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06/09/2007

lettre adressée aux députés de la République Française au sujet du mini traité.

"Madame la députée, Monsieur le député,
Madame la sénatrice, Monsieur le sénateur,

Dans quelques mois, vous aurez à vous prononcer sur le traité européen qu’aura rédigé une conférence intergouvernementale.
Ce traité, qui donnera la personnalité juridique à l’ « Union européenne » (UE), établira la supériorité du droit européen même dérivé sur le droit national même constitutionnel, généralisera les votes à la majorité, créera la présidence personnalisée du Conseil européen ainsi que la fonction correspondant à un ministre des Affaires étrangères de l’UE, marquera donc sans ambiguïté l’entrée de la France dans un système fédéral et l’abandon du principe de la souveraineté nationale.
En tant que citoyens français, militants ou anciens militants de partis politiques qui plaçent ou plaçaient la souveraineté nationale au cœur de leur projet, attachés que nous sommes à l’héritage politique du gaullisme, nous réprouvons cette orientation dont nous avions cru comprendre que le peuple français l’avait refusée le 29 mai 2005.
Vivant en Alsace, région évidemment symbolique de la relation franco-allemande, laquelle est le premier moteur de la construction européenne, si nous prenons l’initiative de nous adresser aux parlementaires, c’est moins pour revenir sur les termes d’un débat qui vous sont connus, que pour attirer votre attention sur les conséquences d’un article du futur traité. Cet article serait celui renvoyant à la « Charte des droits fondamentaux de l’UE », dont les dispositions deviendraient alors juridiquement contraignantes pour la France.
La novation essentielle que cette charte introduirait dans le droit positif français, lequel ignorait jusqu’à présent cette catégorie juridique, serait celle de « minorité nationale ». En effet, l’article 21 de cette charte, relatif à la non-discrimination, mentionne explicitement « l’appartenance à une minorité nationale », tandis que l’article 22 stipule que « l’Union respecte la diversité culturelle, religieuse et linguistique ». Nous croyons fermement que là se trouvent les conditions d’attribution de « droits collectifs » à des requérants qui se prévaudraient de cette charte, soit devant la Cour de Luxembourg (CJCE), soit devant la Cour de Strasbourg (CEDH), pour briser l’unité de la République.
Pour bien comprendre cette question, il faut en connaître l’origine. Pour nous, et pour tout observateur informé, cette origine est évidemment l’Allemagne. Remarquons tout d’abord la sobriété, dans le droit fil de 1789, avec laquelle est traitée la non-discrimination dans la Constitution française (art. 1) : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »
En revanche, pour exprimer, en principe, le même refus des discriminations, les textes européens (Convention européenne des droits de l’homme (art. 14), Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, Convention-cadre pour la protection des minorités nationales, Traité d’Amsterdam (art. 13), Charte des droits fondamentaux de l’UE) font appel aux concepts de « minorité nationale » et « d’origine(s) ethnique(s) », concepts liés le cas échéant. (Il n’est pas besoin de souligner qu’ethnie et race ne sont pas synonymes.) Ces deux concepts ont jusqu’à présent été inconnus du droit de la République, lequel ne connaît que la distinction entre Français et étrangers et refuse toute reconnaissance de « droits collectifs » à quelque fraction des citoyens que ce soit et toute distinction juridique à caractère ethniciste. En revanche, la conception traditionnelle allemande, implicite sinon explicite, de la citoyenneté accueille ces catégories, reliant la nation à « l’ethnie » et les a imposées progressivement aux textes européens.
(Précisons bien que lorsqu’il est question de l’Allemagne, ce n’est évidemment pas à son peuple que nous pensons, lequel ne se soucie pas de ces questions et doit demeurer à jamais l’ami du peuple français ; c’est des dirigeants et des milieux d’influence qui agissent en son nom dont il s’agit. Du reste, il n’y a pas que pour la démocratie allemande et sur ces questions que cette distinction est pertinente...)
Mais pourquoi l’Allemagne insiste-t-elle autant - ainsi la chancelière A. Merkel lors du dernier Conseil européen de Bruxelles - pour que la charte acquière une valeur juridique contraignante ?
Remarquons tout d’abord que le Royaume-Uni s’est exempté prudemment des contraintes de cette charte. On dira sans doute que c’est en raison de considérations liées au droit du travail ; nous croyons quant à nous que les négociateurs britanniques ont évidemment pensé à l’Ecosse, au Pays de Galles et à l’Irlande du Nord.
Donnons ensuite deux citations qui nous paraissent refléter ce que veut l’Allemagne. Klaus Kinkel, alors ministre (CDU-CSU) des Affaires étrangères, parlait en 1993 d’ « accomplir quelque chose en quoi nous avons échoué à deux reprises et qui est, en harmonie avec nos voisins, de trouver le rôle correspondant à nos souhaits et à notre potentiel »1. Quant à Joseph (Joschka) Fischer, son futur successeur (SPD-Verts), il se demandait en 1995 si l’Allemagne allait « enfin obtenir ce que le monde lui a refusé au cours des deux dernières guerres mondiales, c’est-à-dire une sorte d’hégémonie douce sur l’Europe, résultat de son poids, de sa position géographique, de sa puissance industrielle »2, avant de lancer en mai 2000 l’idée d’un traité constitutionnel. On pourrait du reste aisément multiplier de telles citations. Pense-t-on qu’une ambition aussi clairement affirmée, aussi partagée sur l’échiquier politique allemand, venue d’aussi loin, soit contingente et passagère, ou traduit-elle au contraire une constante fondamentale de la géopolitique allemande ?
Or, il manquait à cette ambition, jusqu’à présent, un instrument juridique adéquat. Le traité européen en préparation serait cet instrument.
La combinaison des catégories de « minorité » ’’nationale’’ ou ’’ethnique’’ ou ’’linguistique’’, de saisine directe par des particuliers des deux Cours européennes aux jurisprudences si résolument fédéralistes, ainsi que la supériorité du droit européen sur les droits nationaux (qui sera établie dans le traité par le biais des jurisprudences de la Cour de Luxembourg)3, forgerait le dispositif de morcellement de la France, de l’Italie, des Etats au fédéralisme conflictuel (Espagne, Belgique), et des Etats à « minorités » (Pologne, République tchèque, Etats balkaniques et de l’Europe orientale) vers « l’Europe des Régions », à base ethno-linguistique.
Ainsi l’Allemagne pourrait-elle travailler à s’augmenter de ces « minorités allemandes » à ses frontières qui, croit-elle, lui sont liées par l’Histoire, la langue et, fondamentalement, par « l’ethnie ». De cette évolution, qu’appellent de leurs vœux les associations non gouvernementales pangermanistes qui gravitent dans l’ombre autour du Conseil de l’Europe et de toutes les institutions fédérales bruxelloises ou strasbourgeoises, sortirait une suite fatale de conflits frontaliers. C’est cette sinistre boîte de Pandore qu’ouvriraient nos parlementaires en ratifiant en l’état le traité.
Pour la France, outre à sa prétendue « minorité allemande » en Alsace-Moselle de certains atlas « ethno-linguistiques » d’outre-Rhin, les revendications d’abord culturelles et linguistiques puis politiques, adroitement attisées, flattant démagogiquement les tentations identitaires, ne manqueraient pas de s’étendre aux Corses, Catalans, Occitans, Basques, Bretons et à ses collectivités d’outre-mer où l’on voit déjà, en Nouvelle-Calédonie et Polynésie, les prémisses des indépendances.
On nous objectera sans doute que ce sont là des fantasmes. Le géographe Paul Vidal de la Blache écrivait dans la préface de La France de l’Est (Lorraine-Alsace) : « A chaque date critique (...), des avertissements partent de cette frontière. C’est comme un de ces observatoires naturels embrassant un vaste horizon, d’où l’on voit se former et venir de loin les orages. » Regardons donc la situation dans le laboratoire alsacien-mosellan de cette évolution.
Nous avons sous nos yeux en Alsace les progrès d’un dispositif qui n’attend que le traité pour paraître au grand jour. La Région Alsace expérimente la gestion directe, sans intervention de l’Etat, des fonds structurels dispensés par la Commission européenne (Interreg et autres). Son président, qui est aussi celui de l’ « Association des Régions d’Europe » peut voir là sans doute une préfiguration de l’« Europe des Régions », (capitale : Bruxelles). Les « eurodistricts » transfrontaliers (pour Strasbourg, Colmar, Mulhouse avec les communes allemandes ou suisses voisines), les « eurorégions » (SarLorLux, Pamina, Alsace-Pays de Bade, Régio TriRhena), le « Conseil rhénan » (esquisse de parlement transfrontalier), tous les embryons d’institutions transnationales sont là qui n’attendent que les instruments juridiques. Il s’y ajoute les instruments culturels dont le bilinguisme français/allemand qui s’imposerait grâce à des associations ad hoc et qui joue sur l’ambiguïté consistant à faire croire, à Paris surtout, que l’allemand est la forme écrite du dialecte alsacien et que les Alsaciens sont bilingues, contre-vérités évidentes, lesquelles n’auraient pour finalité que de germaniser l’Alsace sans franciser, bien entendu, sinon de façon anecdotique, le Pays de Bade voisin.
Voici un fait symbolique des rapports franco-allemands concrets à l’aune du fédéralisme. Depuis plus de deux ans, l’Allemagne a imposé un péage (taxe LKW) aux camions sur ses autoroutes, sans concertation avec la France et sans exemption pour l’axe Bâle-Karlsruhe, l’un des plus fréquentés d’Europe pour le transport de marchandises. Pour échapper à la taxe, les camions empruntent, sans surprise, l’axe gratuit Nord-Sud de l’Alsace qui n’est que très partiellement autoroutier. Il en résulte, autour de Strasbourg notamment, une inflation massive de la circulation avec détérioration du réseau, paralysie quotidienne du trafic et accidents. A cette décision unilatérale de l’Allemagne, la France n’a opposé à ce jour qu’une gesticulation sans effet, « l’amendement Bur ». Dans le « couple » franco-allemand, ce n’est pas, au moins ici, la « parité » qui règne mais le sans-gêne.
Mesdames, Messieurs les parlementaires, on entend souvent dire que l’élection présidentielle et les élections législatives de cette année doivent tenir lieu de référendum sur l’Europe, le président de la République et les députés ayant reçu un mandat universel. Or cela n’est pas juste. Le président avait promis aux Français de ne pas leur réimposer la « Constitution européenne » ; mais il veut leur imposer par voie parlementaire le traité qui est la Constitution sans le nom. Quant aux députés, tant à l’UMP qu’au PS, leurs professions de foi ne mentionnaient pas, ou très allusivement, la question européenne. Par conséquent, c’est bien sans mandat impératif et librement que les députés comme les sénateurs auront à se prononcer sur le traité, puisque le référendum semble malheureusement écarté. Ils peuvent ainsi exercer leur droit d’amendement s’ils ne veulent pas, comme c’est hélas ! probable, le rejeter en bloc.
Ainsi, les parlementaires peuvent, à l’instar du Royaume-Uni, dispenser de l’applicabilité de la Charte des droits fondamentaux de l’UE la France, où les droits de l’homme et les relations sociales n’en ont nul besoin. Combien intéressante serait alors l’expérience qui montrerait ce que l’Allemagne attend vraiment de « l’Europe » !
Intervenant ces jours-ci sur le « blog » de V. Giscard d’Estaing, l’un de nous se vit répondre par l’ancien président que nos craintes quant à la menace de démantèlement de notre Etat nation étaient infondées, notre droit national nous en mettant à l’abri ; que tout cela avait été réfléchi par la Convention qu’il présidait, pour faire droit aux craintes de l’Espagne notamment, ou à la question des « Hongrois » de Roumanie. Hélas ! Pour ce qui est de l’Espagne, en effet, les craintes sont légitimes mais tardives : la Catalogne ou le Pays Basque n’en font plus partie que du bout des lèvres. Doit-on voir là une préfiguration du destin de l’Alsace ou de la Corse ? Pour ce qui est de la Roumanie et de ses « Hongrois », on ne craindra en effet jamais assez d’introduire, à l’exemple de cette situation, la catégorie de « minorité nationale » en France. Nous l’avons dit plus haut, la supériorité du droit de l’UE sur les droits nationaux rendrait sans portée les dispositions constitutionnelles opposées aux revendications régionalistes, autonomistes ou indépendantistes.
Il y a une autre voie pour l’avenir du continent européen et nous sommes convaincus, quel que soit le traité qui s’appliquera l’an prochain, qu’elle s’imposera un jour. Ce sera l’Europe confédérale des Etats nations préservés, des coopérations inter-étatiques et des compétences déléguées, incluant la Fédération de Russie qui contribuera à l’indépendance et à la sécurité du continent, face aux tentations allemandes et aux visées hégémoniques de la « nation primordiale » atlantique, chère au président de la République.
Mesdames, Messieurs les parlementaires, jamais depuis qu’existent en France des assemblées politiques délibérantes, le vote des vôtres, celle représentant son peuple et celle représentant ses collectivités territoriales, n’aura eu une telle importance. Dire oui au traité fédéral, c’est renoncer à la souveraineté et à l’indépendance nationales. Dire oui à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, c’est ouvrir la carrière aux forces centrifuges qui amoindriront la France. Les générations futures auront, un jour, à juger ce vote que chacun de vous fera librement et en conscience, au rendez-vous de la République et de l’Histoire de France."
Notes :
1 Frankfurter Allgemeine Zeitung, 19-3-1993.
2 Risiko Deutschland, 1995
3 Cf art. I-6 du projet de Constitution européenne : « (...) le droit adopté par les institutions de l’Union, dans l’exercice des compétences qui sont attribuées à celle-ci, prim(e) le droit des États membres. »

