourg, 8 janvier 2006

13/09/2007

Don Quichotte ou l'art de se battre contre des moulins à vent !

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Article publié sur le site Le jeu de Gerri

Me revoilà et en colère : hier soir, j'ai eu une réunion à l'école de ma fille qui rentre en CP. Pour moi, les maîtres-mots de cette rentrée me semblaient devoir être apprentissage de la lecture et de l'écriture, bases pour la maîtrise de la langue. Mais non, les thèmes abordés furent les séances de patinoire, les cours d'anglais et d'informatique, les spectacles de l'année, les diverses sorties cinéma...

Sans compter que les trois instituteurs du cycle nous ont annoncé, tour à tour, leurs futures absences : le maître de grande section de maternelle se fait opérer dès lundi prochain (un ongle incarné), soit 8 jours après la rentrée, la maîtresse de CP, jeudi prochain (tendon de l'épaule) et enfin, la professeur des CP/CE1, elle-même déjà remplaçante, sera absente une semaine pour un stage obligatoire !

Que penser de tout cela ?
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Si les enseignants baissent les bras et semblent résignés à la perte de la culture française, il en va de même de la plupart des parents. Et c'est là que j'ai l'impression de me battre contre des moulins à vent : ils me disent que si nos enfants ne maîtrisent plus la langue française, ce n'est pas grave, il y a les correcteurs d'orthographe... 526983b43310684d55a2afc482f418fb.jpgCe qu'ils oublient, c'est que ces mêmes correcteurs ne leur donneront pas accès à la littérature. Réduire l'enseignement à l'apprentissage de l'anglais (la langue de nos maîtres maintenant quasiment indispensable selon certains pour travailler !) et à l'informatique est dangereux. La violence n'est-elle pas, le plus souvent, due au fait que les enfants ne parviennent pas à exprimer leur mal-être, leur rébellion ou tout simplement leurs sentiments ; le langage corporel remplaçant le langage verbal. Maîtriser la langue française, si riche en nuances, ne permet-il pas d'accroître notre compréhension du monde ? D'élargir notre champ de conscience et par conséquent nous rapprocher de l'idéal de liberté (mais nos société sont-elles encore capables de produire un idéal ?). L'accés au savoir se fait-il autrement que par le verbe ?
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Pour clore le débat, je vous propose ce qui peut paraître une anecdote mais qui me semble révélateur. A ma question "pourquoi les enfants n'écrivent-ils plus ?", l'institutrice m'a répondu que les programmes étaient trop chargés. Soit ! Par quoi ? L'anglais, l'informatique, les diverses sorties... On en oublie les fondamentaux ! Cependant, sur les fiches de renseignements à remplir en début d'année, il y a une nouvelle rubrique depuis 2 ans : "Nationalité", "date d'arrivée en France" et une question sibylline "souhaite un enseignement de la langue et de la culture d'origine ? oui/non".

Curieusement, à cette question, j'ai été tentée de répondre par oui car, même si je sais qu'elle ne m'était pas adressée, je tiens à ce que mes enfants aient un enseignement de leur langue et de leur culture d'origine, à savoir le français ! Je ne comprends pas que l'Education Nationale mobilise de l'argent pour enseigner des langues et des cultures étrangères tout en abandonnant de plus en plus celle de notre pays. Libre aux parents d'inculquer, dans la sphère privée, leur culture d'origine et leur langue mais je ne crois pas que ce soit à l'école républicaine française de le faire. Notre école doit servir la France et donc la culture française.

Article publié sur le site Le jeu de Gerri

Le traité de la honte

LE PROTOCOLE DE L'OMBRE

Dans le grand silence des médias, un meurtre se prépare : celui de la langue française dans ce qu'elle a de plus porteur d'avenir, et dans son rôle de garant de l'intelligibilité du Droit et de l'identité de notre pays.

Un grand racket se met en place, aussi : celui de l'immense majorité des entreprises françaises, qui ne comprennent pas à quelle sauce on veut les manger, sous les coups des grandes multinationales et de leurs complices.

En bref, il s'agit, en ratifiant le « PROTOCOLE DE LONDRES », d'éliminer la langue française du domaine des brevets d'invention... en attendant les normes, les Autorisations de Mise sur le Marché de médicaments (AMM), etc., pour donner valeur juridique en France à des textes rédigés en langue étrangère.

