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20/06/2008

L'affaire Vincent Humbert ou la propagande pro-euthanasie !

LE REFERENDUM IRLANDAIS OU LE RETOUR DU REFOULE

Comment ne pas être frappé, en voyant  rejet du traité de Lisbonne émanant du peuple irlandais,  par  le contraste entre la faiblesse de l’enjeu apparent : un  pays sur vingt-sept  et un des plus petits, périphérique qui plus est, ne représentant  que 1,1 % de la population de l’Union,  et  le séisme que provoque  ce vote à travers toute l’Europe.  

 

ab23d7ad5c3cc0381bdd4da773261d4b.gif Les raisons qui peuvent expliquer ce retentissement ne manquent certainement pas :   l’Irlande étant le seul  pays que sa loi fondamentale  obligeait  à  soumettre le traité à référendum,  tout le monde a compris que  le peuple irlandais  dit tout haut ce que les autres pensent tout bas ;  on sait aussi qu’un traité international comme celui de Lisbonne n’est valide que si tous les pays signataires l’ont ratifié et que la défaillance d’un seul suffit à le rendre inopérant.

Certes. Mais l’Europe en a vu d’autres : la machine européenne a su jusqu’ici gérer ces problèmes quitte à faire revoter certains pays  ou à leur ménager  un régime spécial (Royaume-Uni, Danemark, Irlande déjà ).

Les  partisans du traité peuvent dire en outre que l’Irlande, encore prisonnière d’ un catholicisme étriqué,  est un cas à part :  que la question de l’avortement ait en partie motivé son refus l’écarte , de toutes façons, du courant dominant.    

Pourtant cet Etat , longtemps à la traîne,  est devenu  le plus  riche de l’Union ; il a le taux de  prélèvements obligatoires  le plus faible et au moins autant que les questions de mœurs,  a joué dans ce pays réputé libéral  la crainte que l’Europe ne remette en cause la gratuité de la santé et de l’éducation. Le refus des  aventures militaires où la politique étrangère commune pourrait  entrainer ce pays resté  à l’écart de l’OTA N   a aussi influé.

Mais  la réaction  de l’opinion internationale  témoigne surtout  de l’extrême fragilité de l’édifice bruxellois.

Déjà, deux grands pays fondateurs, la France et les Pays-Bas,   avaient en 2005  rejeté le projet de constitution européenne provoquant un premier ébranlement. La réaction des élites européennes attachées à une mécanique dont l’effet  premier, profitable pour elles,  est d’ouvrir l’espace européen à tous les  vents de la mondialisation, fut de s’asseoir sur le couvercle de la marmite. Le traité prétendu simplifié (tellement simplifié que François Bayrou lui-même n’hésite pas à qualifier d’illisible), annoncé par Nicolas Sarkozy dans sa campagne électorale, devait remettre l’Europe sur les rails « parce qu’il n’y a pas d’autre solution. » Afin d’éviter cette fois tout  risque de  rejet, 26 états sur 27  avaient décidé de  l’adopter par voie parlementaire, des gouvernements et des parlements dociles  à l’ordre  international n’hésitant pas, comme en France, à désavouer frontalement le vote populaire. Mais le référendum irlandais a été  le maillon faible de l’entreprise : avec lui , c’est toute une bouffée de vapeur qui s’échappe de la marmite , venant rappeler que le calme apparent avec lequel les dirigeants européens faisaient mijoter leur petite soupe  n’était qu’un faux-semblant recouvrant une contrainte lourde imposée   aux peuples et un viol, sinon dans la lettre du moins dans l’esprit,  de ce fondement essentiel de la civilisation européenne qui s’appelle la démocratie.

Que va-t-il se passer désormais ? La France et l’Allemagne ont, sans surprise, annoncé conjointement que le processus de ratification devait se poursuivre comme s’il ne s’était encore une fois rien passé.  Les électeurs irlandais sont renvoyés aux  brumes d’Avallon.

Freud a expliqué que le mécanisme du refoulement permettait à l’homme de vive au quotidien, en « censurant » les vérités traumatiques qu’il  ne veut pas voir. Depuis plusieurs années les dirigeants européens censurent pour cette raison le refus profond des peuples d’Europe d’aliéner leur liberté ou à tous le moins d’approuver  des politiques européennes décidées sans qu’on  leur demande leur avis. 

Le plus probable dans l’immédiat  est qu’un nouveau mécanisme de refoulement - de forclusion disent aussi les psychanalystes - ,   quelques subterfuges juridiques aidant , se mette en place, pour que l’Europe  puisse croire reprendre le cours de  son long fleuve tranquille.  Le traumatisme passé, on fera comme s’il ne s’était rien passé. Mais l’amnésie aura un caractère plus artificiel que jamais.  Et comme le refoulé, nous dit encore Freud,  finit toujours par revenir à la surface, ce sera jusqu’au prochain débordement.