Lettre de de J. Kotoujansky - H. Brochart - J. Buchmann

29/08/2007

Les bourrelets du Président Sarkozy

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Les bourrelets, ce n’est pas bon pour l’image. Paris-Match, visiblement soucieux de celle du Président, les a donc gommés. « L’Express » de cette semaine (à paraître demain) révèle que « Paris-Match », dans son édition du 9 août, a fait disparaître une poignée d’amour du président Sarkozy, alors en vacances aux États-Unis. Sur le cliché original, qui provient de l’agence Reuters, on remarque un (léger) bourrelet au niveau de la taille du chef de l’État, assis dans un canoë avec son fils Louis. Sur la photo de « Match », le bourrelet a disparu, la taille est nettement plus avantageuse.

Interrogé par l’Express, Match a eu cette réponse qui ne veut strictement rien dire : « La position sur le bateau exagérait cette protubérance. En allégeant les ombres, la correction a été exagérée en photogravure. »

Il est bien loin, le temps où Paris Match publiait en une des clichés de Cecilia Sarkozy avec un autre que Nicolas. Il est vrai que cette affaire avait coûté son poste à Alain Genestar, directeur de l’hebdomadaire. Depuis, la consigne d’Arnaud Lagardère (propriétaire de Match) est claire : ne rien publier qui puisse fâcher son ami - son « frère », comme il l’appelle - Nicolas.

Article de Libération du 22 aout 2007

Petite histoire de la photo officielle de Nicolas Sarkozy Président de la République

Le magazine en ligne TVmag.com a recueilli le témoignage de Philippe Warrin, photographe de l’agence SIPA, qui est l’auteur du portrait officiel de Nicolas Sarkozy qui trônera bientôt dans toutes les mairies de la République.

Le photographe relate la séance, qui a duré vingt minutes, dans la bibliothèque de l’Élysée. Rien que de très classique a priori après l’escapade bucolique de son prédécesseur, photographié dans le jardin de l’Élysée.

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« A-t-il eu des exigences particulières ? », interroge le magazine. Et le photographe d’avouer : « Le Président voulait simplement être debout dans la bibliothèque avec le drapeau français derrière lui. Je lui ai suggéré d’ajouter le drapeau européen et il a accepté. C’est la première fois qu’un Président de la République française pose avec le drapeau européen ! »

Voilà une innovation qui sera sans doute allègrement commentée et restera comme un symbole dont les uns se réjouiront et que les autres ne manqueront pas de déplorer. On apprend ici qu’elle a tenu à peu de choses...




Article paru sur http://www.revue-republicaine.fr

23/08/2007

A quand remonte le dérèglement climatique lié à l'exploitation de la planète par l'homme ?

A quand remonte le dérèglement climatique lié à l'exploitation de la planète par l'homme ?
Autrefois les élites rendaient le peuple docile grâce à la religion. On utilisa ensuite les grandes idéologies: liberté, communisme, libéralisme... Tous ces procédés étant éventés, que leur reste-t-il ?
Les grandes peurs écologiques ont l'avantage, comme tous les grands mensonges, de reposer sur des parcelles de vérité; mais aussi de culpabiliser toute personne profitant du progrès technique, donc à peu près tous les occidentaux.
Quelques souvenirs de Lorraine :