Le tout au grand dam de la rentabilité des entreprises elles-mêmes, dont les cadres sont loin de tous maîtriser l'anglais, surtout dans ses complexités à la fois juridiques et techniques.

Au grand dam des chercheurs eux-mêmes, qui finiront par se rendre compte qu'ils sont obligés de se plier à des schémas qui leur sont étrangers, de se laisser piller par les revues et les concurrents anglo-saxons, alors qu'ils ne sont, au fond, créatifs qu'en français.

Les économies de bouts de ficelle ainsi espérées – en faveur de qui ? - ne profiteront nullement aux entreprises françaises, qui subiront une distorsion de concurrence.

Enfin, si ce Protocole de Londres est bien aberrant, en gros comme en détail, sur tous les plans – car le déficit de la balance française des brevets est dû à d'autres causes, sérieuses celles-là – l'abolition de l'Ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539 ainsi proposée mérite pour le moins un débat public approfondi.

Cette précipitation soudaine à ratifier l'inacceptable n'annonce rien de bon.

Article de Denis Griesmar, Vice-président de la Société française des Traducteurs, secrétaire général adjoint co-fondateur du Front francophone international (FFI). publié sur le site gaullisme

Les facteurs d’indécision de la démocratie

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Par Marcel Gauchet


Le constat est aujourd’hui banal : la politique dépérit, la politique se meurt. Le constat est diversement exprimé, mais les formules sont convergentes : la politique est impuissante, la politique n’intéresse plus les citoyens, la politique est en voie de disparition. D’où procède cette dissolution ? quelles peuvent-être les raisons de pareille déperdition ?

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A ces questions, il existe une première réponse, massive, tenue par beaucoup pour évidente, quotidiennement martelée au travers de quelques mots qui tiennent trop souvent lieu de pensée : mondialisation, néo-libéralisme, économie. Des mots qui ont en effet la force de faits considérables pour eux, et qui bénéficient en outre de l’aura du mode d’explication dominant de notre monde : l’économisme. Car si le marxisme est mal portant, l’économisme ne s’en porte que mieux. Dans cette perspective, le phénomène est sans aucun mystère : la politique dépérit parce qu’elle est débordée par les forces de l’économie libérale, et que, pour ce qu’il en reste, elle est mise au service de l’économie, en perdant ainsi son sens.
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Sans mésestimer la part de vérité que comporte cette interprétation, je voudrais faire valoir une autre explication, qui me semble plus profonde et plus compréhensive – une explication qui permet de faire droit aux effets de la libéralisation économique sans faire résulter le phénomène lui-même de l’économie. La déperdition de la politique s’enracine dans la démocratie elle-même, dans les transformations profondes qu’elle connaît depuis un quart de siècle : telle est la thèse qui me paraît la mieux répondre au problème et que je me propose d’argumenter.

La démocratie des droits de l’homme
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L’essentiel du problème se joue autour d’un retournement inattendu des principes de la démocratie contre les conditions de son fonctionnement. Ce sont ses principes qui la paralysent, voire qui la décomposent. Phénomène déconcertant, paradoxal, qui peut se résumer dans la formule de « démocratie contre elle-même ». elle concentre, me semble-t-il, le vif de nos dilemmes actuels quant à la politique.

Que veut-elle dire au juste ? commençons par déblayer le terrain en précisant ce qu’elle ne veut pas dire. Elle n’a rien à voir avec ce que les Allemands appellent « l’autodestruction légale » de la démocratie pour désigner l’accès de Hitler au pouvoir par la voie d’élections libres. Cas de figure extrême d’une possibilité toujours ouverte à un peuple en démocratie : il peut utiliser sa liberté pour choisir la servitude, en se désaisissant de sa souveraineté au profit de la dictature.
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Nous ne sommes plus dans une telle configuration, mais dans une configuration inverse, et c’est ce qui fait le caractère énigmatique de notre situation. La démocratie l’a emporté sur toute la ligne. Nous sommes portés par une grande vague de démocratisation qui déferle depuis les années 1970. La « révolution des œillets » au Portugal a donné le coup d’envoi du mouvement, en 1974. Il a emporté les dictatures du sud de l’Europe, avant de gagner l’Amérique latine, puis les régimes du soi-disant « socialisme réel ». Les principes de la liberté se sont irrésistiblement imposés ; ils n’ont plus de concurrents. Cela ne veut pas dire qu’ils règnent ; mais, intellectuellement, personne n’a plus rien à leur opposer. Le mouvement n’a pas laissé indemne les démocraties établies de longue date. Il s’y est traduit par une pénétration toujours plus poussée des impératifs démocratiques dans le tissu des sociétés.
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Aussi la démocratie n’a-t-elle pas seulement triomphé ; elle s’est transformée en triomphant. Son esprit a changé au fil de cet approfondissement. Les institutions sont restées les mêmes ; mais l’inspiration présidant à leur fonctionnement s’est modifiée.

