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17/05/2007

Travailler plus pour gagner plus : une arnaque ?

medium_070514161231.xm2ok9g50_le-president-elu-nicolas-sarkozy-avec-laurence-parb.jpgMonsieur Sarkozy déclare que les français désirant gagner plus pourront le faire en effectuant des heures supplémentaires, et ceux qui voudront avoir plus de temps libre pourront travailler moins. Je doute qu'il ait jamais mis les pieds dans une entreprise car, pour sa gouverne, ce n'est pas ainsi que cela marche.

Je travaille moi-même depuis 1995 dans une clinique. Si demain, j'ai envie de gagner plus cher, je dois donc aller voir mon directeur pour lui dire : "Monsieur mon chef, j'ai envie de faire des heures supplémentaires parce que je veux investir dans un logement et devenir propriétaire." Lui va me répondre : "Chère collaboratrice, notre activité actuelle ne nous permet pas de vous donner de travail supplémentaire".
Par contre, si l'activité de l'entreprise le nécessite, il va me dire : "Madame, il faut que vous fassiez des heures supplémentaires" et là, je n'ai pas le choix. La loi prévoit que le salarié ne peut pas refuser, même si j'ai trois enfants dont il faut organiser la garde.

Faire croire aux salariés que c'est eux qui ont l'initiative de moduler leur temps de travail est un leurre, à moins de changer la législation du travail.

Economiquement parlant, c'est l'intérêt de l'employeur qui prévaut et même si je désire un temps partiel pour m'occuper de mes enfants ce sera uniquement selon son bon vouloir.
Il faut le savoir : dans les entreprises (privées tout du moins, je ne connais pas le fonctionnement du secteur public), le dernier mot, c'est toujours pour l'employeur.

Article publié sur : le jeu de Gerri

13/05/2007

Avons-nous quitté le dix-neuvième siècle ?

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Débat sur le droit au travail

Discours à l'Assemblée nationale constituante : 11 septembre 1848

Le citoyen Ledru-Rollin : Le droit au travail ! Mais il était la pensée favorite, le mobile constant des hommes d'État de la Convention. Le droit au travail ! Ils l'ont inscrit dans le rapport d'un de leurs membres les plus éminents, dans le rapport de Robespierre.

En doutez-vous ? En voici les termes :
« Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d'existence à ceux qui sont hors d'Etat de travailler. « (Exclamations diverses.) Dans cet article, que trouvez-vous ? Deux choses : le droit au travail... (Exclamations diverses.) Plusieurs voix à droite : « C'est là ce que nous voulons. »

Le citoyen Ledru-Rollin: le droit au travail pour les valides et le droit à l'assistance pour les infirmes, pour ceux qui ne peuvent pas travailler. Or, ce « double « droit n'est pas consacré dans le projet actuel de votre constitution modifiée. Vous déclarez que vous ne donnez pas le droit au travail, vous dîtes simplement que vous donnez le droit à l'assistance, et ce sont deux choses entièrement différentes. Quand un homme travaille, il s'anoblit ; vous sentez que, malgré le salaire que vous lui donnez et malgré son infériorité dans l'échelle de l'éducation, il est homme comme vous. Mais quant à celui qui tend la main pour recevoir l'aumône... Oh ! j'en suis convaincu, vous la lui donnez ! mais vous ne pensez pas, au fond de l'âme, qu'il est votre égal. (Si ! si ! agitation.) Non, vous ne pouvez pas le penser. Oh oui ! sans doute chrétiennement, philosophiquement, vous reconnaissez qu'il est votre frère ; mais comme homme, comme citoyen, pouvez-vous dire que, quand il s'en va au coin d'une rue, furtivement, pour échapper à la loi qui le frappe, quand il attend le soir, quand il baisse la tête, quand il cache ses yeux, quand il ne veut pas que ses traits soient reconnus pour fuir la peine, comment ! C'est là un membre du peuple souverain ! (Oui ! oui !). Oh non ! Ce ne peut pas être ! (mouvement prolongé.)

Je me résume : On a dit, le droit au travail, c'est le socialisme. Je réponds : Non, le droit au travail, c'est la République appliquée (Très bien ! très bien !)

Ledru-Rollin élu député de la Sarthe en 1841, théoricien du mouvement radical qui avait comme ambition de protéger les plus faibles contre le capitalisme et étendre les bienfaits de l'éducation, héritage de la Révolution
française

France-Israël : l'incompréhension.

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J'entends parfois des opinions bien étranges (et très répandues) concernant l'attitude israélienne au
Moyen-Orient.
- Les Juifs seraient passés du statut de victimes au statut de bourreaux,
- ils seraient devenus les nouveaux fascistes,
- les palestiniens seraient les nouvelles victimes de la bête immonde réincarnée dans le peuple israélien,
- Israël serait le nouveau peuple colonisateur, héritier de la France du dix-neuvième siècle, assoiffé de terre et de sang ; l'objectif étant de chasser les Juifs du Moyen Orient comme la France fut chassée d'Algérie.
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Je rappelle que les Juifs avait fini par s'intégrer à la Nation française au début du vingtième siècle. Ils avaient été séduits par les valeurs de la Révolution française et avaient fini par croire, après l'affaire Dreyfus, à la république universaliste.

J'en veux pour preuve le grand nombre de citoyens français de confession juive qui faisaient preuve
d'un patriotisme sans faille (Marc Bloch entre autres).
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L'épreuve de la deuxième guerre mondiale a, hélas, tout remis en question :
- l'incapacité des gouvernants de gauche comme de droite à faire barrage au nazisme,
- la naïveté du peuple français qui pensait que le pacifisme et l'esprit de Munich suffiraient à vaincre Hitler,
- les lois juives ainsi que les déportations des femmes et des enfants par Vichy qui n'étaient pas réclamées par les Allemands,
- l'absence totale de protestations collectives en France.
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Après les exterminations industrielles, qu'aurait-dû faire le peuple Juif ? Refaire confiance à la France ?
Ils ont compris qu'un peuple sans Nation n'a pas d'avenir (contrairement à nous qui l'avons oublié). Si en 1939, l'Etat d'Israël avait existé et avait été une Nation militairement puissante, l'Histoire aurait été différente.
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Israël est une Nation fragile et menacée. Les Nations arabes qui l'entourent n'ont jamais caché leur volonté de la détruire. Les israéliens doivent-ils déposer les armes et remettre leur destin entre nos mains ? Serons-nous capables de les protéger, au péril de nos vies (ce que nous n'avons pas su faire, il y a 60 ans) ? J'en doute.
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Le Moyen-Orient est le théâtre d'un conflit entre deux cause légitimes. La cause juive qui, si elle veut survivre, doit s'assurer un glacis stratégique. La cause palestinienne qui, comme tout peuple, a droit à une Nation, à un territoire, à une souveraineté.
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Pourquoi n'arrivons-nous pas à comprendre que deux causes légitimes peuvent coexister et donc s'affronter ? Doit-il toujours y avoir un gentil et un méchant ? Ce serait si simple...
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Encore une fois, ce traitement du problème israélo-palestinien est un parfait révélateur de l'état d'esprit des français.
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La France n'a jamais vraiment perdu son esprit de Munich, cette peur du conflit, la peur panique de perdre son petit confort. La Tchécoslovaquie est écrasée par Hitler alors qu'elle est notre alliée : pourquoi risquer sa vie et sa semaine de congés payés ?
Les SDF se multiplient sous Mitterrand malgré toutes les incantations gauchisantes : pourquoi perdre ses privilèges en remettant en cause cette société inégalitaire, alors qu'il suffit d'afficher ses bons sentiments de gauche pour avoir bonne conscience.