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1312 La Meuse déborde à Verdun. On secoure les bourgeois de la ville basse en barque [11].
1314 On ressent un tremblement de terre en Lorraine; il est accompagné de pluies torrentielles, de tempêtes qui déracinent les arbres et renversent les maisons [11].
1316 "En laquelle année, et aussy l'année devant, furent les grandes pluyes par toutte France, lesquelles continuerent par l'espace de deux ans : pour laquelle chose fut si grant chier temps que, à celle cause, y eult grant peuple et grant bestial qui moururent" [16].
1399 Le 5 Avril, les eaux de la Moselle montent tant que "estoient si grandes, les yawes (eaux) au champ Naimmeray qu'elles montoient aux baisles des murs de la cité, par dessus les cresnaux". Les eaux entrent par la porte Mazelle [11].
1421 Innondation à Metz; Du 4 au 13 Décembre, l'eau entre dans la ville basse par dessus les murs de la ville [11].
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1434 L'hivers commence le 4 décembre par quantité de neige. La gelée dure trois mois trois jours. L'eau qui découle des linges mouillés placés devant le feu pour sécher gèle en tombant; les charettes traversent la Moselle sur la glace près de Metz. Quantité d'oiseaux et de bêtes sauvages périrent [11].
1442 Du 25 Novembre au 5 janvier, la couche de neige atteind 3 pieds d'épaisseur à certains endroits, et 6 pieds d'épaisseur à d'autre endroits [11].
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1458 Il ne pleut presque pas d'Avril à la mi-Octobre.
1469 "Moult grand hivers et moult froid qui dura 19 sepmaines, jusqu'à la première sepmaine de maye" [11].
1471 A la Madelaine, les raisins sont mûrs entre le 22 et le 31 Juillet [11].
1473 A la Saint Pierre, les raisins sont mûrs le 8 Juillet [11].
1476 "La chaleur fut si grande qu'on ne pouvait durer; certains prés ressemblaient à des terres labourables" [11].
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1480 L'eau gèle dans les puits, le vin dans les celliers, les arbres se fendent dans les vergers. Il a fallu couper les vignes sur pied.
1482 A la Saint Pierre, on vend des raisins mûrs le 2 Juillet sur la place de Metz [11].
1483 Des raisins mûrs sont vendus au marché le 21 Juin [11].
1490 La neige ne cesse de tomber de la Toussaint au 30 Janvier. Cet hivers porte le nom d'hivers des grandes neiges. Les loups et autres bêtes sauvages viennent jusque dans Metz. A la fonte des neiges, et à la déblacle des glaces, il y eut de nombreux sinistes; à Pont-à-Mousson, quantité de maisons écroulées [11].
1493 Chaleur extrème en Juillet et en Aout [11]. La sécheresse est telle qu'à Metz, la Moselle n'est plus qu'un ruisseau.
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1498 Au 15 Mai, les raisons sont en fleurs. Des grappes sont même cueillis le 17 Juin [11].
1501 Des pluies presque continuelles, qui commencent à tomber en Novembre 1500, et se prolongent jusqu'à la fin 1501, produit une grande famine. Le resal de blé atteind la somme de 10 livres, et la queue de vin, d'ordinaire à douze sous onze deniers, se vend jusqu'à quatre livres cinq sols huit deniers [13].
1514 Il n'y eu ni pluie ni rosée du 12 Février au 12 Mai [11].
1516 Eté très chaud d'avril à Octobre : jamais on ne vit les rivières si basses [11].
1524 L'année du "Grand desluge". Au commencement de Janvier, les eaux passent par dessus les murs de Metz. Dégâts immenses à Pont-à-Mousson, Saint-Nicolas, Varangéville, Thionville et Sierck. Les rivières furent si grandes " qu'on ne les avoit jamais vues si hors des rives" [11].
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1540 Année dite "chaude année", la moisson se fait le 15 Juin, et les vendanges en Aout.
1607 L'hivers est surnommé "Le Grand Hivers", qui dure 2 mois et pendant lesquels quantité de personnes et d'animaux périssent [11].
1615 Le 5 Juin, "grêlons prodigieusement gros, larges comme de petites assietes, ceps de vignes et grosses branches d'arbres coupés, toits de maisons enfoncés, porcs et autres animaux tués" [11].
1631 Le 24 Décembre, "En ceste saison la Mozelle estoit sy débordée qu'il falloit, grande brigée (bruit), prendre la royne et aussi son bagage a Longeville, et en chemin, l'eau estoit toute au large" (arrivée de la reine à Metz) [15].
1634 "Cest année fut aussy debordée la rivière de Muzelle (Moselle), le jour de la Madellaine, dont oultre le Pont au Loup (bâti en avant du Pont-des-Morts en 1445 et détruit en 1750) on ny sceut passé, deux deniers il fallait payer au bastelier. Trois jours et trois nuits il tomba sy grand pluye, que tous, grands et petits, se trouvoient bien esmenée. Cest oraige ny fit bien que tout grand arrieraige, tant en vignes comme en bledz et aussi en herbaige" [15].
1635 Le 8 Janvier "En la Muzelle un grand inondation deau y survint venant des neiges; les glaces descendant sy effroyable quen cen ans on n'en avoit vu la semblable. Drès la Vosges et aussy Liverdun tous glassons sestoient tout mis en ung, sen vindrent devallé comme une armée en fille (à la file) entre pont de Mollin et aussy de Longeville. (...) Ilecq ils s'assemblèrent tourtous en un monceaulx, par foy en vérité, bien cinq cent mil tumreaulx (tombereaux) estant tout lun sur lautre comme on Metz des gassons sans bord ny menty de la hauteur du pont (...) Alors enthièrement lespace de trois semaines chars ny haulte charette ny aussi leur domaine ny purent charier au Loup dessus le pont falloit prendre le detour proche maison Dorron." [15].
1644 Le 24 Avril "tomba du ciel du feu comme une comette à heure de neuf heures du soir. En sortant de l'air elle donna telle clairté aux gens qui estoient encoure assis devant leurs logis entre nuit et jour qu'ilz en prindrent telle épouvante qu'ils se retirèrent en leurs logis (...) Le monde disoit que c'estoit quelque présaige de malheur, ce qui fut vray (...)" [15].
Le 2 Mai, "il tomba de l'air un bruict de verglace au travers des montaignes et collines qui s'épencha sur les vignes d'alentour, de telle sorte que l'épaisseur de la glace estoit sur le feuillage qui estoit vert, la hauteur d'un dos de cousteau. Il gela en neige drès le 28 Avril jusqu'au 13 Mai (...) la neige estoit en aulcune contrée à la hauteur d'un pied, la glace qu'on ne la pouvoit briser (...) C'estoit la plus grande pitié que l'on vist jamais" [15].
Après la Saint Jean :"Il vint une telle véhémente chaleur qu'on ne pouvoit durer ès champs ny en vignes, et plusieurs gens moururent au milieu des champs et aultres lieux de ceste chaleur (...) Enfin il faisoit si extrêmenent chaud que l'ont ne sceut ouwrer que le matin et à vespres, sy ce nestoit les pauvres gens qui leur estoit force" [15].
1646 "En ceste année y fut peu de cerises, encore furent elles la moitié gastées de la chaleur qu'il y faisoit. On a commença la moisson quinze jours après la saint Jean, il se fist une telle chaleur et sy véhémente qu'il y avoit plus de vingt ant qu'il n'avoit faict. Fut neuf sepmaines enthières, sçans pleuvoir qu'une petite bruine qui survint une seule fois, tellement que plusieurs moururnt de ceste chaleur au moisonner et en la vigne, tesmoin un pauvre jeune homme, nommé de Molin, qui estoit soldatz, qui mourut à Tury ès champs et une filles de Lessy qui mourut en ouvré de la vigne nommé Briate Bouvier et bien d'aultres di costé du Sablon" [15].
1649 "Il sy fit un sy maulvais tempts que l'hyver commença dès la vendange 1648 l'an passé. Il ne cessa de geler et de faire froyd, jusqu'à la mitte du moys de may 1649, tellement que la trois partie des semences des bledz des champs furent déracinés et perdu. C'estoit grande pitié à voir cela, au moy de may on ne voyait rien de vert ès champs" [15].
1709 Un hivers terrible débute le 5 Janvier. Le 15, les rivières sont gelées sur 2 pieds et demi d'épaisseur. Arbres fendus, blés perdus. Sur le parvis de la cathédrale de Metz, on trouve plus de 200 chauves souris. Le froid dure 6 à 8 semaines. Les horloges ne fonctionnent plus, quantité de personnes furent gelées sur les routes, de cerfs et de sangliers dans les forêts, de pigeons dans les colombiers.
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1719 L'été est si chaud que la terre desséchée est comme de la cendre, les grains brûlent sur pied, le vent dessèche tout [11].
1740 Les 16 et 17 Octobre tous les cours d'eau montent à une hauteur extraordinaire. A Mirecourt, les eaux montent à plus de 10 pieds dans la rue Basse, à Neufchâteau, jusqu'aux chambres du 1er étage. Le 21 Décembre la moitié de la ville de Verdun est submergée. A Metz, la Moselle monte jusqu'à 15 ou 16 pieds dans la partie basse de la rue du Champé [11].
1757 Sécheresse extrème en Juillet, qui crevasse profondément la terre, fait tomber les feuilles des arbres comme en Automne, dessèche les raisins et ruine la vendange [11].
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1765 On relève +40°C [11].
1766 Le 10 Janvier, on relève 10°. La neige tombe jusqu'à fin Mars. Des innondations ont lieu en Juillet.
Température minimum : -10°C le 10 Janvier, Température maximum : +24°C le 9 Juillet [2].
1767 Du 6 au 22 Janvier, froid rigoureux et neige abondante. Plusieurs rivières sont gelées à fond, et la chaleur ne revient qu'en Mai; elle est extrême jusqu'en Septembre. Innondation en Juin, Octobre et Novembre [2].
