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25/04/2007

Paroles libératrices

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"Un prophète n'est vraiment prophète qu'après sa mort, et jusque-là ce n'est pas un homme très fréquentable. Je ne suis pas un prophète, mais il arrive que je voie ce que les autres voient comme moi, mais ne veulent pas voir. Le monde moderne regorge aujourd'hui d'hommes d'affaires et de policiers, mais il a bien besoin d'entendre quelques voix libératrices. Une voix libre, si morose qu'elle soit, est toujours libératrice. Les voix libératrices ne sont pas les voix apaisantes, les voix rassurantes. Elles ne se contentent pas de nous inviter à attendre l'avenir comme on attend le train. L'avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l'avenir, on le fait."

Bernanos

05/04/2007

L'école républicaine est-elle morte ?

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Question : résumer le problème actuel de l'école française à un problème de pédagogie, n'est-ce pas réducteur ? N'est-ce pas l'arbre qui cache la forêt ?
Comment l'école républicaine, telle qu'elle était il y a encore quelques années, peut-elle survivre à la mort de la République ? Même si tout le monde en parle, la République française est morte ou au bord du trépas. Parler d'un
mort ne veut pas dire qu'il vit encore.
Comment la République peut-elle survivre à la mort de l'esprit républicain ? Parler aujourd'hui de Nation, de souveraineté populaire, de projets collectifs, de culture française (voire de culture tout court) ou d'Histoire de France revient à être taxé, au mieux de réactionnaire, au pire de facho.
Pourquoi le débat actuel ne s'attache-t-il qu'aux détails ? Le pédagogisme à la sauce mai 68 n'est que le symptôme, pas la cause de la maladie. Le pédagogisme et l'idéologie qu'il sous-tend ne se sont developpés que dans le vide laissé par l'idéologie républicaine.
Pourquoi le peuple français a-t-il rejetté l'idéologie républicaine ?
Certains pensent que les horreurs des nationalismes totalitaires, fascistes et communistes, en sont une des causes. Pourtant, ces derniers n'ont remplacé que des états faibles et des sociétés en voie d'atomisation, comme la nôtre actuellement.
Et puis, penser éviter le totalitarisme en instaurant l'anarchie (je parle ici du projet politique et philosophique anarchiste) est une erreur que les anarchistes espagnols ont découvert à leurs dépens dans les années 30, pendant la guerre d'Espagne.

Je pense, quant à moi, que l'origine du mal vient d'une véritable peur du conflit qui traverse la société française, et ce, depuis la première guerre mondiale.
La réaction française à l'envahisseur allemand en 1940 montre bien, qu'à part une minorité, les français n'avaient plus la volonté de combattre. Les intentions allemandes étaient pourtant claires : l'esclavage pour les colonisés. Ces réactions sont compréhensibles mais incroyables pour un peuple qui avait fait de la liberté et de la dignité humaine sa valeur suprême.
Cette peur du conflit s'est également exprimée dans l'adhésion quasi-générale de la population française à l'idéologie communiste qui promettait un monde sans contradictions et donc sans conflits. Elle a enfin explosé dans le projet de société post 68 et son refus de tout conflits : au niveau individuel par le rejet de toute sorte de contraintes (sociales, responsabilité, ambition, déni de la souffrance et de la mort, de l'argent, fusion dans un conformisme communautaire...) ou collectif par la liquidation de tout ce qui peut créer un risque de confrontation (Nations et frontières, idéal républicain, culture française, Histoire de France, fierté individuelle ou collective, syndicalisme et engagement politique, relativisme généralisé sur toutes les valeurs : femme voilées et liberté de la femme, communautarisme et individualisme libertaire... tout est désormais culturel).