Ce n'est ni la peur, ni la lâcheté -sentiments bien humains- qui me choquent, mais l'hypocrisie qui consiste à cacher sa trouille et son égoïsme sous de grands principes humanistes. La lâcheté devient de l'humanisme, la peur devient courage (de mener des combats sans risques), l'égoïsme devient de la prudence, la mauvaise conscience devient de la compassion.

Alors voici la France, qui a failli en 1940, donnant des leçons de liberté, d'humanité, de courage et de modernité au peuple juif. Marc Bloch écrivit "L'étrange défaite" alors qu'il était traqué par la milice française et la Gestapo. Quant à moi, j'observe "cet étrange peuple" qui ne comprend plus qu'il n'y a pas de liberté et de dignité sans conflits, sans combats.
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Pour nos compatriotes, la violence est la pire des choses, et la vie, la suprême et ultime valeur. Belle mentalité d'esclave.medium_275px-Eugene_Delacroix_-_La_liberte_guidant_le_peuple.2.jpg
Il y a pourtant pire que la violence et le conflit : il y a l'oppression.
Il y a pourtant plus important que la vie : la liberté et la dignité, pour soi ou pour les autres.
! La France fut pourtant, dans le passé, le phare de la liberté éclairant le monde. Désormais ses enfants ne pensent plus qu'à une chose : vivre paisiblement dans leurs cages dorées.
L'Histoire n'est pourtant pas terminée et se fera sans nous, si nous ne réagissont pas. La violence et l'oppression ne disparaîtront pas parce que nous aurons déposé les armes, bien au contraire.
Selon Charles de Gaulle, l'épée était l'axe du monde : elle pouvait être à la fois l'épée du bourreau et l'épée de la justice.

Communautarisme : le ver est dans le fruit ?

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La laïcité à l'hôpital menacée par des députés !
A Nice, une députée UMP et un député PS réclament que le milieu hospitalier s'adapte aux interdits religieux en matière d'alimentation.

Décidément, l'hôpital est en proie aux revendications communautaristes.Après les musulmans qui refusent que leur femme soit auscultée par des médecins de sexe masculin, le secteur hospitalier doit désormais faire face aux revendications de certains juifs demandant que des repas cashers soient servis aux malades.

C'est la principale revendication de l'association SAMI (Soutien et aide aux malades israëlites) qui a vu le jour à Nice à la fin de l'année 2006. Après tout, tant que des particuliers se limitent à mettre en oeuvre de leur propre initiative un réseau d'entraide en complément des prestations du service public hospitalier, pourquoi pas ?

Mais de là à réclamer, comme l'a fait la députée UMP Muriel Marland-Militello devant les volontaires de SAMI Nice, "le vote d'une loi imposant le respect des interdits alimentaires dans tous les établissements publics"... Plus tiède, son collègue PS Marc Concas s'est montré hostile au vote d'une loi dans ce sens mais s'est néanmoins engagé à "se battre bec et ongles" pour que des repas casher ou hallal soient servis aux malades juifs et musulmans. La campagne législative à Nice promet de beaux débordements communautaires !

Comme quoi, il n'y a pas que les militants communautaristes qui menacent la laïcité dans les services publics. Il y a aussi des élus de la République !

Article paru sur "Observatoire sur le communautarisme"

Mr Sarkozy, chantre du communautarisme, va-t'il continuer ou changer de politique ? Je pense connaître la réponse : le communautarisme lui réussit plutôt bien.

03/05/2007

Notre humanité par Vassili Grossman

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" A chaque jour, à chaque heure, année après année, il fallait lutter pour le droit d'être un homme, le droit d'être bon et pur. Et ce combat ne devait s'accompagner d'aucune fierté, d'aucune prétention. Il ne devait être qu'humilité.
Et si au moment le plus terrible, survenait l'heure fatale, l'homme ne devait pas craindre la mort, il ne
devait pas avoir peur s'il voulait rester un homme."
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" Ceux qui s'obstinnaient à revendiquer le droit d'être des hommes étaient, peu à peu, ébranlés et
détruits, brisés, cassés, grignotés et mis en pièces, jusqu'au moment ou ils atteignaient un tel degré de
friabilité, de mollesse, d'elasticité et de faiblesse qu'ils ne pensaient plus à la justice, à la liberté, ni même
à la paix, et ne désiraient qu'être débarrassés au plus vite de cette vie qu'ils haissaient."
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" Tous étaient faibles. La seule différence étaient qu'un misérable qui accomplissait une bonne action se pavanait ensuite toute sa vie, tandis qu'un juste qui le faisait tous les jours ne le remarquait même pas, mais était obsédé, des années durant, par un seul péché."

" Les grandes âmes sont toujours et immanquablement vouées au doute. Ceux qui dominent le monde ne peuvent être que des hommes bornés, inébranlablement convaincus de leur bon droit.
Les natures superieures, elles, ne dirigent pas les Etats et ne prennent pas de grandes décisions."
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" L'histoire des hommes n'est pas le combat du bien cherchant à vaincre le mal, mais le combat du mal
cherchant à écraser la minuscule graine d'humanité"
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" J'ai trempé ma foi dans l'enfer. Ma foi est sortie du feu des fours crématoires, elle a franchi le béton des chambres à gaz. J'ai vu que ce n'était pas l'homme qui était impuissant à réduire le mal, j'ai vu que c'était le mal qui était impuissant dans sa lutte contre l'homme."
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" L'opium absurde de l'optimisme vient au secours des hommes quand le sentiment aigu de l'horreur prend la place d'un desespoir résigné."
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" Le secret de l'immortalité de la bonté est dans son impuissance. Elle est invincible. Plus elle est insensée, plus elle est absurde et impuissante et plus elle est grande. L'amour aveugle et muet est le sens de l'homme. "

" Le beau-père de Choukine, un vieux paysan, était venu de Tchoudnov, un shtetl proche de la ville, il avait vu de ses propres yeux les Allemands chasser dans la forêt tous les juifs avec leurs baluchons et leurs valises ; pendant toute la journée on avait entendu des coups de feu et des cris, pas un n'est revenu. Les Allemands qui étaient cantonnés chez son beau-père revinrent tard le soir, ils étaient déjà ivres et ils burent et chantèrent toute la nuit ; le vieux les vit partager des broches, des bagues, des bracelets. Je ne sais pas si c'était un acte isolé ou l'annonce de ce qui nous attend tous.

[...] Deux femmes venant d'un shtetl racontent la même chose que mon ami. Dans toute la région les Allemands exterminent tous les juifs sans épargner les enfants et les vieillards. Des Allemands et des politsaï arrivent en camion, réquisitionnent quelques dizaines d'hommes pour des travaux de terrassement, ils creusent des tranchées, puis, deux ou trois jours plus tard, les Allemands mènent à ces fosses toute la population juive et les fusillent tous jusqu'au dernier [...]

[...] nous avons appris aujourd'hui, d'un paysan ami qui passait à côté des barbelés, que les juifs qu'on avait emmenés arracher des pommes de terre sont en train de creuser de profondes tranchées à quatre kilomètres de la ville, près de l'aérodrome, sur le route de Romanovka. Retiens ce nom, Vitia, c'est là que tu trouveras la fosse commune où sera enterrée ta mère.
Lettre d'une mère à son fils, écrite du ghetto."

Vie et Destin de Vassili Grosman

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Pourquoi la sécurité sociale est condamnée.