On relève +39°C les 25 Juin, 20 Juillet, 9, 10, 14 Août. Certainement l'un des étés les plus chaud du siècle, car Mai et Septembre furent également chauds [11].
1771 "L'intempérie des saisons nuisit encore plus aux récoltes que l'année précédente; elle occasionna une grande misère et des maladies putrides" [2].
1772 "Il y eut de fréquentes innondations pendant l'hivers, les maladies putrides continuèrent leurs ravages. Récoltes précoces et abondantes" [2].
1773 Vignes gelées le 7 Mai, et de la neige et de la grêle quelques jours après [2].
On relève +39°C.
1775 La fin de l'hivers fut remarquable par des ouragans et des innondations très rare dans cette saison. Il neige le 20 Mai, d'une épaisseur d'un demi pied.
Température le 10 Juillet à 1 heure de l'après-midi : + 28,5°C [2].
1776 Froid et rigoureux pendant la dernière quinzaine de Janvier. La quantité énorme de souris et sauterelles dans les prairies empêche la "recrue de la deuxième herbe". On relève - 18 °C le 1er Février à 7h et demi du matin [2].
1778 Durant la nuit du 25 au 26 Octobre, une "innondation prodigieuse fit un dégât énorme dans toute la Lorraine" [2].
1779 "Le 30 Juillet il tomba à Nancy un grêle dont les moindres grains étoient de la grosseur d'une noix, et beaucoup de celle d'un oeuf. Le même jour, une trombe s'éleva près de la Moselle sous la forme d'une haute tour noire, du sommet de laquelle sortoit un feu sombre; elle passa la rivière à Bayon, emporta les toitures d'un village à deux lieues de là, déracina de gros arbres sur sa route, et disparut après avoir desséché une grosse mare" [2].
1782 "La température fut généralement très-mal-saine cette année". Un printemps très orageux et un été humide occasionnent beaucoup de maladies et firent périr les blés sur pied. Les autres grains, les pommes de terre et les fruits furent aussi très rares [2].
1783 "L'horizon, depuis le 11 Juin jusqu'à la fin Aout, parut constamment couvert d'un brouillard très sec, qui s'élevoit peu dans l'admosphère, mais que les grands vents ne dissipoient pas .Il ne permettoit pas de fixer le soleil, et lui donnoit une couleur de sang. Les fièvres intermittantes fut presque générales (...) La terre étoit si peu échauffée, que les gelées ont commencé dès le mois d'Octobre." On compte 67 jours de gelée [2].
1784 "Depuis le 27 Décembre jusqu'au 27 Février,La terre a été couverte de neige à une épaisseur de 15 pouces et demi (...) Les routes étoient impraticables, même pour les voitures (...) aussi l'hivers a été très rigoureux; et la gelée a duré sans intervalle depuis le 3 Janvier jusqu'au 22 février, s'est prolongée jusqu'à la fin mars et au commencement d'avril. Le printemps a été très froid pour la première partie et très chaud pour la seconde. Il n'y a presque pas eu de foin à cause de la sécheresse des vingts premiers jours de mai (...) Les pluies ont été si abondantes, qu'elles ont refroidient l'air au point qu'il a gelé les 10 et 11 Août (...) Les gelées du 16 et 17 Octobre dépouillèrent les arbres de leurs feuilles. La neige commença à tomber le 26 de ce mois, et elle couvrit la terre depuis le 11 Décembre jusqu'au 11 Janvier." On relève -18 °C le 31 Décembre. On compte 110 jours de gelée, et 127 jours de pluie ou de neige [2].
Dans les vosges, Mr Thiriat, de Gerarmer raconte : "Les rochers, les arbres et un grand nombre de maisons furent enfouis. On fut obligé de pratiquer des tunnels, des ouvertures vis-à-vis des portes et des fenètres. Les pauvres gens ne pouvait qu'élaguaient la cime des arbres dans les bois. On raconte qu'un bûcheron habitait au milieu du bois de Sapé. Ne retrouvant pas sa maison, tout à coup la neige lui manqua sous les pieds, et il tomba dans la cuisine par la cheminée, où sa femme était occupée à cuire des beignets". Il est évident que cette annecdote ne se raconte que pour illustrer la grande quantité de neige tombée cette année là [11].
1786 La neige recouvre le sol du 3 au 16 Mars, et réapparait du 27 au 30. Il aurait gelée les 6, 7 et 9 Juillet [2].
1788 Neige du 21 Novembre au 20 Janvier. On relève - 19°C le 31 Décembre [2].
1816 Année dite de "la Mauvaise année". L'été fut excessivement pluvieux : 90 jours de pluie sur 115 journées d'été. Du 21 au 26 Août, boruillard et gelées blanches. Le 2 septembre, arrive une giboulée de grésil et de neige. Le lendemain, les blés, qui n'avaient pu être moissonés, couchés et plein d'herbe, sont recouverts de neige. Le blé vieux se vend 80 francs/hl, et l'année suivante, 120 à 125 francs/resal. On se nourrit de pain d'orge, d'avoine, d'herbe, d'écorce. Quantité de gens meurent de faim [11].
1838 Année douce et pluvieuse. (hormis le 1er Janvier ou la Meurthe gèle sur 8 à 13 centimètres d'épaisseur).
Le 29 Janvier, les lilas sont en boutons, en décembre, les roses et les violettes fleurissent, les abricotiers sont en feuilles [13].
1841 On compte 197 jours de pluie et 30 jours de neige [11].
1867 Période de froid entre le 18 et le 25 Mai. La neige tombe le 24 [11].
1879 L'hivers le plus longs et le plus rigoureux du siècle. Il débute le 4 Décembre par un ouragan de neige. Celle-ci continue de tomber les 5 et 6. Le 7, la température descend à - 24°C en moyenne en plaine, -29 °C près Toul, -35 °C dans les Vosges. Le froid dure encore un mois avec des température nocturnes à -15 °C.
1921 Un été caniculaire s'abat sur la Lorraine. Le thermomètre monte jusqu'à + 36,5° C le 28 août à Metz, tandis que le déficit de pluie atteint des records. La chaleur soutenue entraîne une maturité exceptionnelle de certains fruits tel les raisins, alors que les noisettes sont déjà bien mûres. Toutefois, début août, les mirabelles se font rares et, comme la terre des jardins des maraîchers est brûlée, les légumes « ont pour ainsi dire disparu. Un pied de salade très dure se paie à des prix inconnus. On n'arrive presque plus à obtenir le bouquet nécessaire au pot-au-feu », peut-on lire dans les comptes-rendus de l'époque. Et si les moissons sont en avance de « bien trois semaines », les récoltes s'annoncent faibles ; Les prés, pâturages et parcs sont « grillés » comme les arbres qui « se laissent déplumer » par le vent brûlant.
1929 En Février,la température descend à -19,7°C à Metz. On compte 28 jours de gelée.
1942 Nouveau record de froid à Metz avec à -21,6° C le 2 février à Metz. La Moselle, totalement gelée, charriait des blocs de glace.
1947 L'été exceptionnellement sec et chaud, le début de l'hiver est plutôt humide. Depuis le 20 décembre, des trombes d'eau s'abattent sur la Lorraine, les massifs vosgiens se couvrent d'une épaisse couche de neige. Le 28 décembre, redoux soudain (15° à Metz), accompagné de nouvelles pluies. La Meurthe sort de son lit, suivie de la Moselle et de la Meuse. La ligne de chemin de fer entre Nancy et Mirecourt s'affaisse, la gare de Nancy-Saint-Georges est submergée. Le canal de la Marne au Rhin et la Meurthe se rejoignent, entraînant tout sur leur passage. Le mardi 30, l'eau recouvre les marches de la cathédrale de Nancy. Tomblaine, Saint-Max, Malzéville, Maxéville ne sont plus que des îlots. De Xonrupt à Senones, tous les ponts sont emportés. A Metz l'île Saint-Symphorien est totalement inondée ; le théâtre et la préfecture sont isolés. On circule à bord de barques. Les deux grandes villes lorraines sont alors privées de toute communication avec l'extérieur. Les maisons et les ponts s'effondrent. La Moselle atteint 8,90 m au pont des Morts à Metz. Le 31 décembre, la décrue commence à Lunéville et à Nancy (le 1er janvier à Metz), mais dans le bassin thionvillois, l'eau noie encore les hauts-fourneaux. Le bilan se solde par une douzaine de victimes et par plusieurs milliards de francs de l'époque de dégâts divers.
1949 Le 7 avril, à Metz, le vent de nord-ouest atteint 144 km/h puis, Le 17 Décembre, le vent souffle toujours de la même direction, à 180 km/h.
1955 Le 16 Janvier, on enregistre des vents à 144 km/h à Metz.
1956 Au cours de 25 jours de gel consécutifs, la Lorraine a battu des records de froid : -23,2 ° à Metz, -24,8° à Nancy et -32° à Sarreguemines ! Le prix des choux et des poireaux a doublé et le 11 février au matin, par -14°, un seul maraîcher s'est risqué à installer son étal sur le marché de la place Saint-Jacques à Metz. Le ramassage et la distribution du lait sont perturbés, car le précieux liquide gèle dans les bidons. Quant aux épiciers, ils doivent renoncer à stocker les bouteilles d'eau et même de vin dans leur cave, car elles éclatent sous l'effet du gel ! Cet abominable hiver, qui se prolongea jusqu'à la fin du mois de février, eut aussi des conséquences sur les récoltes ultérieures : le début de la vague de froid ayant précédé les chutes de neige, toutes les céréales furent gelées.
1967 Le 25 Mai, le vent souffle à 158 km/h à Ochey.
1984 Le 11 Juillet, Durant 20 mn, des vents soufflent de 170 à 240 km/h sur 1 à 10 km de large. Le toit de 200 maisons et hangars sont arrachés, 1 millions de m3 de bois abattu dans les Vosges. Dans le pays-haut, 37 000 m3 de bois sont à terre. Un millier de personnes sont sans abri.
1964 Il a fait + 38° C le 17 juillet à Champenoux près de Nancy.
1998 Record absolu de chaleur en Lorraine. Le 11 août à Metz, il a fait + 38,7° C.