La démocratie s’est remise à l’école de ses principes fondateurs. Elle est devenue une démocratie des droits de l’homme. Ce qu’elle n’avait jamais été, en fait, sinon brièvement, dans le moment fondateur de la Révolution des droits de l’homme, à titre de tentative avortée. A travers tout le XIXe siècle, outre le souvenir traumatique de l’échec de la Révolution française, la découverte de l’histoire et de la société avait relégué les droits de l’homme et la démarche fondationnelle qui leur était associée, au rang d’abstractions impraticables. C’est de l’intérieur de l’histoire, et sur la base de la gestion des forces sociales, au travers des compromis de classes, que la démocratie a fini par s’imposer, au milieu de mille traverses. C’est sous ce même signe du compromis des classes sociales que s’est opérée sa stabilisation dans l’après-1945.

Il n’est que de se souvenir du caractère de vieillerie que revêtait encore l’idée des droits de l’homme dans les années 1970 pour mesurer le chemin parcouru. Nous sommes insensiblement revenus, du dedans du fonctionnement collectif à la vérité d’origine du contractualisme. Il n’y a au départ que des individus et les droits que ces individus détiennent de par leur nature. Toute organisation légitime de la collectivité, tout lien passé entre eux ne peuvent procéder que de leur libre accord. En tout cas, il faut faire comme si, dans toute la mesure du possible, sans se préoccuper des difficultés théoriques d’une telle construction. Une idée juridique de la démocratie supplante l’idée sociale qui s’était imposée auparavant. L’Etat social n’est pas rejeté pour autant. Mais il exige d’être couronné par un Etat de droit qui en fixe le véritable esprit. La protection des prérogatives de chacun devient la préoccupation prioritaire. D’où l’attention nouvelle portée aux procédures par rapport au raisonnement administratif par masses qui paraissent le plus adéquat dans la période antérieure.
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Ce mouvement ne se déroule pas dans le vide. Il est étroitement associé à un phénomène social de grande ampleur. Ce processus de démocratisation des démocraties est inséparable d’une vague d’individualisation sans précédent dont on sait qu’elle a changé l’ensemble des rapports sociaux. L’individu de droit n’est plus une créature abstraite, mais un acteur des plus concrets ! Toutes évolutions qui sont à relier, bien entendu, aux spectaculaires transformations de la production et de la technique dans la période. L’univers des grandes organisations qu’on croyait le paysage définitif des sociétés industrielles décline au profit de l’avènement, grâce à l’informatique, d’une société des réseaux. Les technostructures sont bousculées par le retour de l’entrepreneur. Bref, le souci de l’indépendance des parties prend la relève de l’ambition d’organiser le tout qui faisait figure, depuis le début du XXe siècle, d’horizon indépassable de notre temps. Il ne s’agit pas ici d’invoquer un relation d’infrastructure économique à superstructure juridique, mais de faire ressortir la cohérence d’une transformation globale aux facettes multiples.