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Il est intéressant de constater que tout le monde parle de la sécu et de ses problèmes, sans se demander pourquoi elle en est là.
Bien sûr, nos médias nous rappellent souvent que, si la sécu est en difficulté, le chômage mais aussi le sens des responsabilités défaillant des français en sont les principales causes. Tout cela n'est pas faux mais, comme d'habitude, le problème est mal posé; ce qui permet de ne jamais y remédier.

Pourquoi ces deux arguments ne tiennent pas ?
- Parce que, depuis trente ans, malgré la crise économique et un chômage de masse endémique, les (ir)responsables politiques et les dirigeants de tous poils ont multiplié les largesses et distribué l'argent de la collectivité à qui voulait bien le prendre.
Pourtant, tout homme sain d'esprit qui croule sous les dettes, qui a une femme et des enfants à sa charge, réduirait ses dépenses au strict nécessaire.
- Quant à l'irresponsabilité des français ; ils ne font que ce qu'on les laisse faire.
Pourquoi lorsqu'il s'agit des impôts (et donc des recettes de l'Etat), l'administration part du principe que tout citoyen peut frauder et investit donc une bonne partie de ses budgets au contrôle ?
Pourquoi avec la sécu n'y-a-t'il pratiquement jamais de contrôles, sans parler de sanctions ?
Tout simplement parce que certains aimeraient bien la voir mourir de sa belle mort.

Pourquoi ?

Posons-nous la question : pourquoi la Sécurité Sociale est-elle apparue en 1945 ? Est-ce parce que les dirigeants et patrons de l'époque étaient subitement devenus humanistes ?
Pourtant, du début de la révolution industrielle jusqu'à la fin de la deuxième guerre mondiale, les travailleurs ne disposaient de presqu'aucune protection sociale.Ils travaillaient comme des esclaves dans les usines ou les mines, prenaient des risques énormes avec leur santé et parfois leur vie, et étaient payés juste ce qu'il fallait pour survivre (pour reproduire la force de travail comme disait Marx). Bien entendu, lorsqu'ils ne pouvaient plus travailler (pour cause d'accident, de maladie ou de vieillesse), ils n'avaient plus qu'à crever dans les nombreux mouroirs pour indigents.
Je rappelle que les enfants subissaient les mêmes traitements : à l'âge de 4 ou 5 ans, ils travaillaient dans les usines ou les mines, vingt heures par jour, six jours par semaine (avec la bénédiction de l'Eglise, garante de l'ordre), souvent victimes d'accidents mortels ou invalidants.
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Tout au long de ces années, aucune (ou presque aucune) loi significative ne vint changer cet état de fait, le patronat se protégeant derrière le principe de responsabilité personnelle -chaque individu devant économiser dans un but de prévoyance- ce qui, bien entendu, reléguait une bonne partie de la population à la misère et à la mort.
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La Révolution Russe changea complètement la donne. Le communisme naquit sur les horreurs du libéralisme économique (ce dernier étant la première forme de totalitarisme du monde moderne).
Le rapport de force allait être complètement bouleversé. Ce qui explique que la droite française, ainsi que bien des patrons français, allaient soutenir Hitler, héraut de l'anticommunisme, et se fourvoyer dans la collaboration.
Mais Hitler le fou fut écrasé par la machine de guerre soviétique. La France était au bord de la révolution rouge. Les grèves générales et les émeutes se multipliaient, organisées par la CGT et le parti communiste français ; le patronat français commençait à faire dans sa culotte.
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C'est la raison pour laquelle ce fut le patronat français, et non le PC, qui voulut la sécu (même si ce fut de Gaulle qui signa le décret), le PC n'ayant, en effet, aucun intérêt à voir une mesure sociale ralentir la marche de la révolution.
Ce furent pour les mêmes raisons que les USA nous fournirent le plan MARSHALL.
L'alliance militaire en 1947 avec les USA ainsi que la création de la communauté européenne avaient également pour objectif de faire barrage au communisme.
Nos élites et dirigeants n'étaient pas devenus spontanément des apôtres de la paix, de l'amour et du partage, seule la peur de tout perdre les a incités à donner.
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Petit à petit, l'URSS va monter en puissance et, comme par hasard, les inégalités économiques vont progressivement s'atténuer dans les pays occidentaux. Puis arrive le moment où l'URSS s'affaisse, avec la guerre en Afghanistan. Bien entendu, l'ultra-libéralisme et ses inégalités économiques refont surface, incarnés par Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Est-ce un hasard ?
Et François Mitterrand, qui se fait élire pour le grand soir en 1981, pratiquera, dans les faits, une politique économique de droite, et soutiendra un projet européen d'inspiration ultra-libérale (traité de Maastricht en 1992).

A partir de quand le déficit de la sécu devint-il une préoccupation nationale ? Au début des années 90 (1).
Quand l'URSS a-t'elle sombré définitivement ? Au début des années 90.

Je viens donc de vous démontrer que la sécurité sociale n'a plus d'utilité pour nos élites. Elle est donc condamnée. Ce n'est qu'une question de temps.
Comment faire ? C'est très simple : il suffit de ne jamais contrôler afin que les escroqueries se multiplient. Il suffit de distribuer l'argent à quiconque le réclame, citoyen français ou non, souvent pour des motifs à dormir debout.
On cache tout ceci sous une couche de bons sentiments ; on organise quelques campagnes de presse pour convaincre le citoyen moyen que le système est pourri et qu'il n'a aucun intérêt à continuer de payer pour une passoire... et le tour est joué.

Mes chers concitoyens, rendormez-vous, vos représentants politiques veillent sur vos intérêts.
Ne vous syndiquez pas, ne soyez pas solidaires, haïssez le conflit, soyez optimistes, ne voyez pas le mal partout, vivez dans la paix et dans l'amour. Ayez confiance dans vos médias et dans vos partis politiques, surtout s'ils se disent de gauche.
Et puis à quoi sert l'esprit critique sinon à être malheureux.

Bonne nuit.




(1) Depuis 1993, des exonérations de charges patronales sont accordées aux entreprises dans le but de diminuer le coût du travail, notamment du travail le moins qualifié. Depuis la loi du 25 juillet 1994, toute nouvelle exonération doit être compensée intégralement par l'État
D'une manière générale, on assiste en France à une augmentation du financement de la Sécurité Sociale par l'impôt, les entreprises se désengageant du financement.
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28/04/2007

LA MONTEE DE L'INSIGNIFIANCE

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Il manque la voix de Cornelius Castoriadis, il manque cette jubilation dans sa voix en répétant Nous qui désirons ou nous qui délirons ?, il manque par la fenêtre le pont Bir Hakeim et le métro aérien, il manque la lumière sur la Seine ce matin de novembre 1996.

Ce qu'il disait tombe à pic en ces temps "trotsko-balladuriens", lui qui renvoyait dos-à-dos le "communisme anti révolutionnaire", et le néolibéralisme avec sa pensée unique, sa "non-pensée".

Pas question d'abdiquer pour autant. Il n'a pas sombré dans le renoncement esthète, ni dans le cynisme mitterrandien, ni dans cette apathie repue qui dit: tout se vaut, tout est vu, tout est vain.

Cette montée de l'insignifiance, il la voit dans une élite politique réduite à appliquer l'intégrisme néolibéral, mais aussi -voie de conséquence- du côté du "citoyen" que le chômage et la précarité généralisée désengagent de la vie de la Cité. Le chômage qui entraîne la désinsertion, la précarité qui entraîne la soumission. D'où la dislocation de la communauté de destin. Silencieusement, nous avons consenti, nous avons "collaboré" à cette formidable régression, une non-pensée produisant cette non-société, cette montée de l'insignifiance, ce racisme social. Le problème majeur n'est pas le chômage, c'est d'abord et toujours le profit, répétait Corneille.