Toutes ces informations proviennent du site http://www.villages-lorraine.com/Divers/climat.html

10/08/2007

Mme Royal a la mémoire qui flanche.

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De Mordicus, mars 2007

Ca aide la mémoire qui flanche

« Douée esthétiquement et intellectuellement, madame Royal se révèle une piètre ménagère car elle ne sait pas balayer devant sa porte, selon une expression populaire tout à fait significative.

Avec ses acolytes, Le Guen, Richard, Rocard, elle s’en prend avec véhémence à la « gestion scandaleuse depuis cinq ans du dossier EADS/AIRBUS ». Elle-même et ces personnalités ont la mémoire courte lorsque cela les arrange (d’autant que l’électeur a encore une plus grand faculté d’oubli).

Qui a décidé de démanteler la prestigieuse Aérospatiale, société nationale fournissant à la France une importante fraction de ses armes, aux bureaux d’études héritiers de ceux qui, sous la IVème République et aux débuts de la Vème avaient hissé la France aérospatiale au 3ème rang mondial ? Qui, sinon le gouvernement de M. Jospin, celui-ci aujourd’hui membre de l’équipe Royal.
Qui a cédé généreusement 31.45 % de la future entreprise Matra-Aérospatiale à J.L. Lagardère, préparant ainsi la privatisation de l’Aérospatiale bradée au secteur public et aux capitaux étrangers ? Le gouvernement de
M. Jospin. Aujourd’hui, madame Royal s’attaque au groupe Lagardère « si proche du pouvoir (celui du gouvernement socialiste ?) qui s’est opportunément désengagé quelques semaines avant l’annonce des retards de l’A. 320 (mais non madame, de l’A 380) ». Mais ce sont ses amis qui l’ont abusivement, transformé en principal dirigeant de l’ensemble EADS-AIRBUS.

Qui a souscrit à un montage politico-industriel aussi absurde que celui d’EADS, à la direction bicéphale aux intérêts nationaux divergents, à la hiérarchie interne compliquée par des conceptions techniques différentes, conséquences du cloisonnement national séculaire ? Qui n’a pas compris ce que devait être une entreprise industrielle et commerciale affrontant la concurrence internationale avec un patron, une équipe, une doctrine ? Messieurs Jospin et Strauss-Kahn confondant politique et industrie pour créer un monstre qui ne pouvait qu’aboutir à « la catastrophe et au scandale » que dénoncent aujourd’hui M. Jean-Marie Le Guen et aussi M. Rocard soulignant le « désastre financier »
« L’Etat peut faire et doit faire, la puissance publique doit assumer ses responsabilités… »  déclame madame Royal. Mais qui ne les a pas assumées en se déchargeant de l’Aérospatiale au profit du secteur public sinon le gouvernement de M. Jospin ?

« Avec moi l’Etat sera fort, juste à sa place », insiste la candidate. Mais comment la France peut-elle bénéficier d’un Etat fort après que son maître à penser, François Mitterrand lui eut infligé le traité de Maastricht et les abandons de souveraineté qu’il implique ?

Selon le Nouvel Observateur (du 21 octobre 1999) publication dont madame Royal ne peut nier la compétence, M. Lionel Jospin (en créant EADS) a mis sur pied… « un outil puissant de la contraction d’une Europe forte, solidaire et maîtrisant pleinement son avenir » et Airy Routier, le signataire de l’article d’ajouter : « le Premier ministre a insisté sur le « caractère équilibré de l’actionnariat stable et de long terme du nouveau groupe ». Et il précise « Victoire de l’Europe ? Nul ne peut en douter ».

Outil puissant de la construction d’une Europe forte et solidaire ? L’ « outil puissant » est en état de faiblesse, l’Europe n’a pas été solidaire mais source de division et d’échec. Belle prospective.

Et belle réussite pour la France que de « transformer l’entreprise publique Aérospatiale en une société franco-allemande, société au nom anglais logée à Amsterdam ». C’est ce qu’acceptèrent MM. Jospin et Strauss-Kahn celui-ci ayant reçu la mission de négocier avec les Allemands la capitulation française.
En 1999, ainsi qu’on l’a vu, le Premier ministre avait proclamé « le caractère équilibré de l’actionnariat stable et de long terme ». En fait de stabilité, à la fois Lagardère et DaimlerChrysler réduisent leur participation, la Grande-Bretagne se retire du capital, si bien que « l’actionnariat n’a été ni stable ni de long terme ». C’était un peu osé de la part de MM. Jospin et Strauss-Kahn que de fonder le succès d’une entreprise scientifico-technique sur un groupe  de presse français et une firme germano-américaine d’automobile. Et le pari a été perdu. Aux contribuables de remédier à ce désastreux gâchis et aux candidats à la présidentielle de profiter de l’aubaine en multipliant les déclarations démagogiques et les apparitions à la télévision afin de quêter des voix. Mais le mal est fait. Aux contribuables de panser la plaie.

En vingt-cinq ans la France a perdu – définitivement – la place éminente qu’elle occupait dans le domaine aérospatial. La stupide politique du tandem Mitterrand-Hernu visant la réalisation d’un avion de « combat européen » a abouti aux succès commerciaux d’un appareil anglo-allemand, l’Eurofighter et à la généralisation en Europe d’avions américains F 16 et F 35 et cela pour la durée du siècle. Au détriment des études et de la production françaises qui avaient gagné plus de la moitié du marché mondial, avec une trentaine de pays acquéreurs. Quelque 3000 techniciens de haut niveau, près de 200.000 spécialistes qui en vivaient ont dû en venir à de pénibles reconversions…
Mais, après tout, les Français, qui en ont vu d’autres, s’accommodent du choix politique qu’ils ont fait. Ils sont prêts, d’ailleurs, à en faire, à nouveau, d’aussi malheureux.

Jaloux, voici cinq siècles, Charles Quint disait déjà : « Aucun pays n’a plus fait pour son malheur que la France et, pourtant, tout lui a tourné à bonheur ».

 A condition de ne point lasser le bonheur. »

Lettre de Pierre Marie Gallois publié sur le site "les Manant du Roi" 

 

07/08/2007

Mondialisation, islam et enjeux stratégiques pour la France.

Article tiré des ouvrages de Pierre Marie Gallois

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1 Paradoxalement, le libéralisme anglo-saxon rivalise avec l'ex-internationale marxiste-léniniste dans la mesure où il a pour objectif l'affaiblissement des États, la suppression des frontières, l'effacement des particularismes nationaux en vue d'élargir au maximum l'étendue du marché, l'économie remplaçant, par ses exigences, l'idéologie, et les profits d'une minorité, la répartition générale des produits du travail.

Ce n'est plus l'objectif social et politique qui est visé mais la réussite financière de l'entreprise, celle-ci se substituant au « parti » et à son rayonnement international. La souveraineté des États-nations veillant au mieux-être de leurs populations respectives est, évidemment, un obstacle à la généralisation de cette forme agressive du libéralisme. Elle n'a que faire des intérêts nationaux.
Devoir de vérité, p. 31

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2
La maîtrise du marché mondial - à des fins plus politiques, d'ailleurs, qu'économiques - est un objectif lointain, mais évident de la politique des États-Unis. Ce grand dessein implique la fin des particularismes économiques et sociaux formés au cours des siècles dans le cadre général de la nation, selon la volonté des hommes et la nécessité de vivre ensemble, sous les mêmes lois, sur un territoire souvent délimité par la nature. « Une grande agrégation d'hommes [...] crée une conscience morale qui s'appelle une nation », a écrit Ernest Renan.