                                                Article de    Roland HUREAUX pblié sur son blog le   Vendredi 13 juin 2008   

17/06/2008

Les peuples veulent reprendre le contrôle de l'Europe



Après le “non” irlandais, la solution est proche. Le « non » irlandais au traité de Lisbonne est sans appel : malgré le déchaînement des pressions de tout genre, nationales et internationales, 53,4 % de votes « non », 33 circonscriptions sur 43, avec un taux de participation élevé pour l'Irlande – deux caractères que l'on retrouvait déjà en 2005 dans les référendums français et néerlandais. Il est clair aussi que la plupart des peuples d'Europe, si d'aventure ils étaient consultés, répondraient à peu près la même chose. Il n'y a qu'une conclusion à en tirer : les peuples ne veulent ni de la Constitution européenne, ni de ses succédanés, car ils ont compris que l'Europe supranationale en construction, hors de tout contrôle proche et direct des citoyens, néglige leur défense, piétine leurs valeurs, et finalement se retourne contre eux. Ils ne rejettent pas l'Europe en elle-même, ils rejettent cette forme d'Europe, et veulent en reprendre le contrôle.



Dublin, 13 juin 2008, devant le City Castle.
Dublin, 13 juin 2008, devant le City Castle.

par Georges Berthu*

Tout cela était hautement prévisible pour qui voulait bien écouter nos concitoyens sans se laisser assourdir par les dogmes fédéralistes. L'année dernière, ici-même dans Liberté politique (13 décembre 2007), nous doutions que, malgré le verrouillage massif opéré par les classes politiques, le traité de Lisbonne puisse être un jour adopté : « Il nous paraît peu vraisemblable, écrivions-nous, qu'une réticence populaire aussi massive ne trouve pas un moyen de se frayer un chemin chez l'un au moins des 27 États membres, ou chez plusieurs ». Eh bien, nous y sommes.

Qui peut ne pas voir désormais que les Français, comme tant d'autres, ne croient plus du tout à l'Europe telle qu'elle est, une Europe qu'ils avaient fondée pour qu'elle les défende mieux, à laquelle ils ont donné des pouvoirs dans ce but, et qui maintenant les galvaude?

La confiance en l'Europe est rompue. Et pis encore, les responsables politiques nationaux qui s'efforcent de défendre cette Europe discréditée y perdent eux-mêmes leur crédit. La délégitimation européenne se répercute ainsi sur les institutions nationales qui auraient pu servir de recours, et la rupture entre les citoyens et leurs représentants n'en est que plus grave.

Une Europe qui nous défende

Il faut absolument réagir, car dans ce monde globalisé plus dangereux que jamais, nous avons besoin d'une Europe qui nous défende. Il nous faut un acte éclatant et radical, montrant à tous, indiscutablement, que l'Europe change de direction.

Au lieu de cet acte salvateur, que voyons-nous ces derniers jours ? Des fédéralistes aigris qui nous expliquent que les Irlandais, après avoir reçu tant d'aides européennes, se montrent égoïstes et ingrats. Ces affirmations sont vraiment injustes. Car ceux qui ont suivi la campagne irlandaise de près savent bien que l'argument le plus fréquent était celui de la souveraineté : « Nous n'avons pas résisté cinq siècles à la domination anglaise pour plier maintenant devant les bureaucrates de Bruxelles. » La pseudo-explication par l'égoïsme et la cupidité, dont se repaissent les fédéralistes, leur nuit à eux-mêmes au premier chef, car elle les rend incapables d'analyser les vrais enjeux, et elle les disqualifie.

« Les Irlandais n'ont pas lu le traité de Lisbonne » répètent aussi les mêmes aigris. Mais qui l'a bien lu ? Ceux qui ont voté « oui » pas plus que les autres. En vérité, les Irlandais qui ont refusé Lisbonne n'ont sans doute pas lu chaque article mot à mot, mais ils ont parfaitement compris la direction générale, tout simplement parce que cette direction générale, ils la sentent dans leur vie quotidienne. C'est en cela qu'une vraie démocratie est irremplaçable, n'en déplaise aux fédéralistes.

Enfin, on nous soutient encore qu'il faudrait poursuivre les ratifications du traité de Lisbonne parce qu'il « n'y a pas d'autre Europe possible ». Si c'était vrai, ce serait désespérant. Et beaucoup répondraient sans doute : « Alors, il vaut mieux pas d'Europe du tout que cette Europe qui nous trahit. » Mais heureusement, ce n'est pas vrai.

Il y a bien une autre Europe, mais encore faudrait-il que les fédéralistes sortent de leur tour d'ivoire, qu'ils écoutent et regardent les réalités autour d'eux. Qu'ils comprennent que le général de Gaulle n'émettait peut-être pas une idée absurde lorsqu'il voulait faire du « Compromis de Luxembourg » la clé de voûte des institutions européennes, parce qu'il y voyait le meilleur moyen d'établir un lien direct entre l'Europe et chaque peuple. Ce Compromis ne peut pas être transposé tel quel dans une Europe à 27 ou 30 membres ? Bien sûr, modifions-le, transformons-le en un « droit de ne pas participer », restaurons ainsi la valeur des démocraties nationales, et conservons son esprit. C'est l'essentiel.

Le Compromis de Luxembourg modernisé ne risquerait-il pas de produire une « Europe à la carte » ? Assez d'épouvantails ! Si c'est une Europe efficace, proche de ses peuples, respectueuse des identités comme des démocraties nationales, ce sera bien suffisant.

Alors courage, MM. les chefs d'État et de gouvernement ! La solution est peut-être proche si vous le voulez bien.