Le paradoxe est que cette démocratie installée, triomphante, sans alternative, ne va pas bien. Elle souffre de désaffection interne. Personne ne la conteste dans ses principes. Il est hors de question de mettre un autre régime à sa place, ne serait-ce que faute d’imaginer ce qu’il pourrait être. En ce sens elle est à l’abri. Rien ne la menace – une situation à contraster avec les oppositions virulentes auxquelles elle était en butte il n’y a pas encore si longtemps. Même ceux dont nous savons qu’ils ne l’affectionnent pas, dans le secret de leur cœur, se cachent derrière la défense de ses valeurs.
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Mais autant la démocratie règne dans ses principes, autant elle se désagrège dans son exercice effectif, autant elle est en péril de devenir une coquille vide. C’est cette situation désolante, dont il n’est pas utile de détailler les manifestations, tellement le constat est désormais banal, qu’il s’agit de comprendre.

L’hypothèse que je propose est qu’il existe un rapport entre les deux versants, entre la façon dont la démocratie a triomphé et les difficultés internes qu’elle rencontre. C’est ce qui justifie la notion de démocratie contre elle-même. Ce n’est nulle part ailleurs que dans ses principes fondateurs, tels qu’ils sont compris et mis en œuvre, voudrais-je montrer, que se situe l’origine de la déperdition de substance qui l’affecte.

Une démocratie minimale

Ce retournement de la démocratie conte elle-même s’observe à deux niveaux principaux. On les envisagera dans un ordre allant de la surface vers la profondeur.

Il se manifeste d’abord sous l’aspect de ce qu’on pourrait appeler une auto-restriction de la démocratie. Son idéal a changé. Elle se veut une démocratie minimale.

De façon tout à fait étonnante, le mot même de démocratie a changé de sens, dans sa compréhension ordinaire et populaire. Il recouvre autre chose que ce qu’on y mettait. Il désignait la puissance collective, la capacité d’autogouvernement. Il ne renvoie plus qu’aux libertés personnelles. Est jugé démocratique le régime qui assure la plus grande place possible aux prérogatives individuelles. La notion libérale de la démocratie l’a emporté sur sa notion classique ; elle l’a absorbée. La pierre de touche est désormais la souveraineté de l’individu et son droit de mettre en échec, s’il le faut, la puissance collective.

Il ne s’agit pas d’opposer naïvement les deux termes. Ils sont liés par une articulation qui constitue la clé de voûte des démocraties libérales et qu’il importe de cerner avec précision. La démocratie libérale comporte deux faces associées et distinctes : elle repose sur les droits fondamentaux des personnes et les libertés publiques, et elle consiste dans l’exercice de la puissance collective, c’est-à-dire la conversion des libertés individuelles en autogouvernement de l’ensemble. Gouvernement qui ne peut s’exercer que dans le strict respect de ces libertés, puisqu’il est fait pour les traduire, mais qui représente un pouvoir distinct et supérieur, où les libertés individuelles s’accomplissent. Le problème est d’assurer une hybridation équilibrée des deux ordres d’exigences. C’est cette deuxième dimension du pouvoir de tous qui se trouve comme effacée au profit de la première, la liberté de chacun, comme si elle était contradictoire avec elle. Tout se passe comme s’il fallait le moins de pouvoir social possible afin d’obtenir le maximum de liberté individuelle.

La France représente à cet égard un laboratoire, parce que la République s’y était développée autour d’un idéal particulièrement exigeant de la puissance collective. Aussi le revirement y est-il plus spectaculaire qu’ailleurs. Le passage d’une démocratie du public à une démocratie du privé y est vivement ressenti.
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Le nouvel idéal de la démocratie, qui n’a pas besoin d’être conscient pou opérer, se résume dans la coexistence procédurale des droits. Comment assurer la compossibilité réglée des indépendances ? voilà sa question. Or plus de droits pour chacun, dans un tel cadre, c’est moins de pouvoir pour tous. Si on ne veut rigoureusement que les droits de chacun, il n’y a plus pour finir aucun pouvoir de tous. La communauté politique cesse de se gouverner. Elle devient rigoureusement une société politique de marché, dont la forme d’ensemble est le résultat des initiatives des différents acteurs, au bout d’un processus d’agrégation auto-régulé. Les gouvernants sont en charge de la règle du jeu ; leur rôle se réduit à l’aménagement du pluralisme des opinions et des intérêts.