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La mondialisation de la connaissance a imposé à l'État-nation, entre autres missions, de créer pour ses ressortissants les conditions d'un « mieux-vivre » progressif, rapprochant la sienne des quelques sociétés où les citoyens vivent libres et prospères. Jusqu'à ces derniers temps la pratique de la démocratie n'avait pas été entravée par cette forme de structure politique et sociale. Bien au contraire l'État-nation avait été à l'origine de la démocratie et il en demeurait le gardien. Rassemblant les ressources nationales pour les répartir au profit de tous les siens, il protégeait leurs activités à ses frontières, qu'elles soient militaires ou, s'il arrive que leur intérêt le commande, économiques.

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Vue par ses bénéficiaires, la mondialisation n'admet pas de se heurter à de tels obstacles et, s'en prenant à l'État-nation, elle s'attaque à la souveraineté populaire. Ses partisans substitueraient volontiers aux États-nations - déclarés d'un autre âge - des territoires de consommateurs dociles, ne produisant que pour être en mesure de se porter acquéreurs. Aussi l'État est-il vilipendé. Son omnipotence lui est reprochée dans le même temps que ses carences. Et aussi ses limitations et son coût, ses empiétements et ses défaillances.
Ibidem, p. 35-36

3
Passant en revue les causes du dépeuplement de la France Solène Doucet mentionne, à juste titre, l' allongement de la durée des études, la chute du nombre des mariages et l'instabilité qui en résulte, les naissances hors mariage limitées par la précarité du couple, et la légalisation de l'avortement, probablement plusieurs centaines de milliers par an, l'ensemble amenuisant la descendance. Si depuis 1975, les femmes ont acquis 3 millions d'emplois, les hommes en perdant 1 million, en revanche, le taux d'activité des femmes passe de 75 % à moins de 40 % lorsqu'elles ont chacune deux à trois enfants à charge, estime Béatrice Majnoni d'Intignano. La collectivité nationale - dans la mesure où elle existe encore - n'a rien à gagner à une pareille généralisation du travail à temps partiel. Les femmes au travail non plus, si bien que s'impose l'impasse aux naissances.

L'intervention de l'État, ou plutôt sa non-intervention, accélère le dépeuplement national. C'est ainsi qu'à des fins électorales, afin de « ratisser large », selon une expression couramment utilisée, la part des allocations accordées sous conditions de ressources - donc indépendamment des enfants à charge - qui était de 13,6 % en 1970 est passée à 66,5 % en 1998. En 1976, la part des prestations familiales qui était de 2 % du PIB est tombée à 1,4 % vingt ans plus tard.
Ibidem, p. 45-46

4
En 1997, Paul Lambert publia un ouvrage magistral sur l'immigration en France. Il était politiquement non conforme, c'est pourquoi les médias se gardèrent d'inciter les Français à en prendre connaissance. Pourtant, l'auteur exposait à la fois les causes et les conséquences de l'immigration massive et proposait des mesures capables d'y mettre un terme, dans l'intérêt de la France mais aussi à l'avantage des pays d'origine des migrants.

En Vème République dévoyée, les propositions de Paul Lambert ne pouvaient être prises en considération. C'eût été aller à l'encontre du dessein des « élites politiques » du pays cherchant à accélérer le déclin de la nation afin d'en faire une région, éventuellement elle-même morcelée, de l'Europe politique.
Le coût des mesures sociales que nécessite l'immigration et celui du chômage qui en résulte, ajouté aux charges créées par le vieillissement de la population, absorbent une part importante des ressources de la nation, réduisant d'autant celles qu'elle aurait dû consacrer au développement scientifique, industriel, commercial, la préparant ainsi à devenir une région.
Ibidem, p. 101-102

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6
Divers, divisés, souvent opposés les uns aux autres, avant tout soucieux de défendre leurs intérêts individuels, les pays musulmans n'en ont pas moins une doctrine commune, confessionnelle, dans une certaine mesure plus déterminante que ne l'avait été, naguère, la chrétienté. Cette doctrine récemment (en 1970), Alija Izetbegovic, futur président de Bosnie-Herzégovine, l'avait définie dans sa Déclaration islamique :

La plus brève définition de l'ordre islamique le définit comme l'unité de la foi et de la loi... Le Musulman n'existe pas en tant qu'individu. S'il veut vivre et demeurer musulman il doit créer un milieu, une communauté, un ordre. Il doit transformer le Monde, ou alors c'est lui-même qui sera transformé. L'Islam est une croyance et en même temps une philosophie, une éthique, un Ordre des choses, un style, une atmosphère. En un mot, une manière de vivre intégrale.

L'ordre islamique, c'est l'unité de la croyance et de la politique. D'où des conclusions importantes. La première est sans doute l'impossibilité du lien entre l' Islam et d'autres systèmes non islamiques. Il n'y a pas de paix, ni de coexistence entre la religion islamique et les institutions sociales et politiques non islamiques... L'Islam exclut clairement le droit et la possibilité de la mise en œuvre d'une idéologie étrangère sur son territoire. Il n'y a donc pas de principe de gouvernement laïque et l'État doit être l'expression et le soutien des concepts moraux de la religion.

Nous ne commencerons pas par la conquête du pouvoir mais par la conquête des hommes [...] nous devons être, tout d'abord, des prédicateurs et, ensuite, des soldats... Le mouvement islamique doit, et peut prendre le pouvoir dès qu'il est numériquement assez fort pour qu'il puisse non seulement détruire le pouvoir non islamique existant mais aussi être en mesure de construire ce nouveau pouvoir islamique.

Article tiré du site: denistouretne

L'esprit critique menacé !

Renaud Camus, Michel Houellebecq, Oriana Fallaci, Edgar Morin, Olivier Pétré-Grenouilleau, Max Gallo, Elisabeth Lévy, Paul Nahon, Alain Finkielkraut, etc., la liste devient longue et inquiétante des journalistes, écrivains, universitaires et intellectuels poursuivis ou menacés de poursuites pénales par des associations vindicatives et sectaires pratiquant l’intimidation judiciaire soit pour faire taire toute opposition à leur cause, soit tout simplement pour interdire à l’avance le moindre débat sur leur conception particulière de l’amitié entre les peuples.

Ces lobbies, que l’écrivain Philippe Muray qualifie, à juste titre, de "groupes d’oppression", défendent le plus souvent un communautarisme narcissique dégénérant en paranoïa identitaire et victimaire, et prétendent détecter des atteintes à leur dignité à tous les coins de rue. Le terrorisme de ces croisés de l’hygiénisme mental consiste désormais à qualifier de "phobie" (homophobie, lesbophobie, handiphobie, islamophobie, judéophobie, mélanophobie, etc.) toute expression d’une opinion contraire à leurs prétentions ou revendications. Une phobie étant l’expression d’un trouble mental, on comprend bien qu’il s’agit de traiter le dissident en malade, dont l’accompagnement psychiatrique devrait sans doute être recommandé, en parallèle à la répression pénale.

Cette situation ridicule est indigne d’une démocratie libérale, et donne de la France l’image d’un pays immature dérivant dramatiquement vers la mise sous tutelle judiciaire de l’intelligence et de l’esprit critique, où le sectarisme conduit les mêmes à vouloir expédier un philosophe en prison et distraire de la justice un terroriste italien ou des incendiaires de banlieue.

La responsabilité première de cette dérive incombe aux gouvernements successifs, de gauche comme de droite, qui, par lâcheté, complaisance, clientélisme et aliénation aux oukases médiatiques, ont multiplié à l’infini ce qu’il faut bien appeler les délits d’opinion. Le législateur français semble ainsi avoir oublié que "la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme" (article 11 de la Déclaration de 1789) et que "la liberté d’expression vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l’Etat ou une fraction de la population" (arrêt Handyside, Cour européenne des droits de l’homme, 1976). Mais non content d’avoir restauré la censure, ce même législateur a décuplé son efficacité en permettant systématiquement à des associations se proposant, par leurs statuts, de lutter contre le fléau de la mal-pensance, de porter plainte contre les dissidents.


Politiquement incorrect

Cette tendance lourde du législateur français, ajoutée à sa propension parallèle à décréter des vérités officielles (reconnaissance à portée rétroactive de génocides ou de crimes contre l’humanité, prescriptions de contenus pédagogiques à caractère idéologique ou moralisateur, logorrhée normative à vocation compassionnelle, etc.), soulève de très sérieuses questions mettant en cause nos principes constitutionnels. Outre leur caractère liberticide, plusieurs fois dénoncé par la Commission nationale consultative des droits de l’homme, ces dispositifs aboutissent à une véritable privatisation de l’action publique, la politique pénale se trouvant ainsi quasiment déléguée à des associations corporatistes, au mépris des principes républicains.

C’est aussi le principe d’égalité et d’universalité des droits, qui est remis en cause par la multiplication de groupes de personnes faisant l’objet de protections juridiques spécifiques. Le Conseil constitutionnel a jugé, en 1999, au sujet de la Charte européenne des langues minoritaires et régionales, que la reconnaissance de groupes était incompatible avec l’universalisme de la Constitution française. Mais le politiquement correct, qui préside à l’adoption de ces législations pénales catégorielles, dissuade les parlementaires de l’opposition comme ceux de la majorité de les déférer au Conseil. En outre, la sélection opérée par les associations entre les personnes qu’elles décident de poursuivre et celles qu’elles préfèrent ignorer crée évidemment une rupture arbitraire de l’égalité des citoyens devant la loi. Enfin, la définition vaseuse des incriminations, par le code pénal, laisse une large place à l’appréciation subjective des juges auxquels le pouvoir politique abandonne ainsi lâchement nos libertés.