*Georges Berthu est ancien député européen

ARTICLE PUBLIE SUR (http://www.libertepolitique.com/) ET SUR 
 
observatoiredeleurope.com LE Lundi 16 Juin 2008

15/06/2008

Plan B : Kouchner veut 'remettre ce Traité sur le métier'



Interviewé sur RTL ce lundi 9 juin, le ministre des Affaires Etrangères français Bernard Kouchner exhorte les irlandais àb0f879ea71f2fc7b5596465f637ea05f.jpg se prononcer en faveur du « oui » lors du référendum sur le Traité de Lisbonne qui se tiendra ce jeudi 12 juin. En cas de "non" irlandais, il annonce ce qui ressemble fort à un "plan B". Il faudra, explique-t-il "tenter de convaincre les Irlandais qui ont déjà revoté une fois à propos du Traité de Nice justement, de remettre ce Traité sur le métier. Difficile situation qu'on commence à envisager un peu partout."


Vers de nouveaux opting out (dérogations) pour l'Irlande en cas de
Plan B : Kouchner veut 'remettre ce Traité sur le métier'

Là où d'autres ont mis les formes pour plaider en faveur d'une ratification du Traité de Lisbonne, M. Kouchner affiche un dogmatisme pour le moins de mauvais goût quand il affirme : « Nous faisons tout pour que le "non" disparaisse des esprits et que le "oui" l'emporte. Je crois que la première victime d'un "non" éventuel auquel je ne veux pas croire, ce serait les Irlandais ».

Le ton de Bernard Kouchner ne manque pas d'arrogance quand il évoque les fonds communautaires - en réalité ceux des autres Etats membres transitant par Bruxelles -récoltés par l'Irlande : « Oui, ils en ont profité plus que les autres. (…) Ce serait quand même très, très, très gênant pour la pensée honnête qu'on ne puisse compter sur les Irlandais qui, eux, ont beaucoup compté sur l'argent de l'Europe. »

Avait-on dit aux Irlandais qu'accepter les aides européennes les priverait de toute possibilité de ne pas être d'accord avec la politique de l'Union, avec la façon dont elle se construit et par-delà les priverait de tout droit démocratique lorsque l'Union est dans les parages, à commencer par celui de dire "non" ? La vision toute clientéliste de l'Europe par Bernard Kouchner fait grincer des dents dans le camp du "oui" irlandais, où l'on attendait tout, sauf du chantage aux fonds européens pour soutenir la difficile cause du traité de Lisbonne.

Mieux, le Ministre français des affaires étrangères révèle, en se retenant un peu quand même, que le "non" mettrait certes l'Union européenne dans une "difficile situation" mais que comme lors du premier "non" irlandais sur le traité de Nice, on remettrait l'ouvrage "sur le métier" et que c'est la solution que l' "on commence à envisager partout", autrement dit, la négociation de nouvelles dérogations (opting out) en faveur de l'Irlande.

Extrait :

Alain Duhamel (RTL) : Si un pays manquait à l'appel, les 26 pourraient-ils appliquer le Traité ? Ou le Traité serait-il définitivement loin ?

Bernard Kouchner : Théoriquement non. Théoriquement non. Je pense qu'il faudrait poursuivre en ce qui concerne la France puisque nous serons Président à partir du 1er juillet, il faudrait continuer, s'acharner, aller très vite, continuer sur les priorités que nous avons définies et puis tenter de convaincre les Irlandais qui ont déjà revoté une fois à propos du Traité de Nice justement, de remettre ce Traité sur le métier. Difficile situation qu'on commence à envisager un peu partout avec comme dirais-je, de l'espoir certainement c'est nécessaire, mais un peu d'incompréhension qui va se transformer en une gigantesque incompréhension. Ce n'est pas en étant seul qu'on arrivera à faire face ; et au contraire, vraiment les Irlandais se pénaliseraient.

Aujourd'hui, Le Monde (10 juin ) confirme : "en cas de non, pour éviter une réaction en chaîne et ne pas interrompre le processus de ratification du traité par les autres pays - seuls quinze Etats membres ont déjà ratifié -, une solution serait de faire revoter les Irlandais sur de nouvelles bases, en leur concédant d'autres "opting out" (dérogations) sur les sujets qui leur sont sensibles. Le précédent de Nice nourrit l'espoir qu'un non pourrait à chaque fois être gratifié d'une prime des têtus."

Après la menace, la douceur, au pire le "non" irlandais provoquera une..."gigantesque incompréhension" comme le dit Bernard Koucnher, et l'on renégociera des concessions et garanties à l'Irlande. Preuve qu'en dehors de provoquer un immense, mais provisoire désarroi chez les élites décidément incomprises des peuples européens, ce "non" irlandais ne pourra qu'être fécond. En France, où le référendum en cas de transferts de souveraineté n'est pas constitutionnellement obligatoire, on avait pas eu cette chance.

A rticle de Christophe Beaudouin publié sur "L'Observatoire de l'Europe après le Non" le Mardi 10 Juin 2008

29/05/2008

Touche pas à mon préambule !