Face aux brouilleurs de piste et à la fausse complexité, espérant tout de l'imaginaire social, jusqu'au bout il recherche une radicalité. Je suis un révolutionnaire favorable à des changements radicaux disait-il quelques semaines avant sa mort.(1) Je ne pense pas que l'on puisse faire marcher d'une manière libre, égalitaire et juste le système français capitaliste tel qu'il est. Révolutionnaire qui sa vie durant allait répétant : nous ne philosophons pas pour sauver la Révolution mais pour sauver notre pensée et notre cohérence.

Mais on ne peut réduire Cornelius Castoriadis à un seul registre. Philosophe, sociologue, historien, il fut aussi économiste et psychanalyste.Un titan de la pensée, énorme, hors-norme, dit Edgar Morin. Une pensée encyclopédique, une jubilation de vivre et de lutter, lutte charnelle, spirituelle, infinie, mais en mouvement et qui nous laisse du grain à moudre et du pain sur la planche...
Daniel Mermet (7 février 1998)



-Cornelius Castoriadis est mort le 25 décembre dernier. Né en Grèce, il s'installe en 1945 à Paris où il crée la revue, aujourd'hui mythique, Socialisme ou barbarie". En 1968, avec Edgar Morin et Claude Lefort, il publie "Mai 68 la Brèche.. En 1975, il publie L'institution imaginaire de la société, sans doute son ouvrage le plus important. En 1978, il entreprend la série Les carrefours du labyrinthe. C'est à la suite de cette publication sur La montée de l'insignifiance, qu'il nous a reçus en novembre 1996.

Nl DIEU Nl CESAR Nl TRIBUN !... (Cet entretien a eu lieu en Novembre 1996)

Daniel Mermet - Pourquoi la Montée de l'insignifiance ?

Cornélius Castoriadis - Ce qui caractérise le monde contemporain, c'est bien sûr les crises, les contradictions, les oppositions, les fractures, etc... mais ce qui me frappe surtout, c'est l'insignifiance. Prenons la querelle entre la droite et la gauche. Actuellement elle a perdu son sens. Non pas parce qu'il n'y a pas de quoi nourrir une querelle politique et même une très grande querelle politique, mais parce que les uns et les autres disent la même chose. Depuis 1983, les socialistes ont fait une politique, puis Balladur est venu, il a fait la même politique, puis les socialistes sont revenus, ils ont fait avec Bérégovoy la même politique, Balladur est revenu, il a fait la même politique, Chirac a gagné les élections en disant : "Je vais faire autre chose" et il fait la même politique.

D. M. - Par quels mécanismes cette classe politique est-elle réduite à cette impuissance ? C'est le grand mot aujourd'hui, impuissance.

C. C. - Ils sont impuissants, ça c'est certain. La seule chose qu'ils peuvent faire c'est suivre le courant, c'est-à-dire appliquer la politique ultra libérale qui est à la mode. Les socialistes n'ont pas fait autre chose et je ne crois pas qu'ils feraient autre chose s'ils étaient au pouvoir. Ce ne sont pas des politiques à mon avis, mais des politiciens au sens de micropoliticiens. Des gens qui chassent les suffrages par n'importe quel moyen.

D. M. - Le marketing politique ?

C. C. - Le marketing, oui. Ils n'ont aucun programme. Leur but est de rester au pouvoir ou de revenir au pouvoir et pour ça ils sont capables de tout. Clinton a fait sa campagne électorale en suivant uniquement les sondages : "Si je dis ceci, est-ce que ça va passer ?". En prenant à chaque fois l'option gagnante pour l'opinion publique. Comme disait l'autre : "Je suis leur chef, DONC je les suis". Il y a un lien intrinsèque entre cette espèce de nullité de la politique, ce devenir nul de la politique et cette insignifiance dans les autres domaines, dans les arts, dans la philosophie ou dans la littérature. C'est ça l'esprit du temps. Tout conspire dans le même sens, pour les mêmes résultats, c'est-à-dire l'insignifiance.

D. M. - Comment faire de la politique ?

C. C - La politique est un métier bizarre. Même cette politique-là. Pourquoi ? Parce qu'elle présuppose deux capacités qui n'ont aucun rapport intrinsèque. La première, c'est d'accéder au pouvoir. Si on n'accède pas au pouvoir, on peut avoir les meilleures idées du monde ça ne sert à rien, ce qui implique donc un art de l'accession au pouvoir. La deuxième capacité, c'est une fois qu'on est au pouvoir, d'en faire quelque chose, c'est-à-dire de gouverner. Napoléon savait gouverner, Clemenceau savait gouverner, Churchill savait gouverner, des personnes qui ne sont pas dans mes cordes politiques, mais je décris là un type historique. Rien ne garantit que quelqu'un qui sache gouverner, sache pour autant accéder au pouvoir. Dans la monarchie absolue, accéder au pouvoir c'était quoi ?

C'était flatter le roi, c'était être dans les bonnes grâces de Madame Pompadour. Aujourd'hui dans notre pseudo-démocratie, accéder au pouvoir signifie être télégénique, flairer l'opinion publique...

D. M. -Vous dites pseudo-démocratie ?

C. C. - J'ai toujours pensé que la démocratie dite représentative n'est pas une vraie démocratie. Ses représentants ne représentent que très peu les gens qui les élisent. D'abord, ils se représentent eux-mêmes ou représentent des intérêts particuliers, les lobbies, etc... Et, même si cela n'était pas le cas, dire : quelqu'un va me représenter pendant cinq ans de façon irrévocable, ça revient à dire que je me dévêts de ma souveraineté en tant que peuple. Rousseau le disait déjà : les Anglais croient qu'ils sont libres parce qu'ils élisent des représentants tous les cinq ans mais, disait-il, ils sont libres un jour pendant cinq ans, le jour de l'élection, c'est tout. Non pas que l'élection soit pipée, non pas qu'on triche dans les urnes. Elle est pipée parce que les options sont définies d'avance. Personne n'a demandé au peuple sur quoi il veut voter. On lui dit Votez pour ou contre Maastricht" par exemple. Mais qui a fait Maastricht ? C'est pas nous qui avons fait Maastricht. Il y a la merveilleuse phrase d'Aristote : "Qui est citoyen ? Est citoyen quelqu'un qui est capable de gouverner et d'être gouverné". Il y a 60 millions de citoyens en France en ce moment. Pourquoi ne seraient ils pas capables de gouverner ? Parce que toute la vie politique vise précisément à leur désapprendre à gouverner. Elle vise à les convaincre qu'il y a des experts à qui il faut confier les affaires. Il y a donc une contre-éducation politique. Alors que les gens devraient s'habituer à exercer toutes sortes de responsabilités et à prendre des initiatives ils s'habituent à suivre ou à voter pour des options que d'autres leur présentent. Et comme les gens sont loin d'être idiots, le résultat, c'est qu'ils y croient de moins en moins et qu'ils deviennent cyniques.

D. M. - Responsabilité citoyenne, exercice démocratique, est-ce que vous pensez qu'autrefois c'était mieux ? Qu'ailleurs, aujourd'hui, c'est mieux par rapport à la France ?

