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22/09/2007

L’avenir, c’est la trahison des promesses

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Les derniers sondages relatifs à la popularité du couple exécutif sont, il faut le reconnaître, plutôt flatteurs. Pour autant, personne n’oserait attribuer un tel résultat à la seule politique menée par Nicolas Sarkozy. L’absence d’une opposition structurée avec des chefs réellement reconnus laisse à penser que les Français s’accrochent désespérément à Nicolas Sarkozy, omniprésent et seul sur la scène politique. Oui, seul ! Les opposants de haut vol ont été casés, à l’image de Dominique Strauss-Kahn et de Bernard Kouchner, et le Premier ministre a décidé de jouer les « courants d’air ». Ce n’est pas un effacement circonstanciel, mais les prémices d’une réforme en profondeur de nos institutions.
Régime présidentiel sans référendum
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La marche vers la présidentialisation du régime est entamée. Et rien n’arrêtera Nicolas Sarkozy. Le peuple ne sera pas consulté contrairement à ce qu’il déclarait le 12 juillet dernier à Epinal : « En France, les valeurs de la République et la conception de la nation créent un penchant pour la démocratie directe plus marqué que dans les autres grandes démocraties où l’on attache plus de prix aux corps intermédiaires et à la démocratie représentative… On peut s’en réjouir ou au contraire le déplorer, mais c’est cela l’identité de la France. C’est cela l’héritage de l’histoire de France. »
L’Europe selon Angela Merkel
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Une exception ? Non. Nous serons dans un schéma identique d’absence de démocratie réelle pour ce qui concerne le traité européen simplifié que le locataire de l’Elysée entend faire ratifier par la seule voie parlementaire.

Les promesses multiples claironnées pendant la longue campagne présidentielle de prendre en compte le « non » majoritaire du 29 mai 2005, la position particulièrement ferme du candidat UMP contre l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, sa volonté exprimée à plusieurs reprises de changer la politique monétaire de la Banque Centrale européenne n’engagent plus le Président de la République. L’Allemagne a pris le pouvoir en Europe, et Nicolas Sarkozy l’accepte. Il recule face à Angela Merkel qui défend avec opiniâtreté les intérêts de son pays.
La politique étrangère s’américanise

Les USA veulent étendre le pouvoir de l’OTAN en favorisant l’intégration européenne de la Turquie. Nicolas Sarkozy l’accepte. Il donne satisfaction à Georges W. Bush. Cela est-il suffisant pour sceller la toute nouvelle lune de miel ? Non. Le nouveau Président veut aller plus loin. Après avoir installé la commission chargée de rédiger, d’ici mars 2008, le livre blanc qui engagera la politique de défense de la France pour les quinze années à venir, il lui demande de « porter une attention particulière au renforcement de la dimension européenne de notre politique de défense et de sécurité, ainsi qu’à notre contribution à la sécurité de l’alliance atlantique (OTAN) dans son ensemble ». Le retour de la France au sein du commandement intégré de l’OTAN est en filigrane. De Gaulle doit se retourner dans sa tombe. Quant à l’Iran, Nicolas Sarkozy tire le premier et identifie la seule alternative possible : « la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran », ouvrant ainsi de nouvelles perspectives à G.W. Bush qui conclut, 48 heures après, que les Etats-Unis « rallient leurs amis et alliés tout autour du monde pour isoler ce régime ».
La bavure linguistique
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La langue française est marginalisée par le protocole de Londres relatif aux brevets européens cher à Lionel Jospin et à Tony Blair, mais rejeté par l’Italie, l’Espagne, la Belgique, l’Autriche et le Portugal. Nicolas Sarkozy l’accepte et propose que la France le ratifie. Il s’incline face aux pressions des multinationales anglo-saxonnes et japonaises, avec la bénédiction du MEDEF.
Comme la croûte des pâtés, les promesses sont faites pour être rompues

Nicolas Sarkozy a tout fait pour récolter une large partie de l’électorat qui a dit « non » à l’Europe fédérale qui nous était proposée au travers de l’ex-traité européen. Elu, il nous le ressert intégralement sur un nouveau plat. Elu, il s’estime libre de faire le contraire de ses engagements. Les discours prometteurs écrits pendant la campagne présidentielle par ses deux serviteurs les plus zélés, Max Gallo et Henri Guaino, sont caducs. Les promesses sont pareilles aux vagues de la mer : elles meurent aussi vite qu’elles naissent. L’indépendance de la France n’est plus une priorité pour Nicolas Sarkozy.

Alain KERHERVÉ mardi 11 septembre 2007
Publié sur Gaullisme.fr