Par Anne-Marie Le Pourhiet, Professeur de droit public à l'université Rennes-1, tribune parue dans Le Figaro, 23 mai 2008. Anne-Marie Le Pourhiet détaille les raisons pour lesquelles il ne lui semble pas judicieux de réviser le préambule de la Constitution où sont consacrés la philosophie politique de la France ainsi que les droits et libertés des citoyens.
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Par décret du 9 avril 2008, le président de la République a désigné le comité présidé par Simone Veil, chargé de réviser le préambule de la Constitution française où sont consacrés la philosophie politique de la France ainsi que les droits et libertés des citoyens. Trois mois s'étant écoulés depuis l'annonce faite le 8 janvier, et le président ayant depuis judicieusement rappelé qu'il n'avait pas été élu pour désigner des comités, on s'était pris à espérer qu'il renonce à son inquiétant projet. Il n'en a rien été.

C'est pour ancrer la Ve République dans la tradition républicaine, et rassurer ceux qui redoutaient une dérive bonapartiste du régime, que la loi constitutionnelle du 3 juin 1958 avait imposé au gouvernement du général de Gaulle de garantir dans la nouvelle Constitution les droits essentiels consacrés par la déclaration libérale de 1789 et le préambule social de 1946.

La cohabitation n'a pas toujours été facile entre ces deux philosophies puisque le libéralisme impose à l'État de se cantonner dans des fonctions régaliennes (État gendarme) tandis que le socialisme l'invite au contraire à fournir prestations et réglementations (État providence). Toutefois, les textes de 1789 et de 1946 ont en commun un élément essentiel qui assure leur cohérence : l'universalisme, qui ne veut rien voir entre le citoyen libre et la nation souveraine. La consécration de l'autodétermination d'un homme doué de conscience et de raison, libéré de toute chaîne ou appartenance héréditaire, coutumière, ethnique, religieuse ou linguistique est la caractéristique majeure de la tradition républicaine et donc de notre «identité constitutionnelle», pour reprendre l'expression du Conseil constitutionnel. L'égalité de tous les citoyens devant la loi, le refus des groupes, catégories ou corporations, l'abolition des privilèges et la promotion du seul mérite constituent, depuis la Révolution, le socle intangible de nos valeurs.

Or la lettre de mission adressée par le président Sarkozy à Mme Veil, malgré ses précautions de langage, prometb42bb1f940414c9a1a59479875957476.jpg clairement une remise en cause de celles-ci. Il ne suffit pas, en effet, d'affirmer que la révision projetée ne saurait «modifier ou affaiblir» les textes de 1789 et de 1946 et qu'il s'agirait seulement d'inscrire dans le préambule «des droits et principes fondamentaux nouveaux». Les juristes savent bien que beaucoup de «droits nouveaux» issus du multiculturalisme ou du féminisme ne s'ajoutent pas simplement aux droits de l'homme traditionnels mais les contrarient au point de les détruire. Lorsque Marcel Gauchet affirme : «Un nouvel homme des droits de l'homme est né qui n'a plus rien à voir avec son ancêtre de 1789», il constate simplement que les nouveaux droits aujourd'hui revendiqués ou consacrés dénaturent les libertés fondamentales de la première génération.

Introduire la parité et la diversité dans le préambule revient à saper le principe d'égalité de tous devant la loi et à consacrer des assignations à identité sexuelle, ethnique, linguistique ou religieuse que le Conseil constitutionnel a toujours refusées au nom de l'universalisme révolutionnaire. C'est aussi remettre en cause la méritocratie républicaine que d'introduire des discriminations positives, c'est-à-dire des passe-droits ethniques et sexuels, qui constituent autant de privilèges, au sens étymologique de lois privées, en opposition avec la res publica. Ne nous y trompons pas, c'est la philosophie réactionnaire de Joseph de Maistre, illustrée par son fameux «J'ai vu des Français, des Italiens, des Russes mais quant à l'homme je déclare ne jamais l'avoir vu de ma vie», qui est de retour et que l'on a clairement entendue dans le discours de Dakar qui ne voulait voir, lui aussi, que «l'homme africain». La remise en cause de la laïcité n'est sans doute pas expressément au programme du comité Veil, mais on devine bien qu'elle rôdera alentour sous couvert de «diversité religieuse» ou de «dignité des croyants», et l'on sait aussi que les militants des langues et «préférences» régionales ont déjà préparé leurs amendements ethnocentriques.

La dignité constitue aujourd'hui la menace la plus directe contre la philosophie des Lumières et l'idée républicaine, l'arme fatale contre nos libertés. Ériger cette notion philosophique et morale, éminemment subjective et relative, en norme juridique est une folie. On voit déjà depuis plusieurs années que c'est au nom de la dignité des individus et des groupes que des militants narcissiques et hystériques ont obtenu la multiplication des incriminations pénales de harcèlement moral et sexuel, de discriminations et propos sexistes, homophobes, handiphobes, etc., aboutissant à un arsenal répressif menaçant notamment les libertés d'expression et de la presse. C'est encore au nom de la dignité humaine qu'est revendiquée une euthanasie «très active», et ce n'est pas non plus un hasard si les décisions juridictionnelles récentes les plus intellectuellement indigentes et tirées par les cheveux ont été rendues sur le fondement de cette notion fourre-tout et galvaudée.

e72b74c1d7ab13d78dedeb547af0303e.jpgPrenons garde à ce que l'on ne nous remplace subrepticement la devise «Liberté, Égalité, Fraternité» par la trilogie «dignité, diversité, parité» et que l'emblème «bleu, blanc, rouge» ne vire subitement au «black, blanc, beur». Le seul texte constitutionnel français à avoir jusqu'à présent mentionné expressément la «dignité de la personne humaine» et reconnu les «droits des communautés» est le projet de Constitution du maréchal Pétain. C'est à méditer.