Il devient urgent que nos gouvernants et représentants politiques, et notamment ceux qui prétendent se réclamer de la droite "libérale" ou de la gauche "libertaire", se ressaisissent et prennent conscience de la gravité des atteintes aux libertés fondamentales, qu’ils ont contribué à introduire au pays de Voltaire et de Zola. Une remise à plat de l’arsenal répressif accumulé depuis la loi Pleven de 1972 et un retour aux principes initiaux et libéraux de la loi de 1881 sur la presse, doi[ven]t être envisagé[s]. Il en va de la crédibilité de la France sur la scène internationale : comment pourrions-nous donner des leçons à la Turquie ou à la Chine, en matière de droits de l’homme, si nous laissons envoyer nos journalistes et nos intellectuels en correctionnelle ?

Qu’on ne nous rétorque surtout pas que cet arsenal serait nécessaire pour enrayer la montée en puissance de partis extrémistes. L’expérience a parfaitement montré la vanité et les effets pervers de ce type de législation. La liberté d’expression, étouffée dans le prétoire, se venge plus tard dans l’isoloir.


© Anne-Marie Le Pourhiet * publié le 02 12 2005 sur debriefing.org

31/07/2007

Université : un coup d’épée dans l’eau


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Dans un colloque tenu au Conseil constitutionnel en 2006, en présence de plusieurs parlementaires dont Mme Valérie Pécresse, les juristes unanimes avaient dénoncé la malfaçon législative résultant du triomphe de la communication politicienne sur la prise en compte de l’intérêt général. Le projet de loi réformant l’université n’échappe malheureusement pas à ce travers et la qualité de la recherche et de l’enseignement supérieur est encore sacrifiée sur l’autel de la « démocratie d’opinion ».

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On nous avait annoncé la « rupture » qui devait enfin permettre à l’Université française d’enrayer la dégringolade vertigineuse provoquée par une mentalité et des structures issues d’un soixante-huitardisme éculé. Il fallait pour cela avoir le courage d’expliquer aux Français qu’environ un tiers des étudiants qui s’inscrivent à l’université le font par défaut et ne possèdent pas les prérequis nécessaires pour y suivre les enseignements et y acquérir le diplôme espéré. Les moyens considérables ainsi gaspillés pour des étudiants voués à l’échec sont retirés à ceux qui auraient la possibilité de réussir avec un encadrement et des outils supplémentaires. Le nivellement par le bas et la dévalorisation des diplômes auxquels nous ont condamnés des syndicats idéologues et sectaires ne peuvent être corrigés sans l’introduction d’une sélection à l’entrée, tandis que les formations courtes de type IUT doivent être multipliées et plus ouvertes. Mais le gouvernement a eu peur de voir de nouveau des étudiants descendre dans la rue et l’a d’ailleurs reconnu publiquement. Il a donc préféré suivre une nouvelle fois les exigences de l’UNEF qui conduisent à dévaloriser la licence exactement comme on a bradé le baccalauréat. Ce syndicat, dont la capacité de nuisance est inversement proportionnelle à la représentativité (le taux de participation des étudiants aux élections universitaires est en moyenne de 10 %), trouve encore le moyen d’ériger la « massification » en horizon indépassable et de s’insurger contre la possibilité d’une sélection à l’entrée du master !

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Mais il y a pire encore. Se fiant aveuglément aux propositions de la Conférence des présidents d’université (CPU) dont on sait pourtant qu’elle ne se compose pas des éléments les plus brillants ni les moins démagogues de la communauté scientifique, le gouvernement s’est attaché à prendre le parti de la médiocratie contre celui de la qualité dans le recrutement des enseignants-chercheurs comme dans la « gouvernance » des établissements. Le projet de loi privilégie, en effet, le localisme dans les recrutements et donne au président de l’université un droit de veto exorbitant sur l’affectation de tous les enseignants-chercheurs auquel s’ajoute la possibilité d’en recruter par voie contractuelle. L’absence de toute référence dans le texte au maintien des concours d’agrégation de droit, science politique, économie et gestion laisse même envisager une possible suppression de ce recrutement spécifique fondé sur l’excellence, dont on sait qu’il agace les présidents d’université et les doyens qui n’en sont pas issus. Le recrutement « local » a toujours inexorablement fait passer les médiocres devant les meilleurs au point de voir discréditer définitivement les universités qui l’ont trop pratiqué. C’est pourtant ce localisme qui triomphe dans le projet de loi au mépris des intentions affichées de redorer le blason de la recherche française et de stopper la fuite des cerveaux.

Enfin, le conseil d’administration de l’université a été resserré à vingt membres mais les professeurs n’y sont plus qu’au nombre de quatre tandis qu’on attribue sept sièges à des « personnalités extérieures » nommées discrétionnairement par le président et trois autres à des représentants d’étudiants alors même que ceux-ci font un séjour moyen de quatre ans à l’université et manifestent traditionnellement fort peu d’intérêt pour ces élections. Dans les universités pluridisciplinaires comportant plusieurs composantes (unités ou facultés) on est donc assuré que plusieurs d’entre elles (droit, pharmacie, sciences économiques ou autres) n’auront aucun représentant professeur au sein du conseil.

Ce texte ne consacre nullement l’autonomie de l’université et de ses composantes mais se borne à instaurer une dictature du président de l’établissement en faisant le choix du pouvoir contre le savoir. Ignorant délibérément les problèmes de fond décrits dans l’excellent livre intitulé Université : la grande illusion [1] il amplifie la dérive médiocratique de l’université française plus qu’il ne le corrige.

article de Anne-Marie LE POURHIET
publié le mercredi 27 juin 2007 sur Revue républicaine__________

30/07/2007

Le mini traité européen: un nouveau déni de démocratie

Ce que contient la Constitution européenne remaquillée

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Une Constitution remaquillée est toujours une Constitution. Bon connaisseur du débat institutionnel européen, M. Bourlanges s'émerveille du " traité modificatif " adopté le 23 aux petites heures : " Toute la Constitution est là ! Il n'y manque rien ! " ; et le Monde (24 et 25 juin) peut titrer : " Les symboles disparaissent, le fond reste ". Quelques jours après la fin du cycle électoral privant les Français de toute expression nationale avant longtemps, le sommet n'avait d'autre but que de reprendre le texte rejeté en 2005 en le remaquillant assez pour éviter un nouveau référendum. La manœuvre a donc réussi.

Je mets en garde les Français : ne nous laissons pas abuser par les malicieuses déclarations des partisans les plus acharnés de la supranationalité qui font mine de regretter la Constitution, ici quelques mots, là quelques symboles, ni par une presse dupée par le maquillage, qui évoque une victoire diplomatique de M. Sarkozy, comme si la France qui a dit Non sortait victorieuse de l'épreuve : en réalité les nonistes sont refaits, ce que montre toute étude précise dudit "compromis" et de ses cinq points-clefs :

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1-Personnalité juridique accordée à l'Union : point cardinal du fédéralisme qui permettait au texte Giscard de s'intituler Constitution, il est repris tel quel, certes discrètement. A lui seul, il crée en effet un nouvel Etat qui peut désormais être reconnu comme tel sur la scène internationale, ce qui permet de parler de nouveau de Constitution.

2-Présidence stable de l'Union : si ce traité était ratifié, l'Union se trouverait aussitôt placée sous l'autorité d'un Président, réputé "stable" en raison d'un mandat allongé - de six mois à deux ans et demi, et vraisemblablement porté ensuite à 5 ans comme le mandat parlementaire européen. Surtout, ce Président est désormais indépendant de tout Etat - alors qu'il était auparavant un chef de gouvernement en exercice ; il sera doté d'une autorité propre, ainsi que d'un secrétariat, puis d'un cabinet, etc... Gageons que cet instrument supranational se révèlera d'autant plus efficace que, à la différence des autres institutions, il sera incarné…

3-Haut Représentant pour la politique étrangère : comme l'a avoué imprudemment Nicolas Sarkozy lors de son allocution télévisée du 20 juin, c'est un "ministre des relations extérieures sans le nom" ; mais, à l'instar du texte Giscard, il sera dès 2009 vice-président de la Commission, ce qui lui donnera un grand poids auprès des autres Commissaires, et se verra doté d'un "service diplomatique" - en clair d'ambassades, les quelque 120 actuels bureaux de l'Union dans les capitales étrangères étant débaptisées et étoffées, leurs agents bénéficiant (grâce à la personnalité juridique) d'immunités et privilèges diplomatiques. A terme, lorsque ce super-ministère aura pris son allure et son poids, les ministères nationaux seront marginalisés, ce que symbolise déjà la délocalisation du Quai d'Orsay annoncée par M. Kouchner. Quant à la référence à l'OTAN, elle peut disparaître puisque le nouveau texte renvoie explicitement au traité de Maestricht, dont le titre V fixait que "Les Etats veillent à la conformité de leurs politiques nationales avec les positions communes" (art. J-2), et précisait que celles-ci devaient être compatibles avec "les cadres de l'OTAN". A la politique étrangère commune, il manquait un instrument : le voici.