C. C. - Non, ailleurs, aujourd'hui, ce n'est certainement pas mieux, ça peut même être pire. Encore une fois les élections américaines le montrent. Mais autrefois c'était mieux de deux points de vue. Dans les sociétés modernes, disons à partir des révolutions américaine et française jusqu'à la deuxième guerre mondiale environ, il y avait un conflit social et politique vivant. Les gens s'opposaient. Les gens manifestaient. Ils ne manifestaient pas pour telle ligne de la SNCF. Je ne dis pas que c'est méprisable, c'est quand même un objectif, mais ils manifestaient pour des causes politiques où les ouvriers faisaient grève. Ils ne faisaient pas toujours grève pour des petits intérêts corporatistes. Il y avait des grandes questions qui concernaient tous les salariés. Ces luttes ont marqué ces deux derniers siècles. Or ce qu'on observe maintenant, c'est un recul de l'activité des gens. Et, voilà un cercle vicieux. Plus les gens se retirent de l'activité, plus quelques bureaucrates, politiciens, soi-disant responsables, prennent le pas. Ils ont une bonne justification : "Je prends l'initiative parce que les gens ne font rien". Et plus ces gens-là dominent, plus les autres se disent : "C'est pas la peine de se mêler, il y en a assez qui s'en occupent et puis, de toute façon, on n'y peut rien". Ca, c'est la première raison.
La deuxième raison, qui est liée à la première, c'est la dissolution des grandes idéologies politiques. Idéologies soit révolutionnaires, soit réformistes, qui voulaient vraiment changer des choses dans la société. Pour mille et une raisons, ces idéologies ont été déconsidérées, elles ont cessé de correspondre au temps, de correspondre aux aspirations des gens, à la situation de la société, à l'expérience historique. Il y a eu cet énorme événement qui est l'effondrement de l'URSS et du communisme. Est-ce que vous pouvez me donner une seule personne parmi les politiciens -pour ne pas dire les politicards- de gauche, qui a vraiment réfléchi sur ce qui s'est passé, pourquoi ça s'est passé et qui a, comme on dit bêtement, tiré des leçons ?. Alors qu'une évolution de ce type, d'abord dans sa première phase -I'accession à la monstruosité, le totalitarisme, le goulag, etc...- et ensuite dans l'effondrement, méritait une réflexion très approfondie et une conclusion sur ce qu'un mouvement qui veut changer la société peut faire, doit faire, ne doit pas faire, ne peut pas faire. Or, zéro ! Bien sûr, ce qu'on appelle le peuple, les masses, tire les conclusions qu'il peut tirer mais il n'est pas vraiment éclairé.

Vous me parliez du rôle des intellectuels : que font ces intellectuels ? Qu'est-ce qu'ils ont fait avec Reagan, Thatcher et avec le socialisme français ? Ils ont ressorti le libéralisme pur et dur du début du XlXème siècle qu'on avait combattu pendant cent cinquante ans et qui aurait conduit la société à la catastrophe parce que, finalement, le vieux Marx n'avait pas entièrement tort. Si le capitalisme avait été laissé à lui-même, il se serait effondré cent fois. Il y aurait eu une crise de surproduction tous les ans. Pourquoi il ne s'est pas effondré ? Parce que les travailleurs ont lutté. Ils ont imposé des augmentations de salaire, donc ils ont créé d'énormes marchés de consommation interne. Ils ont imposé des réductions du temps de travail, ce qui a absorbé tout le chômage technologique. On s'étonne maintenant qu'il y ait du chômage. Mais depuis 1940 le temps de travail n'a pas diminué. On dit "trente neuf heures", "trente huit et demie", "trente sept trois quarts", c'est grotesque ! ... Donc il y a eu ce retour du libéralisme, je ne vois pas comment l'Europe pourra sortir de cette crise. Les libéraux nous disent : "Il faut faire confiance aux marchés". Mais ce que disent aujourd'hui ces néo-libéraux, les économistes académiques eux-mêmes l'ont réfuté dans les années trente. Ils ont montré qu'il ne peut pas y avoir d'équilibre dans les sociétés capitalistes. Ces économistes n'étaient pas des révolutionnaires, ni des marxistes ! Ils ont montré que tout ce que racontent les libéraux sur les vertus du marché qui garantirait une allocation, la meilleure allocation possible, qui garantirait des ressources, la distribution des revenus la plus équitable possible, c'est des foutaises ! Tout ça, ça a été démontré, ça n'a jamais été réfuté. Mais il y a cette grande offensive économico-politique des couches gouvernantes et dominantes qu'on peut symboliser par les noms de Reagan, et de Thatcher, et même de Mitterrand, d'ailleurs ! Il a dit : "Bon, vous avez assez rigolé. Maintenant, on va vous licencier, on va dégraisser l'industrie -on va éliminer la "mauvaise graisse", comme dit monsieur Juppé !- et puis vous verrez que le marché à la longue vous garantit le bien-être". A la longue. En attendant il y a 12,5% de chômage officiel en France !

D. M. - Pourquoi n'y a-t-il pas d'opposition à ce libéralisme-là ?

C. C. - Je ne sais pas, c'est extraordinaire. On a parlé d'une sorte de terrorisme de la pensée unique, c'est-à-dire une non-pensée. Elle est unique en ce sens que c'est la première pensée qui est une non-pensée intégrale. Pensée unique libérale à laquelle personne n'ose s'opposer. Qu'était l'idéologie libérale à sa grande époque ? Vers 1850, c'était une grande idéologie parce qu'on croyait au progrès. Ces libéraux-là pensaient qu'avec le progrès il y aurait l'élévation du bien-être économique. Mais, même quand on ne s'enrichissait pas, dans les classes exploitées, on allait vers moins de travail, vers des travaux moins pénibles, on serait moins abruti par l'industrie : c'était le grand thème de l'époque. Benjamin Constant le dit : Les ouvriers ne peuvent pas voter parce qu'ils sont abrutis par l'industrie (il le dit carrément, les gens étaient honnêtes à l'époque !), donc il faut un suffrage censitaire. Mais par la suite, le temps de travail a diminué, il y a eu l'alphabétisation, il y a eu l'éducation, il y a eu des espèces de lumières qui ne sont plus les lumières subversives du XVlIIème siècle mais des lumières qui se diffusent tout de même dans la société. La science se développe, l'humanité s'humanise, les sociétés se civilisent et petit à petit, asymptotiquement, on arrivera à une société où il n'y aura pratiquement plus d'exploitation, où cette démocratie représentative tendra à devenir une vraie démocratie.

D. M. - Pas mal ?

C. C. - Pas mal. Sauf que ça n'a pas marché ! Le reste s'est réalisé mais les hommes ne se sont pas humanisés, la société ne s'est pas civilisée pour autant, les capitalistes ne se sont pas adoucis, on le voit maintenant. Ca fait que de l'intérieur, les gens ne croient plus à cette idée. Aujourd'hui ce qui domine c'est la résignation même chez les représentants du libéralisme. Quel est le grand argument, en ce moment ? C'est peut-être mauvais mais l'autre terme de l'alternative était pire . Ca se résume à ça. Et c'est vrai que ça a glacé pas mal les gens. Ils se disent : si on bouge trop, on va vers un nouveau goulag. Voilà ce qu'il y a derrière cet épuisement idéologique de notre époque et je crois qu'on n'en sortira que si vraiment, il y a... il faut attendre. il faut espérer il faut travailler pour une résurgence d'une critique puissante du système et aussi d'une renaissance de l'activité des gens, d'une participation des gens.