Dans ses vœux à Jacques Chirac, en janvier 2006, Pierre Mazeaud indiquait que2b6f441cc425c5c5899b104099ec0b6f.jpg «l'inconstance institutionnelle porte l'empreinte du sous- développement». C'est exact et il est certain que le remplissage droit-de-l'hommiste ne saurait tenir lieu de philosophie politique. Et puisque nous avons emprunté notre principe «gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple» à Abraham Lincoln, il conviendrait enfin de rappeler au président de la République française que si c'est le «peuple constituant» qui s'est effectivement référé en 1958 aux principes de 1789 et de 1946, c'est encore à ce même peuple qu'il conviendrait de proposer, cinquante ans plus tard, de les modifier. On ne change pas le contrat social d'une nation sans son consentement exprès et direct.

 

tribune parue dans Le Figaro, 23 mai 2008 

Par Anne-Marie Le Pourhiet,

Article paru sur communautarisme.fr le 27 Mai 2008 

24/05/2008

Un nouveau totalitarisme ?



L'Histoire ne serait-elle qu'un éternel recommencement ? Après avoir gangrené l'humanité au début du vingtième siècle, le prurit totalitaire semblait s'être apaisé. Il réapparaît aujourd'hui sous une nouvelle forme : l'Islam. 1cae1b8dd88cc53fa8ae96015876c41a.jpg


Ironie de l'Histoire, c'est ceux qui combattaient le plus farouchement la réaction religieuse -la gauche en l'occurrence mais pas seulement- qui s'en font aujourd'hui les plus ardents défenseurs.

Pourquoi ? Est-ce parce que cette nouvelle idéologie totalitaire ressemble presque trait pour trait au stalinisme le plus dogmatique :

- mêmes buts : une société totalitaire où l'individu disparaît au profit de la communauté (communisme), société policière et anti-démocratique où la vie humaine hors communauté n'a aucune valeur. Négation de la culture et des valeurs occidentales (individualisme, liberté d'opinion, liberté religieuse, droit de l'homme mais aussi respect de la femme, citoyenneté, rationalisme...)

- même méthodes : subversion, technique de guérilla, propagande, double langage, manipulation, endoctrinement, utilisation des faiblesses et des contradictions de la démocratie contre elle-même.
Il n'y a pas de doute, ces individus ont lu Lénine ("Que faire ?"), Mao ("La guerre révolutionnaire") et Hitler ("Hitler m'a dit" de Rauschning).bb9225ca1406106ce524ea48158daffa.jpg

Autre ironie de l'Histoire ; les Nations et les peuples européens refont les mêmes erreurs à l'identique, 70 ans après : l'Angleterre, fidèle à sa tradition libérale, pense que les mouvements extrémistes s'essouffleront d'eux-mêmes ; la France, fidèle à sa tradition chrétienne et universaliste, nie tout d'abord la réalité et l'importance du problème et pense qu'amour, compassion et dialogue suffiront à désarmer les méchants.
Le traité de Munich n'a pourtant pas empêché la deuxième guerre mondiale, bien au contraire : il fut un formidable encouragement adressé à Hitler.

0882b1340e977c32e6b1f053edf4e064.jpgL'Islam wahhabite, religion dominante dans les banlieues occidentales mais aussi dans la majeure partie des pays musulmans, est une idéologie totalitaire qui, à l'instar du communisme et du nazisme, a besoin de la violence et de la guerre pour exister. La violence n'est donc pas un moyen politique mais le but ultime.

Hélas, bien peu de nos concitoyens en ont aujourd'hui conscience (il est vrai que nos dirigeants et nos médias ne font rien pour éveiller les esprits).
Ce n'est pas en niant la réalité, en minimisant l'ampleur du danger, qu'on pourra répondre de manière mesurée à ce nouveau défi. Quand, de surcroît, les peuples européens renient volontairement leurs Histoires, leurs valeurs, leurs cultures et sabordent leurs nations, il y a là un effet démultiplicateur qui pourrait bien nous conduire à de grandes tragédies.

Il ne s'agit pas de dénigrer l'Islam en tant que tel, le wahhabisme n'ayant plus grand chose à voir avec la spiritualité musulmane (il en serait même la négation) ; c'est en fait une nouvelle mutation du mal totalitaire qui a pris l'apparence d'une spiritualité séculaire (l'Islam) afin de mobiliser les masses (car il n'y jamais eu et il n'y aura jamais de totalitarisme sans embrigadement des masses).

Les totalitarismes communistes et nazis furent les maladies infantiles (comme disait Lénine) des sociétés occidentales modernes (du moins, espérons-le !) qui avaient proclamé la mort de Dieu. Le wahhabisme est donc la preuve vivante que le monde musulman est entré de plain-pied dans la modernité, pour le meilleur comme pour le pire !

19/05/2008

Pétition pour le maintien du 8-Mai

 

 

L’Union du peuple français diffuse une pétition dont nous nous faisons ici l’écho :

A l’attention de : Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Une simple brève dans la presse écrite nationale ; une dépêche lue à la radio, c’est ainsi que les français ont appris en ce début du mois de mai 2008 que François Fillon n’écartait pas l’idée avancée par le Premier ministre Luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, de faire du 9 mai, jour de la fête de l’Europe, un jour férié en remplacement du 8 mai.