Tout ceci permet au peuple français de vivre dans un monde utopique où le conflit a ou peut disparaître.
Il oublie, ou tente de nier, que la confrontation directe a été remplacée par une violence moins visible (ce qui permet d'avoir bonne conscience) mais plus inhumaine et aussi destructrice. Prenons l'exemple des entreprises : la confrontation syndicale a disparu au profit d'un management manipulateur, mélange de propagande prônant des valeurs pseudo-humanistes, de rapports en apparence cordiaux mais souvent lourds de menaces et de peur, de pressions psychologiques, d'incitation à la délation, sans oublier le harcèlement institutionnalisé (je peux témoigner que de nombreuses formations en management, où on vous enseigne le harcèlement avec moult euphémismes, existent). L'employé ou l'ouvrier n'est plus un ennemi que l'on combat avec le respect qu'engendre la peur, mais un esclave qu'on utilise et qu'on dresse à la soumission avec l'aide de psychologues grassement rétribués utilisant les théories comportementales et leurs connaissances en neurobiologie.
Bien entendu, on entretient l'illusion du conflit en s'attaquant à des fantômes ou en tirant sur des ambulances comme les fascistes, les Sadam... ce qui permet d'avoir le statut de héros sans risques (avez-vous remarqué que le nombre d'anti-fascistes est inversement proportionnel au nombre de nazis : c'est mathématique !)

Cette peur du conflit qui transpire par tous les pores de la société française est, à mon avis, la principale cause de l'abandon des principes de l'école républicaine. Pour éviter la souffrance et les conflits qu'engendrent la sélection, la compétition, les capacités inégales de chaque enfant, la difficulté à accéder à la connaissance et à la culture, quoi de plus logique que de supprimer toute sélection, compétition, contrainte, émulation..., quoi de plus naturel que de baisser le niveau pour l'amener au niveau des plus faibles, que de décréter que toute culture est relative : ainsi Mozart n'est pas supérieur à Doc Gynéco. Pour éviter toute confrontation, on recule face aux élèves perturbateurs, aux caïds. Pour se justifier, on leur trouve toute sorte d'excuses psycho-sociologiques ; on
accuse la société, la France, la police d'être responsables, ce qui permet de détourner le problème. Et surtout, on adapte la règle commune à leurs comportements. On a, bien entendu, une recette magique : le dialogue. Mot qui permet, par un tour de passe-passe sémantique, de transformer toutes les reculades en compromis responsable. On recouvre le tout d'un parfum d'humanisme pour se donner bonne conscience et cacher... sa trouille.

L'école républicaine est malade car la République est agonisante. La République est agonisante car la démocratie, et surtout l'homme démocratique a disparu. Ce dernier aspirait à la liberté mais savait que celle-ci est un combat de tous les jours, souvent ingrat, demandant efforts et sacrifices. Il était conscient qu'un individu est le fruit d'une collectivité, et que sans elle, les mots Liberté et Droits de l'Homme sont des mots vides de sens. Bernanos disait que "l'homme totalitaire précède le régime totalitaire". Espérons qu'il ait eu tort.

Rappelons quand même à nos compatriotes, que le seul état qui garantit un monde sans conflits est ...
la mort.
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21/02/2007

Du conformisme de la pensée politique française.

Cher Touriste,
Il me semble qu'il y a une certaine confusion dans votre esprit. Mon propos n'était pas de défendre Mr Sarkozy mais une certaine conception de la société.
Je pense, comme vous, que les idées de Mr Sarkozy sont à combattre dans la mesure où elles représentent une vision anglo-saxonne de la société : communautarisme, profit comme idéal et ciment de la société, non prise en compte des inégalités de fait entre les hommes (celui qui veut réussir peut aller très haut).

Par contre, je pense que votre raisonnement, s'il semble logique, repose sur une succession de préjugés qui me semblent contestables.