En réalité, comme il y a toujours néanmoins un gouvernement, même limité, même borné dans sa puissance directrice, et comme les individus et les groupes de la société civile ne s’intéressent qu’à eux-mêmes, à leurs intérêts, à leurs convictions, à leurs identités, en abandonnant le point de vue de l’ensemble au personnel politique, il s’ensuit une oligarchisation croissante de nos régimes. Elle n’empêche pas l’effervescence protestataire au nom du particulier. L’ambiance n’est pas à la passivité. Mais tandis que les revendications des uns et des autres occupent le devant de la scène, les décisions qui engagent l’avenir de l’ensemble ou sa forme sont prises en coulisse ou bien à l’international, au nom de la contrainte technique et en dehors de la délibération publique. D’où le sentiment de dépossession qui s’installe, avec une coupure entre les élites et les peules qui nourrit en retour la protestation populiste.

Telle me paraît être la première source du mécanisme d’évidement politique à l’œuvre au sein des démocraties d’aujourd’hui.

L’impuissance démocratique

Mais il en existe une autre. Il est un second niveau du trouble des démocraties, encore plus profond, qui donne toute sa portée à la notion de démocratie contre elle-même.

A certains égards, il est permis de penser que nous sommes engagée dans un processus de corrosion des bases du fonctionnement de la démocratie. Au-delà de l’autorestriction, nous sommes en présence d’une autodestruction douce de la démocratie, qui laisse son principe intact, mais lui enlève son effectivité.

Cette démocratie travaillée par l’universalisme fondationnel est amenée à se dissocier du cadre historique et politique à l’intérieur duquel elle s’est forgée : l’Etat-nation, pour faire court. Elle se veut sans territoire ni passé. Elle ne se reconnaît ni inscription dans l’espace, dont les limites sont une injure à l’universalité des principes dont elle se réclame, ni dépendance envers l’histoire, qui l’enfermerait dans une particularité non moins insupportable. Autrement dit, elle est conduite à ne pouvoir assumer les conditions qui lui ont donné naissance. Ce déracinement la fait vivre, en réalité, sur l’héritage d’une histoire qu’elle ne reconnaît plus et, partant, ne se préoccupe plus de transmettre.
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De la même manière, et encore plus fondamentalement, la démocratie en arrive à se détourner de l’instrument de pouvoir capable de faire passer ses choix dans la réalité. Paradoxe suprême, elle devient anti-politique. Toute espèce de pouvoir lui apparaît suspecte au regard de l’idée du droit qu’elle entend faire prévaloir. Les démocraties s’étaient constituées par l’appropriation collective de la puissance publique. Leur nouvel idéal est de neutraliser la puissance quelle qu’elle soit, de manière à mettre la souveraineté des individus à l’abri des atteintes. Là réside la raison profonde de l’ébranlement des Etats et du principe de leur autorité dans la démocratie d’aujourd’hui. Elle va bien au-delà du recul de leurs attributions économiques. Elle tient au brouillage de leur nature et de leur rôle dans l’esprit des peuples. Ils ne sont plus compris en tant que vecteurs opératoires du gouvernement en commun.

La démocratie des droits de l’homme tend ainsi à refuser les instruments pratiques qui pourraient la rendre effective, tout en y faisant massivement appel par ailleurs. D’où la découverte douloureuse de l’impuissance publique sur laquelle elle bute en permanence. Cette impuissance, c’est elle qui la fabrique. Sans doute provient-elle, pour une petite part, du dehors, des fameuses « contraintes extérieures ». mais pour la plus grande part, elle procède du dedans. L’idée qu’elle se fait d’elle-même lui interdit de penser les outils de sa concrétisation ; elle la voue à l’évasion dans le virtuel.
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Il faut préciser qu’il ne s’agit là que d’une tendance. Une tendance qui n’est ni le tout de la réalité de nos sociétés, ni la seule tendance à l’œuvre en leur sein. Il existe une contre-tendance, encore diffuse, au ré-enracinement de la politique, à différents niveaux. Il n’empêche que c’est une tendance extrêmement puissante et la tendance dominante du moment.

Quelles perspectives, maintenant, au-delà du constat ? La question est inévitable, même s’il n’est possible d’y répondre que dans les limites de ce qu’indique l’analyse du présent.