Déjà en 1975, le Président de la République, Valéry Giscard d’Estaing avait décidé de supprimer la commémoration de la victoire alliée du 8 mai au motif de la réconciliation franco-allemande dans le cadre de la relance de la construction européenne.

Cette volonté de supprimer le 8 mai participe d’une vision dévalorisante et mortifère de l’Histoire de France où certains souhaitent amputer la mémoire nationale pour faciliter une intégration dans une Europe fédérale, libérale et atlantiste.

Mais le devoir de mémoire ne peut se satisfaire d’une information sélective car les peuples qui ferment les yeux sur leur passé risquent fort d’être condamnés à le revivre en devenant aveugles devant le présent.

Au moment même où Nicolas Sarkozy a rendu hommage à « la vraie France », celle de la Résistance, ajoutant que la France, « elle n’était pas à Vichy, elle n’était pas dans la Collaboration », cette annonce constitue une véritable provocation.

Puisque l’idée d’un 9 mai férié en Europe, qui remplacerait le 8 mai, sera discutée au Parlement français, nous vous invitons à signer cette pétition pour le maintien d’un 8 mai férié et de ses commémorations nationales afin de démontrer à nos représentants l’attachement du peuple français à cette date anniversaire.

Diffusez et faites signer autour de vous cette pétition afin de leur rappeler que la commémoration de la victoire remportée par les armées françaises et alliées le 8 mai 1945, comme d’autres journées commémoratives telle que le 18 juin (anniversaire de l’appel du général de Gaulle depuis Londres) ou, surtout, le 11 novembre, rassemblent la population autour de grandes manifestations.

Signer la pétition

 

Article publié le  mercredi 14 mai 2008 sur revue républicaine

18/05/2008

Constitution : renforcer la laïcité contre les dérives communautaristes

  
  • le 7 mai 2008 - COMMUNIQUE DE PRESSE de Jacques MYARD, Député UMP, Président du Cercle Nation et République

Jacques Myard (sur la photo avec Dominique de Villepin) a déposé à l'Assemblée nationale une proposition de loi constitutionnelle visant à interdire aux partis politiques de se réclamer d'aucune religion ni d'aucune ethnie.

 

En effet, il est apparu lors d'élections locales que certains mouvements politiques se sont présentés comme des représentants ou des défenseurs d'un groupe ethnique ou religieux.

 

Il s'agit là d'une manifestation évidente de dérives communautaristes, ces groupements politiques s’adressant de façon discriminatoire à une fraction de la population en fonction de son origine ethnique ou de son appartenance religieuse, comme on l'a vu aux dernières élections municipales de Strasbourg.

 

Ce phénomène est potentiellement dangereux car il peut menacer directement l’indivisibilité de la République et remet en cause le principe de laïcité qui est le meilleur garant de la cohésion nationale et du respect des droits individuels.

Ces mouvements profitent actuellement de l’absence de définition claire du parti politique dans la loi, simple association loi de 1901 qui « se forme et exerce son activité librement » conformément à l’article 4 de la Constitution qui lui impose l'obligation de respecter « les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie » et de favoriser la parité.

Il convient donc de combler un vide juridique dans lequel s'engouffrent des activistes politiques et religieux en complétant l'article 4 de la Constitution pour qu'aucun parti ne puisse se réclamer d'une confession ou d'une ethnie.

Tout parti ou groupement politique qui participe à la vie démocratique de notre pays et aspire à le gouverner se doit de veiller au respect des principes fondateurs de notre vouloir-vivre ensemble, en s'adressant à l'ensemble des Français sans aucune discrimination.

 

Jacques Myard déposera dans le cadre du débat sur la réforme des institutions un amendement à l'article 4 de la Constitution à cette fin.

14/05/2008

Discrimination raciale en France : mensonge organisé ?

Je m'interroge souvent sur la signification de l'obsession des élites politiques et médiatiques françaises au sujet de la discrimination raciale.

Julien Landfried suggère, dans son dernier livre, que la dérive idéologique de la "gauche" française (qui de la lutte des classes a abouti à la lutte des races) serait essentiellement liée à la chute des systèmes communistes et donc à l'effondrement de l'idéologie marxiste.

Cette explication n'est pas fausse, mais comment justifier le fait que la "gauche" non totalitaire ne soit pas revenue vers l'idéal républicain qui fut pourtant la seule idéologie qui ait permis d'approcher, dans les pratiques, de l'humanisme universaliste des Lumières ?

La bêtise est évidemment une des explications, mais est-ce la seule ?

972def577068f9979497e2a3ccc1310a.jpgPetit retour en arrière : à partir de quel moment la gauche française a-t-elle décidé d'abandonner l'idéologie marxiste ? Ce n'est pas en 1989, date de la chute du mur de Berlin, mais en 1984 que notre gauche s'est caviardisée sans complexes. Après avoir conquis le pouvoir avec des discours révolutionnaires et subversifs, il ne lui restait plus qu'à se débarrasser d'une idéologie devenue un tantinet encombrante.