D. M. - Elite politique réduite à servir de larbin à la World Company, intellos chiens de garde, médias qui ont trahi leur rôle de contre pouvoir, voilà quelques causes et quelques symptômes de cette "montée de l'insignifiance".

C. C. - Mais en ce moment, on sent frémir un regain d'activité civique. «à et là, on commence quand même à comprendre que la "crise" n'est pas une fatalité de la modernité à laquelle il faudrait se soumettre, "s'adapter" sous peine d'archaÔsme. Alors se pose le problème du rôle des citoyens et de la compétence de chacun pour exercer les droits et les devoirs démocratiques dans le but -douce et belle utopie- de sortir du conformisme généralisé.

D. M. - Votre confrère et compère Edgar Morin parle du généraliste et du spécialiste. La politique exige les deux. Le généraliste qui sait à peu près rien sur un peu tout et le spécialiste qui sait tout sur une seule chose mais pas le reste. Comment faire un bon citoyen ?

C. C.- Ce dilemme est posé depuis Platon. Platon disait que les philosophes doivent régner, eux qui sont au-dessus des spécialistes. Dans la théorie de Platon, ils ont une vue du tout. L'autre terme de l'alternative c'était la démocratie athénienne. Qu'est-ce qu'ils faisaient, les Athéniens ? Voilà quelque chose de très intéressant. Ce sont les Grecs qui ont inventé les élections. Ca c'est un fait historiquement attesté. Ils ont peut-être eu tort, mais ils ont inventé les élections ! Qui est-ce qu'on élisait à Athènes ? On n'élisait pas les magistrats. Les magistrats étaient désignés par tirage au sort ou par rotation. Pour Aristote, souvenez-vous, un citoyen c'est celui qui est capable de gouverner et d'être gouverné. Tout le monde est capable de gouverner donc on tire au sort. Pourquoi ? Parce que la politique n'est pas une affaire de spécialiste. Il n'y a pas de science de la politique. Il y a une opinion, la doxa (1) des Grecs, il n'y a pas d'épistémè (2)

Je vous fais remarquer d'ailleurs que l'idée qu'il n'y a pas de spécialiste de la politique et que les opinions se valent c'est la seule justification raisonnable du principe majoritaire. Donc chez les Grecs le peuple décide et les magistrats sont tirés au sort ou désignés par rotation. Il y a des activités spécialisées parce que les athéniens n'étaient pas fous, ils ont quand même fait des choses assez considérables, ils ont fait le Parthénon, etc... Pour ces activités spécialisées, la construction des chantiers navals, la construction des temples, la conduite de la guerre, il faut des spécialistes. Donc, ceux-là, on les élit. C'est ça, l'élection. Parce que l'élection, ça veut dire l'élection des meilleurs. Et sur quoi on se base pour élire les meilleurs ? Eh bien là, intervient l'éducation du peuple car il est amené à choisir. On fait une première élection, on se trompe, on constate que par exemple Périclès est un déplorable stratège, eh bien on ne le réélit pas, ou même on le révoque. Mais cette doxa, cette opinion dont on peut postuler qu'elle est également partagée, c'est bien sûr un postulat tout à fait théorique. Pour qu'il ait un peu de chair il faut que cette doxa soit cultivée. Et comment peut être cultivée une doxa concernant le gouvernement ? Eh bien en gouvernant. Donc la démocratie -c'est ça l'important- est une affaire éducationnelle des citoyens, ce qui n'existe pas du tout aujourd'hui.

Récemment, un magazine a publié une statistique indiquant que 60% des députés avouent qu'ils ne comprennent rien à l'économie. Des députés en France qui vont décider, qui décident tout le temps ! Ils votent, ils augmentent les impôts, ils les diminuent, etc.. En vérité, ces députés, tout comme les ministres, sont asservis à leurs techniciens. Ils ont leurs experts mais ils ont aussi des préjugés ou des préférences. Et si vous suivez de près le fonctionnement d'un gouvernement, d'une grande bureaucratie -moi je l'ai suivi dans d'autres circonstances- vous voyez que ceux qui dirigent se fient aux experts, mais ils choisissent les experts qui partagent leurs opinions. Vous trouverez toujours un économiste pour vous dire : "Oui, oui, il faut faire ça". Ou un expert militaire qui vous dira : "Oui, il faut l'armement nucléaire" ou "il ne faut pas d'armement nucléaire". N'importe quoi. C'est un jeu complètement stupide et c'est ainsi que nous sommes gouvernés actuellement. Donc dilemme de Morin et de Platon, spécialiste ou généraliste. Les spécialistes au service des gens, c'est ça la question. Pas au service de quelques politiciens. Et les gens apprenant à gouverner en gouvernant.

D.M. - Educationnel , vous avez dit et vous dites : Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Plus généralement, quel mode d'éducation vous voyez ? Quel mode de partage de la connaissance ?

C. C. - Il y a beaucoup de choses qu'il faudrait changer avant qu'on puisse parler de véritable activité éducatrice sur le plan politique. La principale éducation dans la politique c'est la participation active aux affaires ce qui implique une transformation des institutions qui permette et qui incite à cette participation alors que les institutions actuelles repoussent, éloignent, dissuadent les gens de participer aux affaires. Mais cela ne suffit pas. Il faut que les gens soient éduqués et soient éduqués pour le gouvernement de la société. Il faut qu'ils soient éduqués dans la chose publique. Or si vous prenez l'éducation actuelle, ça n'a strictement rien à voir avec ça. On apprend des choses spécialisées. Certes on apprend à lire et à écrire. C'est très bien, il faut que tout le monde sache lire et écrire, d'ailleurs chez les Athéniens, il n'y avait pas d'analphabètes. A peu près tous savaient lire et c'est pour ça qu'on inscrivait les lois sur le marbre. Tout le monde pouvait les lire et donc le fameux adage, "personne n'est censé ignorer la loi", avait un sens. Aujourd'hui on peut vous condamner parce que vous avez commis une infraction alors que vous ne connaissez pas la loi alors qu'on vous dit : vous êtes censé ne pas l'ignorer". Donc l'éducation devrait être beaucoup plus axée vers la chose commune. Il faudrait comprendre les mécanismes de l'économie, les mécanismes de la société, de la politique, etc... On n'est pas capable d'enseigner l'histoire. Les enfants s'emmerdent en apprenant l'histoire alors que c'est passionnant. Il faudrait enseigner une véritable anatomie de la société contemporaine, comment elle est, comment elle fonctionne.

D.M. - Vous avez beaucoup parlé et écrit autour du mouvement de mai 68, qu'avec Edgar Morin et Claude Lefort vous avez appelé "la Brèche". Aujourd'hui, cette période est un âge d'or pour les jeunes qui regrettent de ne l'avoir pas vécue. Si on repense à cette époque, on est frappé par l'aveuglement. Ces comportements révolutionnaires, romantiques, absolus, doctrinaires, sans aucune base, dans une ignorance totale par exemple de ce qui se passait réellement dans la Chine de Mao, choses qu'on pouvait savoir. Mais on préfère croire que savoir...

C. C. - Oui, vous avez raison d'un certain point de vue qui est très important. Mais ce n'est pas tellement une question de niveau de connaissance, je crois. C'est l'énorme domination de l'idéologie au sens strict et, j'allais dire, au sens mauvais du terme. Les maoistes, ce n'est pas qu'ils ne savaient pas, on les avait endoctrinés ou ils s'endoctrinaient eux-mêmes. Pourquoi acceptaient-ils l'endoctrinement ? Pourquoi s'endoctrinaient-ils eux-mêmes ? Parce qu'ils avaient besoin d'être endoctrinés. Ils avaient besoin de croire. Et ça, ça a été la grande plaie du mouvement révolutionnaire depuis toujours.