La démocratie libérale des modernes n’est pas une essence fixée une fois pour toutes, mais un parcours, un mouvement de construction et de déploiement dans le temps. S’il en était besoin, cette inflexion de grande ampleur serait là pour nous le rappeler. Ne succombons surtout pas à l’illusion de la fin de l’histoire ou de la post-histoire. L’état actuel des démocraties n’est pas le dernier mot de l’histoire, une sorte d’état terminal en lequel nous devrions nous résigner à nous enfoncer. Nous ne sommes pas les spectateurs impuissants du devenir en train de se faire. Nous avons à rectifier la trajectoire, à recomposer ensemble les éléments de la démocratie qui se sont dissociés. Ce n’est pas un programme électoral pour après-demain, mais une entreprise civique de longue haleine, à l’échelle des décennies qui viennent.

On ne reviendra pas sur les marges de manœuvre conquises par les individus. De même y a-t-il une grande part d’irréversible dans l’émancipation des sociétés civiles. Enfin, nous n’avons pas d’autres fondements disponibles que les droits de l’homme. Il ne s’agit pas de critiquer les droits de l’homme, non plus que l’individualisme. Il s’agit de les éclairer. Il s’agit de montrer aux individus que leur liberté ne prend tout son sens que dans le cadre d’un gouvernement en commun bien compris dans ses bases et ses conditions. La démocratie a surmonté une première grande crise par le passé, en repoussant l’assaut des totalitarismes. Rien n’interdit de penser qu’elle surmontera cette nouvelle crise qui la ronge cette fois de l’intérieur. Le défi devant lequel nous nous trouvons est de concevoir une action politique à longue portée, au-delà du temps court des échéances démocratiques. Il est de donner à la politique démocratique, contre sa pente à s’enfermer dans le présent, le sens du temps historique dans lequel son sort se joue

Par Marcel Gauchet publié sur le site : LE BLOG MARCEL GAUCHET

08/09/2007

Quand Madame Merkel mange du Sarkozy au petit déjeuner.

L’hebdomadaire Marianne, dans son édition du 21 juillet 2007 a accordé une tribune à Nicolas Dupont-Aignan - Député et Président de Debout la République, au sujet du mini traité européen.

Au lendemain du sommet de Bruxelles, l’ensemble des observateurs saluait le « miracle Sarkozy », la relance de l’Europe, la réconciliation franco-allemande…
La France, en avalisant le retour de la Constitution pourtant rejetée par son peuple, cédait dans les faits à la pression des pays ayant ratifié le texte, au premier rang desquels l’Allemagne qui faisait coup double (extension de la majorité qualifiée et doublement de ses droits de vote).
Outre le fait que cet accord est démocratiquement scandaleux puisque le principe du référendum est refusé, le pire aujourd’hui est que le Président Sarkozy n’a rien obtenu en échange. En effet sur la question clef de l’euro, la visite du Président devant l’eurogroupe s’est transformée en débâcle.
Le Président qui pendant toute la campagne avait, à raison, fait de la lutte contre l’euro cher un préalable au redressement de la France n’a même pas osé aborder franchement les choses. L’Allemagne par la voix de son Ministre de l’économie l’a renvoyé sèchement dans ses buts. Madame Merkel qui a hier déjà tout obtenu de la France à Bruxelles, a dans une interview sur RTL le 11 juillet mis un point final au débat. Je cite : « Je ne m’y prêterai pas, et le gouvernement non plus ».
Ce qui devait arriver, arrivera. Pourquoi l’Allemagne céderait sur l’euro, Airbus ou l’OMC puisque la France a tout donné sur la Constitution ?
Tout cela prouve que le grand écart, pour ne pas dire le double langage, entre le discours à Paris et les décisions à Bruxelles, ne fait pas bon ménage avec la défense des intérêts nationaux et la construction d’une Europe équilibrée.
La France mérite mieux que les fanfaronnades de lendemains de sommet.
D’autant, et c’est là le plus grave, qu’aucun résultat concret ne pourra avoir lieu sur le plan économique notamment dans la lutte contre les délocalisations, thème central de la campagne présidentielle sans une réforme de la Banque Centrale européenne, l’instauration d’un libre échange loyal, une nouvelle politique industrielle.
C’est donc l’intérêt même du Président de la République et de la majorité de mettre fin à cette diplomatie de coups médiatiques.
Il en est d’ailleurs de même dans les domaines clefs de la réforme économique ou institutionnelle. A-t-on vraiment les moyens de perdre 15 milliards d’euros pour des mesures catégorielles alors même que la réforme de l’Etat reste à l’état de discours ? On se prive des recettes sans savoir si les économies sont tenables. Quant aux Institutions, le trompe l’œil n’est pas loin puisque on fonce vers la présidentialisation du régime sans de réel contrepoids et avec l’oubli délibéré et essentiel de la pratique référendaire.
Tout cela n’augure rien de bon pour l’avenir. L’audace dans le discours doit suivre dans les actes et surtout la réussite repose sur la cohérence dans la durée.
Espérons que l’été portera conseil !