Mais alors pourquoi ne pas revenir à l'idéal républicain ? Tout simplement parce que c'est également une idéologie subversive : l'homme et la collectivité humaine sont les buts suprêmes, l'argent et le profit n'étant que des moyens parmi d'autres. Mitterrand a très vite compris , en bon opportuniste, qu'on pouvait facilement embobiner le peuple mais pas les pouvoirs de l'argent (et comme le dit la maxime : on ne mord pas la main qui vous finance).58d4cd5af22aaef4e40659435c972058.jpg
J'ajouterais que les principes républicains n'éludent pas les conflits internes à la société (contrairement aux idéologies totalitaires comme le fascisme, le communisme ou le commutarisme) ce qui peut sembler dangereux pour toute personne ou organisation désirant garder le pouvoir pour le pouvoir.

Au moment même où elle accédait au pouvoir, et après avoir usé de toutes les ficelles de la démagogie, la gauche se voyait bien embarrassée avec ces deux idéologies qui pouvaient désormais se révéler à double tranchant. Face aux réalités du pouvoir, le temps des discours démagogiques était compté, la croisée des chemins était proche : il fallait désormais choisir entre l'éthique de la responsabilité avec tous les risques qu'elle implique, et l'éthique du mensonge, seule à même de garantir la conservation du pouvoir à moyen terme.

05290a6a1b96558aff83f7858417900e.jpgC'est en lorgnant du côté des USA que la gauche française a trouvé son nouveau crédo : la lutte contre les discriminations raciales et le retour aux communautés. Rien de tel pour diviser un peuple et occulter les problèmes économiques ; en effet, ces nouveaux dogmes présentaient l'immense avantage de limiter les conflits sociaux ascendants (revendications salariales pour n'en citer qu'un) et d'étendre les conflits transversaux (conflits inter-ethniques, religieux, sexuels...), tout ceci pour le plus grand profit des classes possédantes qui se voyaient libérées de toutes les pressions sociales que la République et le marxisme leur avaient imposées depuis 1944. Ce qui explique, en partie, pourquoi la droite française n'a, depuis, jamais vraiment contesté cette idéologie, se contentant de mimer la pantomime du conflit droite/gauche au grand théâtre des illusions cathodiques.

C'est donc dans la deuxième partie des années 80 qu'a commencé la propagande anti-raciste. Propagande digne de Staline ou de Goebbels, menée de main de maître par Mitterrand en personne. Goebbels était parvenu, en quelques mois, à faire croire aux Allemands qu'ils étaient antisémites ; Mr Mitterrand, quant à lui, a convaincu les français qu'ils étaient racistes tout en se faisant passer pour un humaniste : artiste diabolique..... mais artiste quand même.0e044be276c8525640083bec86560053.jpg

Je vois poindre sur les lèvres de nos bien-pensants l'objection qui, depuis trente ans, clôt tout débat sur le sujet : "Monsieur, vous êtes un raciste qui voudrait occulter les problèmes de la discrimination raciale dans notre pays" ?

Mon propos n'est pas d'occulter ce problème ; nul doute que le racisme existe dans notre pays (quel pays pourrait se targuer de n'avoir aucun citoyen raciste ?) et qu'il faut le combattre avec fermeté. Mais j'ai également l'intime conviction que cet intérêt récent de nos élites pour les problèmes raciaux cache des motivations moins avouables, disons plus sonnantes et trébuchantes !


Ainsi, il ne fait aucun doute dans mon esprit que le pseudo-combat contre la discrimination raciale n'est qu'une manipulation servant à occulter une autre discrimination tout aussi destructrice socialement , et qui est pourtant passée totalement sous silence : la discrimination politique et syndicale (1) dans les entreprises.

4ddae05faedeafbf246cec8a48682e3f.jpgPendant que les marionnettes de Mr Mitterrand criaient "Touche pas à mon pote", les entreprises licenciaient les syndicalistes à tour de bras et ce, dans un silence médiatique total.
Une coïncidence ? Un hasard ? Une contradiction à coup sûr pour un parti qui se disait socialiste ; quoique pour être en contradiction avec lui-même, il aurait fallu que Mr Mitterrand agisse à l'opposé de ses convictions, ce qui n'était pas le cas puisqu'il n'avait que le pouvoir comme objectif.


Toute personne ayant travaillé dans la grande distribution (2) à cette époque (grosse pourvoyeuse de fonds du PS dans les années 80) sait que les méthodes utilisées par ces enseignes pour décourager leur personnel de jouir de leurs droits (sociaux, économiques et politiques) étaient pour le moins brutales, inhumaines et, la plupart du temps, illégales. Toute personne ayant travaillé dans la grande distribution à cette époque sait que la corruption à l'égard des hommes politiques était tellement généralisée que personne n'aurait eu l'idée de se taire. La plupart des extensions de CDUC (3) étaient illégales, le droit du travail était interprété à la sauce "ultra-libérale", le harcèlement moral était préconisé comme un mode de management normal dans la formation des cadres...

Combien d'employés du commerce sur le carreau, dépressifs ou suicidés ? Combien de "unes" dans les grands médias ? Comme si la couverture médiatique était inversement proportionnelle à la représentativité du phénomène. Un hasard ou bien une nécessité pour nos élites ?

L'anti-racisme, nouvelle invention des possédants pour escamoter le concept de lutte des classes et combattre la démocratie républicaine, deux derniers obstacles idéologiques à leur hégémonie économique et politique à l'instar des élites américaines ! Car seules ces deux idéologies furent, dans notre Histoire récente, de puissants leviers qui permirent la remise en cause de l'ordre établi.