D. M. - Mais l'homme est un animal religieux. C'est pas un compliment mais...

C. C. - Pas du tout un compliment. Aristote que je n'arrête pas de citer et que je vénère énormément a dit une seule fois une chose qui est vraiment une grosse... bon on ne peut pas dire bourde quand il s'agit d'Aristote, mais tout de même. Quand il dit: L'homme est un animal qui désire le savoir , c'est faux. L'homme n'est pas un animal qui désire le savoir. L'homme est un animal qui désire la croyance, qui désire la certitude d'une croyance, d'où l'emprise des religions, d'où l'emprise des idéologies politiques. Dans le mouvement ouvrier au départ, il y avait une attitude très critique. Quand vous prenez les deux premiers vers de l'internationale qui est quand même le chant de la Commune, prenez le deuxième couplet : "Il n'est pas de Sauveur suprême ni Dieu -exit la religion- ni César ni tribun" -exit Lénine !- Mais il y a ce besoin de croyance. Aujourd'hui, en quoi sommes-nous plus sages qu'en Mai 1968 ? Je crois que peut-être le résultat, à la fois des suites de Mai et de l'évolution dans les pays de l'Est et de l'évolution en général de la société font que les gens sont devenus, je pense, beaucoup plus critiques. Ca, c'est très important. Bien sûr il y a une frange qui cherche toujours la foi. La scientologie, les sectes, ou le fondamentalisme, ça c'est dans d'autres pays, pas chez nous, pas tellement. Mais les gens sont devenus beaucoup plus critiques, beaucoup plus sceptiques. Ce qui les inhibe aussi pour agir. Périclès dans le discours aux Athéniens dit : Nous sommes les seuls chez qui la réflexion n'inhibe pas l'action. C'est admirable ! Il ajoute : Les autres, ou bien ils ne réfléchissent pas et ils sont téméraires, ils commettent des absurdités ou bien, en réfléchissant, ils arrivent à ne rien faire parce qu'ils se disent : il y a le discours et il y a le discours contraire . Or actuellement on traverse aussi une phase d'inhibition, c'est sûr. Mais il faut comprendre, chat échaudé craint l'eau froide. Ils ont goûté tout ça, ils se disent : les grands discours et tout le reste, bof !. Effectivement, il ne faut pas de grands discours, mais il faut des discours vrais.

D. M. - Ce qui fait la richesse de votre pensée, c'est aussi ce regard du psychanalyste sur le monde. Il n'est pas si fréquent d'avoir ainsi plusieurs éclairages. Raoul Vaneigem a publié un livre dont le titre est : Nous qui désirons sans fin.

C.C. - Nous qui délirons ? Oh ça, oui ! Nous qui délirons ! (rire)

D. M. - Qu'est-ce que vous pensez de cet irréductible désir qui fait que l'histoire continue ?

C. C. - Mais, de toute façon il y a un irréductible désir. Enfin et encore ! (silence) Là alors, vraiment ... c'est un gros chapitre. Si vous prenez les sociétés archaÔques ou les sociétés traditionnelles, il n'y a pas un irréductible désir. On ne parle pas là du désir du point de vue psychanalytique. On parle du désir tel qu'il est transformé par la socialisation. Et ces sociétés sont des sociétés de répétition. Or dans l'époque moderne, il y a une libération dans tous les sens du terme, par rapport aux contraintes de la socialisation des individus. On dit par exemple : Tu prendras une femme dans tel clan ou dans telle famille. Tu auras une femme dans ta vie. Si tu en as deux, ou deux hommes, ce sera en cachette, ce sera une transgression. Tu auras un statut social, ce sera ça et pas autre chose". Mais aujourd'hui on est entré dans une époque d'illimitation dans tous les domaines et c'est en ça que nous avons le désir d'infini. Or cette libération est en un sens une grande conquête. Il n'est pas question de revenir aux sociétés de répétition. Mais il faut aussi apprendre -et ça c'est un très grand thème- apprendre à s'autolimiter, individuellement et collectivement. Et la société capitaliste aujourd'hui est une société qui à mes yeux court à l'abîme à tous points de vue car c'est une société qui ne sait pas s'autolimiter. Et une société vraiment libre, une société autonome, doit savoir s'autolimiter.

D. M. - Limiter c'est interdire. Comment interdire ?

C. C. - Non, pas interdire au sens répressif. Mais savoir qu'il y a des choses qu'on ne peut pas faire ou qu'il ne faut même pas essayer de faire ou qu'il ne faut pas désirer. Par exemple l'environnement. Nous vivons sur cette planète que nous sommes en train de détruire, et quand je prononce cette phrase je songe aux merveilles, je pense à la mer Egée, je pense aux montagnes enneigées, je pense à la vue du Pacifique depuis un coin d'Australie, je pense à Bali, aux Indes, à la campagne française qu'on est en train de désertifier. Autant de merveilles en voie de démolition. Je pense que nous devrions être les jardiniers de cette planète. Il faudrait la cultiver. La cultiver comme elle est et pour elle-même. Et trouver notre vie, notre place relativement à cela. Voilà une énorme tâche. Et ça pourrait absorber une grande partie des loisirs des gens, libérés d'un travail stupide, productif, répétitif, etc... Or cela, évidemment, c'est très loin non seulement du système actuel mais de l'imagination dominante actuelle. L'imaginaire de notre époque, c'est l'imaginaire de l'expansion illimitée, c'est l'accumulation de la camelote... une télé dans chaque chambre, un micro-ordinateur dans chaque chambre, c'est ça qu'il faut détruire. Le système s'appuie sur cet imaginaire qui est là et qui fonctionne.

D. M. - Ce dont vous parlez là, sans cesse, c'est de la liberté ?

C. C. - Oui.

D. M. - Derrière ça, il y a la liberté ?

C. C. - Oui.

D. M. - Difficile liberté ?

C. C. - Ah oui ! La liberté, c'est très difficile.

D. M. - Difficile démocratie ?

C. C. - Démocratie difficile parce que liberté, et liberté difficile parce que démocratie, oui, absolument. Parce que c'est très facile de se laisser aller, l'homme est un animal paresseux, on l'a dit. Là encore je reviens à mes ancêtres, il y a une phrase merveilleuse de Thucydide : Il faut choisir se reposer ou être libre. Je crois que c'est Périclès qui dit ça aux Athéniens: Si vous voulez être libres, il faut travailler. Vous ne pouvez pas vous reposer. Vous ne pouvez pas vous asseoir devant la télé. Vous n'êtes pas libres quand vous êtes devant la télé. Vous croyez être libres en zappant comme un imbécile, vous n'êtes pas libres, c'est une fausse liberté. Ce n'est pas seulement l'âne de Buridan qui choisit entre deux tas de foin. La liberté, c'est l'activité. Et la liberté, c'est une activité qui en même temps s'autolimite, c'est-à-dire sait qu'elle peut tout faire mais qu'elle ne doit pas tout faire. C'est ça le grand problème, pour moi, de la démocratie et de l'individualisme.

D. M. - La liberté, c'est les limites ? Philosopher, c'est établir les limites ?

C. C. - Non, la liberté, c'est l'activité et l'activité qui sait poser ses propres limites. Philosopher, c'est la pensée. C'est la pensée qui sait reconnaître qu'il y a des choses que nous ne savons pas et que nous ne connaîtrons jamais...