06/09/2007

Polémique autour de la ratification du Protocole de Londres sur les brevets

Une polémique enfle à propos d'une éventuelle ratification du Protocole de Londres sur les brevets européens par le parlement, des chercheurs et intellectuels s'y opposant au nom de la défense de la langue française, alors que le gouvernement l'appelle de ses vœux.

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Un "comité contre le Protocole de Londres", présidé par le linguiste Claude Hagège, "dénonce" dans une pétition "les risques d’une éventuelle ratification (...) dont les grandes entreprises étrangères bénéficieraient au détriment des PME et TPE françaises, et surtout ses conséquences dramatiques pour la langue française".

La ratification de ce protocole, signé en juin 2001, "aboutirait en effet, en Europe, à la suppression de l’obligation actuelle de traduire en français tous les brevets rédigés en langue anglaise ou allemande sous prétexte de diminuer le coût des brevets d’invention", rappellent les signataires.

Dans une tribune publiée le 12 juillet dans le journal Le Monde, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Valérie Pécresse et le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet se faisaient l'avocat de la ratification, en soulignant que le Protocole "permettrait d'alléger les coûts de traduction, qui représentent 40% de l'investissement initial en vue de l'obtention d'un brevet".
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"Le prix de revient élevé des brevets européens ne résulte pas des traductions", affirme pour sa part le Comité contre le Protocole, faisant état d'une étude réalisée par l’Office européen des brevets (OEB) qui l'estime à seulement 15%, en moyenne, de celui du dépôt.

Actuellement, les brevets doivent être publiés dans les langues des 32 pays membres de l'OEB. Dans le cadre du Protocole, il y aurait trois langues "officielles" (Anglais, Français et Allemand), et les textes pourraient être publiés dans une seule des trois.

La ratification, déplore le Comité, "reviendrait à admettre, en réalité, l’usage de l’anglais en droit français et serait très dangereuse pour la pérennité de la langue française comme langue scientifique, technique et commerciale".

Actuellement 100% des brevets sont traduits en Français mais, avec le protocole de Londres, "la part de la francophonie passerait à 7 %", dit-il. Car, selon le Comité, aujourd'hui 70% des brevets sont déposés en Anglais, 23% en Allemand et 7% en Français.

Il rappelle que sur les 31 pays concernés, seuls 13 ont ratifié ce texte et 17 ont refusé de le signer et "continueront d’exiger une traduction obligatoire des brevets européens dans leur langue nationale".

"L’accord de la France étant indispensable pour que ce traité entre en vigueur, c’est elle qui détient le sort de notre langue et du plurilinguisme", souligne le Comité.

Pour la Compagnie nationale des Conseils en propriété industrielle (CNCPI), la ratification "serait un +cadeau+ sans contrepartie aux multinationales anglo-saxonnes et japonaises, qui pourraient déposer plus de brevets encore, et renforcer leur hégémonie et la dépendance juridique et technologique de la France notamment".
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Le député Nicolas Dupont-Aignan (non inscrit) qui a signé la pétition, rappelle que "la traduction en français des brevets étrangers constitue pour nos entreprises et, pour toutes les entreprises des pays francophones, une source d'information très importante pour appréhender les connaissances technologiques de leurs concurrents".

Dans sa tribune du Monde, Valérie Pécresse défendait le Protocole sur un plan économique plus général, estimant que le brevet communautaire est "le meilleur instrument car il est le seul qui permette d'avoir un titre unique de protection de la propriété industrielle dans l'Union européenne".

article publié sur le site gaullisme.fr