4- Décisions à la majorité qualifiée. Quel que soit le mode d'adoption (système de Nice ou système appliqué partir de 2014), l'essentiel est que le cercle des questions échappant à l'unanimité s'élargisse considérablement ; outre les affaires communautaires (politique agricole, commerciale, douanière et, surtout, industrielle - dite "de concurrence", où la commission est pleinement compétente), il inclut quarante nouveaux domaines, les uns d'ordre économique (marché intérieur, énergie, recherche, politique sociale "partagée" avec les Etats) et d'autres plus régaliens : coopération judiciaire en matière pénale, porte ouverte au Parquet européen, et coopération policière, amorce d'une "police fédérale" . Désormais, la compétence de l'Union concerne quelque 70 domaines, soit l'essentiel des décisions et de la responsabilité politique - manquent encore la culture, l'éducation…

Schéma fédéral classique, d'autant que le compromis de Luxembourg permettant à un Etat d'invoquer ses intérêts vitaux, dont le candidat Sarkozy avait fait grand cas au cours de sa campagne, n'apparaît plus : une décision adoptée à la majorité s'appliquera dans tous les cas, et même un Etat qui n'y est pas favorable devra le mettre en œuvre sous peine de sanctions. Régime de fer, dont plusieurs Etats s'exemptent : la Grande-Bretagne, l'Irlande et le Danemark ; pas la France.

5-Charte des droits fondamentaux. Elle s'applique désormais de droit (sauf pour la Grande-Bretagne, qui jouit d'une dérogation) ; non reprise in extenso, elle fait cependant l'objet d'une référence dans le texte, ce qui en droit revient au même - d'autant que le droit est ici interprété par la très supranationale Cour de Luxembourg. Ses dispositions justifient les critiques que nous avions développées en 2005 : comment admettre par exemple le droit pour tout citoyen de saisir la Cour européenne des Droits de l'Homme aux fins de condamner un Etat pour non respect de principes très généraux - tel celui de l'égalité, qui inspire déjà la reconnaissance de l'homoparentalité ou du mariage homosexuel, ou celui de la liberté religieuse contre un Etat appliquant une législation laïque - telle la loi sur le voile ?

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Il n'est pas question d'accepter un tel traité ; contrairement à ce que prétend une propagande bien orchestrée, les concessions aux souverainistes n'en sont pas. Certes, ne figurent plus les symboles de l'Union, drapeau, hymne et devise ; mais ils ont déjà été adoptés en Conseil et s'imposent sans qu'il soit besoin de les rappeler. Il en va ainsi de l'ancien art.6 du texte Giscard posant la supériorité de la norme européenne sur la loi nationale : si celle-ci ne figure plus dans le traité proprement dit, il y est cependant renvoyé explicitement dans une déclaration additionnelle, qui elle-même rappelle la jurisprudence de la Cour de Justice, ce qui revient au même. D'ores et déjà, outre les juges de Luxembourg, toutes les juridictions nationales admettent la supériorité du droit européen, écartant lois françaises, principes et dispositions constitutionnels chaque fois qu'ils entrent en contradiction avec une norme européenne. De même, c'est une escroquerie intellectuelle de prétendre, comme le fait M. Sarkozy, que le principe de "concurrence libre et non faussée" a disparu du traité, puisque celui-ci renvoie à un protocole additionnel qui le proclame, et le présente même comme un "instrument politique majeur" au service des objectifs du nouveau traité - la gauche semble n'y voir que du feu. Habiletés qui sont autant d'escroqueries morales, la pire étant de nommer traité simplifié un texte qui crée juridiquement un Etat et lui attribue de nombreuses compétences: il s'agit bien d'une Constitution, moins ronflante que le texte Giscard et d'autant plus habile

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Il y a deux ans, les supranationaux étaient décontenancés par le double non français et hollandais ; nous savions qu'ils chercheraient une parade. Elle fut simple et terrible : le problème venant de la France, c'est elle et ses Français qu'il fallait circonvenir ; pour les oligarchies européennes, il aura suffit d'attendre l'élection présidentielle et de trouver un homme assez rusé pour s'imposer, avec leur aide, et capable, une fois doté d'une fraîche légitimité d'annihiler en leur nom le Non des Français : la supercherie a parfaitement fonctionné. Restait à faire quelques concessions aux récalcitrants : un plus long délai pour la consultation des parlements nationaux, à la demande des Pays-Bas (et de partis danois) ; la prolongation pendant dix ans d'un système de pondération des voix qui avantage beaucoup une Pologne qui, elle, s'est bien battue - essuyant des quolibets innombrables : on moqua une phrase de son Président rappelant que, sans l'agression allemande de 1939, la Pologne aurait aujourd'hui quelque vingt millions d'habitants supplémentaires : un pays qui en détruit un autre peut-il, soixante ans plus tard, arguer de sa faiblesse pour le faire taire ? Il est vrai que l'habitude est désormais installée de tourner en dérision tout pays qui prétendra affirmer ses droits et ses principes.

Il y a quelque chose d'insupportable dans l'actuelle fanfaronnade de M. Sarkozy assurant que "en un mois et demi, il s'est passé plus de choses qu'en deux ans", ce qui est vrai : il s'est passé ceci que la France a été trahie par un ensorceleur qu'elle a pour son malheur placé à sa tête et qui peut désormais parler en son nom. Ceux qui, en votant pour M. Sarkozy ont permis cette supercherie portent une lourde responsabilité devant notre histoire.

J'appelle solennellement les Français qui ont dit Non à déjouer les propagandes - d'abord pour eux-mêmes ; je les appelle à étudier de près les informations qui filtreront de la prochaine Conférence Intergouvernementale et le texte définitif signé en octobre ; je les appelle à se mobiliser pour exiger que sa ratification soit soumise à référendum ; je les appelle à exiger pour la France un statut à tout le moins comparable à celui de la Grande-Bretagne, et des protections pour les droits, les principes et les intérêts de la France et des Français - et d'abord le respect de la démocratie, c'est-à-dire de la souveraineté populaire, dont on ne voit que trop qu'elle disparaît avec la souveraineté nationale ; je les appelle à agir sur les partis ou les solidarités diverses qui peuvent permettre de faire barrage lors du Congrès qui devra modifier une nouvelle fois notre Constitution ; je les appelle à manifester les troisièmes vendredis de chaque mois, à compter du 19 octobre, quelles que soient leurs opinions ou leurs inclinations, pourvu qu'ils soient attachés à la survie de la France comme Nation libre parmi les Nations du monde.

Article de 

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 Paul-Marie Coûteaux publié sur son site

Désormais, il va falloir se battre pour avoir le droit de travailler en France avec notre propre langue.


 

Le collectif pour le « droit de travailler en langue française en France », composé de syndicats et soutenu par des parlementaires et associations, a pressé mercredi la France de ne pas ratifier le protocole de Londres, qui menace selon lui la langue française.

Ce protocole, que Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, ont récemment défendu, « est un acte par lequel chaque État signataire renonce aux exigences de traduction des brevets vers sa langue nationale », rappelle le collectif dans un communiqué.

L’objectif est la réduction du coût des frais de traduction, mais « le véritable enjeu est le régime linguistique », met-il en garde, rappelant que « 18 pays de l’Union européenne ont refusé de le signer et quatre autres l’ont signé sans le ratifier ». Selon le collectif, « l’office américain des brevets souhaite que l’anglais soit la seule langue en matière de propriété industrielle ». Mais la ratification du protocole par la France « entraînera à court et moyen terme de graves conséquences industrielles, juridiques, économiques, sociales et linguistiques, tant pour les petites et moyennes entreprises que pour leurs salariés », estime-t-il.

« Si les brevets ne sont plus traduits, les PME ne pourront plus assurer une veille technologique satisfaisante dans leur domaine, elles devront assumer les frais de traduction auparavant supportés par les brevetés étrangers », met en garde le collectif. « Renoncer à l’exigence du français comme langue obligatoire pour les brevets d’invention [...]ouvre la porte à d’autres renoncements, notamment celui de l’emploi du français comme langue de travail dans les entreprises en France », prévient-il. Le collectif plaide pour « un brevet communautaire qui respecte le plurilinguisme en s’appuyant sur les cinq langues-pivots de la Marque communautaire : français, allemand, anglais, espagnol, italien ».

Un « Comité contre le protocole de Londres », présidé par le linguiste Claude Hagège, a récemment dénoncé dans une pétition « les conséquences dramatiques pour la langue française » d’une ratification de ce protocole.

 

Article paru sur le site revue républicaine le vendredi 27 juillet 2007