(1) Le citoyen syndiqué lutte pour partager les richesses créées par les entreprises. La démocratie républicaine avait comme idéal le vivre-ensemble dans une relative justice sociale. Deux états de faits qui ont toujours été combattus farouchement par les élites possédantes, adeptes des théories d'Adam Smith.


(2) Je précise : à un certain niveau de responsabilité.

(3) Surface commerciale autorisée à l'accès du publique.

09/05/2008

Ce n’est pas la VIe République, c’est le retour à la IVe

 

 

 

La révision de notre constitution est sur les rails. Le Président Sarkozy et le gouvernement totalement solidaires,35144cbb40a9773a05b4d8b77002197c.jpg l’envisagent pour juillet. S’agit-il d’un toilettage ou d’une transformation radicale ? Ce projet montre une double volonté : la dénonciation d’un hypothétique héritage avec le prédécesseur de Nicolas Sarkozy, et le retour au régime exclusif des partis.

Un anti-chiraquisme assumé

A l’approche du référendum du 29 mai 2005 la France débat de l’avenir de la construction de l’Europe, mais également d’un sujet satellite : l’éventuelle adhésion de la Turquie.

Face à une opinion publique de plus en plus favorable au Non, les partis politiques, au sein desquels l’UMP de N. Sarkozy et de Giscard d’Estaing prend une place éminente, pèsent lourdement sur la campagne pour inverser la tendance.

Ils disent tous s’opposer à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Afin de rassurer la frange de plus en plus majoritaire de l’électorat qui ose bousculer le « politiquement correct », le président Chirac fait adopter le 28 février 2005 une révision de notre texte fondamental imposant l’organisation d’une consultation référendaire pour ratifier toute adhésion future à l’Union européenne.

A peine élu à la magistrature suprême en mai 2007, Nicolas Sarkozy prend une double décision en totale opposition avec son passé récent de membre du gouvernement :
— d’une part, la mise en œuvre d’un traité européen "simplifié", copie quasi-conforme du feu traité européen rejeté en 2005, qui sera ratifié par le seul parlement,
— et d’autre part, la modification de l’article 88-5 de notre constitution instituant le référendum obligatoire pour valider une adhésion à l’UE, mesure qui n’aura jamais été utilisée, morte avant d’avoir existée.

Aucun gouvernement autre que celui-ci n’aura fait autant pour offrir à la Turquie une telle ouverture en vue de son entrée dans l’Europe.

Une élection présidentielle tous les cinq ans,

un point c’est tout !

Parmi les autres mesures proposées dans le cadre de la révision constitutionnelle, il en est deux qui retiennent toute mon attention. La première, médiatiquement portée par beaucoup des acteurs politiques et présentée aux Français comme une évidence sympathique, déplace le centre de la souveraineté du peuple vers ses représentants parlementaires. La possibilité d’expression du Président devant eux l’autorisera à faire l’économie d’un compte-rendu de son action aux Français entre deux scrutins présidentiels. Ce n’est pas rien.

Cette mesure concourt, sous des aspects purement indolores, à la mise en œuvre de la règle que le clan sarkozyste veut ériger en « évidence constitutionnelle » : l’élection présidentielle décide de tout, les idées formulées par les candidats sont considérées toutes comme actées par l’élection du candidat qui les a émises, sans aucun droit de considérer que les Français puissent effectuer un choix majoritaire entre deux visions mais non exclusif des projets touchant à tous les domaines évoqués pendant la campagne. La seconde, médiatiquement ignorée, est encore plus grave : les parlementaires nommés au gouvernement retrouveront, automatiquement et sans autre forme de procès, leur siège en cas de départ du gouvernement. Objectif-France combat sans relâche ce projet depuis plus de deux ans, projet prenant en compte une intention dévoilée le 5 avril 2006 au cours d’une convention UMP relative aux institutions : Les « secrétaires d’État, comme d’ailleurs les ministres, pourraient retrouver leur siège au parlement s’ils venaient à quitter le gouvernement » préconisait déjà Nicolas Sarkozy. On entre et on sort du gouvernement suivant les désirs et les besoins de chacun. La pression des partis devient de plus en plus forte. Dans de telles conditions, la solidarité gouvernementale, caractéristique essentielle de l’esprit de nos institutions, mais bien peu respectée aujourd’hui, n’existera plus. Au moindre « coup de blues », le gouvernement deviendra un véritable panier à crabes. C’est tout le contraire du bon sens et de ce que souhaite la très grande majorité de nos concitoyens. Ce n’est même plus la VIe République, c’est le retour de la IVe.

Le régime exclusif des partis politiques

De la désignation à la candidature pour les législatives à la composition du gouvernement de la France, sans oublier la maitrise des carrières politiques de ses membres, les partis politiques vont reprendre le pouvoir que leur avait retiré le général de Gaulle en 1958 et 1962 en le rendant au peuple souverain. C’est le vœu partagé par l’UMP et le PS, il est vrai victimes l’une et l’autre d’une énorme hémorragie de militants… Il ne restera alors de la constitution de la Ve république que l’élection de son président au suffrage universel. Pour combien de temps ?

Article de Alain KERHERVÉ (p Gaullisme.fr) paru le mardi 6 mai 2008 sur le site      Revue républicaine