Novembre 1996.

(1) Ensemble des opinions reçues sans discussion comme une évidence naturelle dans une civilisation donnée.

(2) Ensemble des connaissance réglées (conception du monde, sciences et philosophie) propres à un groupe social et à une époque.

Entretien par Daniel Mermet à la mémoire de Cornelius Castoriadis, disparu le 25 décembre 1996, nous avons rediffusé l'entretien qu'il nous avait accordé un an plus tôt. On a parfois envie de retenir les mots, revenir sur les idées, à "oreille reposée". En vous proposant de vous adresser le script de cet entretien, je ne m'attendais pas à un tel intérêt de toute part, tout horizon, tout milieu, pour une des pensées les plus fécondes et les plus lucides de notre temps. A travers la brèche on sent que tout n'est pas perdu !

Note de Péricles: En hommage à un grand philosophe trop méconnu, texte entièrement repris sur le site
http://www.costis.org/x/castoriadis/montee.htm

25/04/2007

Paroles libératrices

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"Un prophète n'est vraiment prophète qu'après sa mort, et jusque-là ce n'est pas un homme très fréquentable. Je ne suis pas un prophète, mais il arrive que je voie ce que les autres voient comme moi, mais ne veulent pas voir. Le monde moderne regorge aujourd'hui d'hommes d'affaires et de policiers, mais il a bien besoin d'entendre quelques voix libératrices. Une voix libre, si morose qu'elle soit, est toujours libératrice. Les voix libératrices ne sont pas les voix apaisantes, les voix rassurantes. Elles ne se contentent pas de nous inviter à attendre l'avenir comme on attend le train. L'avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l'avenir, on le fait."

Bernanos

Qu'est-ce qu'être français ?

La Belgique polyglotte n'est-elle pas une Nation ? Monsieur Yann, c'est une très bonne question.

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Laissez-moi donc vous poser quelques questions à mon tour :
- L'Empire des Habsbourg était-il une Nation ?
- La Yougoslavie était-elle une Nation ?
- La Tchécoslovaquie était-elle une Nation ?
- L'URSS était-elle une Nation ?
- Le Rwanda est-il une Nation ?

Je ne suis pas un spécialiste de la Belgique, mais je pense qu'il ne faut pas confondre frontières administratives et Nation. Ce ne sont pas une armée, une administration, un gouvernement, des frontières qui font une Nation (bien des colonies au début du XXème siècle avaient ces caractéristiques). Un territoire occupé par des peuples de langues différentes peut exister, parfois pendant des siècles, sans pour cela former une Nation.

Une Nation peut se créer sur des bases ethniques, religieuses, ou bien sur une histoire commune (souvent liée à une aire géographique, comme la France). Une chose est sûre, un pays sans homogénéité linguistique (et donc culturelle) n'est pas une Nation, même si elle en a l'apparence.
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Bien entendu, en France, nous avons beaucoup de mal à l'accepter, car nous avons le fantasme de l'homme universel, et surtout la hantise du conflit, car nous confondons souvent Nation et nationalisme.
Mais l'homme universel n'existe pas. Il existe des français, des espagnols... qui deviennent des français, des espagnols...grâce à leur langue. Un français ne sera jamais français s'il ne parle pas le français. C'est par l'intermédiaire de la langue qu'une collectivité transmet ses valeurs et ses représentations. Cela se fait tellement naturellement que nous ne nous en apercevons même pas. Quand à 7 ans, nous commençons à prendre conscience du monde (et que nous commençons à avoir l'illusion de la liberté), la culture française nous a déjà façonnés ; nous sommes déjà des petits français : la langue en a été le vecteur.
L'enfant qui n'a pas été façonné par une langue quelconque ne deviendra pas un homme, mais un animal (voir Victor, l'enfant sauvage de l'Aveyron, décrit par Jean Itard).
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Un français (ou un anglais) ne comprendra jamais qu'artificiellement et de l'extérieur les spécificités d'une autre culture. Même s'il a l'impression de les comprendre, il ne fait souvent que les déformer par le prisme de ses représentations, et de ses préjugés (essayez donc de comprendre le sens du "ki" dans les arts orientaux).
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Pour conclure, je pense donc que la Belgique n'est pas une Nation mais une construction administrative qui restera toujours très fragile. Au moindre remous historique (ce qui n'est qu'une question de temps),
qu'adviendra-t-elle ?
De Gaulle a lui même écrit qu'en 1945 s'il avait voulu intégrer la Belgique francophone à la France, elle se serait jetée dans ses bras.
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J'ai du mal à croire que la même chose aurait été possible entre la Bretagne et l'Angleterre par exemple.

21/04/2007

La république des girouettes

Quand je vous entends, Madame Royal, je ne sais pas si je dois rire ou pleurer. Quand avec votre voix
d'automate, vous nous parlez de Nation, de responsabilité, de travail, de la France, du drapeau français, d'ordre ("ordre juste" pour pas trop ridiculiser les anars du PS qui vous soutiennent). Non pas que ces symboles et valeurs me choquent, bien au contraire puisqu'elles sont les fruits de la Révolution Française et des Lumières.
Mais, franchement, pour le parti socialiste, c'est un virage à 180 degrés.

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Vous qui avez été conseillère (1) de Monsieur Mitterrand et de sa cour (Fabius, Lang, Drey..), chantres du mondialisme, du libéralisme, des années frics et toc, de l'Europe supranationale et donc du démantèlement de la France, de l'irresponsabilité politique, de la corruption à tous les niveaux, de l'utilisation politicienne et irresponsable de l'immigration, de l'école, des institutions, j'en passe et des meilleures... vous voilà redevenue apôtre de Jaurès.

Pourquoi ? Avez-vous déjà défendu ces positions dans le passé ? Jamais !
Mais, depuis les déculottées de 2002 et du référendum de 2005, le sens du vent a tourné. Alors, en bon marchand de tapis, le PS sort son nouveau produit qui colle bien au marché : Mme Royal et ses superbes emballages blancs.
Le but n'est pas de construire l'avenir ni de transmettre, au travers d'une politique, le patrimoine français aux générations futures. Le but est de gagner des élections, et pour cela, il suffit de raconter n'importe quoi, surtout ce que les gens veulent entendre. Même si cela nécessite des grands écarts idéologiques, même si on doit se contredire, se renier, se coucher, se ridiculiser... Après tout, les français n'ont pas de mémoire : la preuve.
Et puis, quand vous serez au pouvoir, vous pourrez continuer comme avant.




Rassurez-vous, vous ne portez pas toutes les responsabilités. L'alternative de Monsieur Sarkozy est du même acabit : un homme de parti qui défendra en priorité les intérêts de son parti, avant ceux des français.
Les promesses n'engagent que ceux qui y croient.

(1) À l’été 1985, lors d’une réunion de la commission exécutive du PS Calvados, à Caen, elle déclarait : "Voilà, je m’appelle Ségolène Royal, je suis membre de la section de Trouville et conseillère municipale. J’ai 28 ans. Je suis mère d’un enfant. Je travaille à l’Elysée auprès de François Mitterrand. Les deux personnes que j’aime le plus au monde, c’est mon bébé et François Mitterrand."
Il est étonnant qu'elle ait eu tant d'admiration pour un homme aux antipodes de ses convictions actuelles, si ce n'est peut-être, sa capacité à obtenir le pouvoir et à le garder par tous les moyens. Mais les convictions de nos représentants politiques varient souvent au gré des sondages. On appelle cela la démocrassouille d'opinion.