1- Contrairement à vous, je pense que la légitimité des institutions républicaines en général, et de la
police en particulier, est remise en cause actuellement. Pas au travers de débats, mais de manière larvée, liée à la survivance de vieilles idéologies fumeuses dans l'esprit des élites françaises. Pour preuve (parmi tant d'autres), cette émission de débat politique sur une chaîne publique (Français votez pour moi, le 30/01/2007). Un reportage mettait face à face un policier et un "jeune" des cités, chacun s'exprimant face à l'autre. Ce reportage est vite devenu un réquisitoire à charge contre le policier, le "jeune" endossant le rôle du procureur, défendant les opprimés des banlieues. Le policier étant, bien entendu, obligé de justifier ses actions devant cette personne. Je ne referais pas l'argumentation sur la police et sur les représentants de la collectivité ; je rappelle que la démocratie ne s'exprime pas dans les rues et les banlieues, ni sur les plateaux de télévision. Cela prouve bien la confusion sur les rôles de chacun : un policier n'est pas un assistant social, ni un médiateur. Il est là pour faire respecter la loi. A chacun son métier..
Des structures de domination sont inévitables dans une société, même si ce terme effraie vos chastes oreilles et vous donne mauvaise conscience. Je répète que l'alternative à une structure de domination démocratiquement consentie n'est pas la libération et le bonheur de l'homme, mais soit la barbarie, soit le totalitarisme (l'apparition du voile et du fondamentalisme musulman en est une preuve éclatante). Je vous invite à relire vos livres d'histoire contant la libération de l'homme par Lénine ou Marx ( Et pourtant le rêve d'anarchisme existait déjà ).

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2- Contrairement à vous, je n'aurais pas l'hypocrisie de rendre Mr Sarkozy seul responsable de la situation dans les banlieues. C'est un état de fait qui existe depuis au moins 20 ans. Les gouvernements précédents n'ont eu comme seule obsession à ce sujet de "ne pas faire de vagues" et donc de fermer les yeux sur les trafics en tout genre, la polygamie, l'excision, les mariages forcés, le grand banditisme voire le terrorisme et j'en passe...Ce qui leur permit d'éviter de régler le problème de la paupérisation dans ces quartiers : trop risqué pour leurs carrières.

3- Contrairement à vous, je ne pense pas que la question de la délinquance se règlera en nombre
d'effectif (la France disposant d'une des plus grandes proportions de policiers par citoyen en Europe) mais bien par la volonté politique. Celui qui ne veut pas mettre sa carrière en jeu n'a qu'une solution : jeter les problèmes sous le tapis.
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4- Contrairement à vous, je ne pense pas que la délinquance a pour seule cause la pauvreté et qu'elle est donc uniquement imputable à la société. Ma mère fut orpheline de guerre. Comme tant d'autres dans les années 50, elle a connu la misère (je précise la misère, pas la pauvreté) financière et affective bien éloignée de celle nos banlieusards médiatisés en Nike et blousons de cuir. Malgré cela, elle m'a toujours enseigné le respect de ce qui nous permet de vivre ensemble : la République, la démocratie, la loi, nos institutions, notre Histoire... Réduire le problème de la violence et de la délinquance à un problème économique et social est une vaste fumisterie, ou la répétition idiote d'un schéma de pensée stérile (marxiste en l'occurence) et souvent intéressé. Je pense, quant à moi, que ces problèmes sont également liés à une crise de représentation et de valeurs de la société française.

5- Contrairement à vous, je ne pense pas que la mondialisation soit la seule cause du délitement social. Au
début du XXème siècle, le volume des échanges entre les pays était à peu près équivalent à celui de notre époque (ce qui est l'une des explications de la crise de 1929). Pourtant, malgré la misère et la pauvreté qui existaient à l'époque, les français étaient fiers d'être français. Ils étaient attachés à leur Nation, à son Histoire et à sa culture. Je pense que la cause de la déliquescence sociale se touve plutôt dans le refus d'un peuple, mais d'abord et surtout de ses élites, d'adhérer aux valeurs de ce pays, chacun pensant à son propre intérêt. Malgré les beaux discours, il n'y a plus de citoyens ; il ne reste que des consommateurs, le principe de responsabilité envers la collectivité ayant totalement disparu au profit de la notion de confort personnel.

En conclusion, vous êtes représentatif d'un courant de pensée typiquement français qui refuse la notion de conflit. Vous pensez qu'en étant aimable, poli et compatissant, vous convertirez une crapule en agneau. Cette conception très "chrétienne" - ou très rousseauiste si vous préférez - ne démontre qu'une chose : vous prenez vos désirs pour des réalités. Vous analysez par syllogisme, vous refusez les contradictions inhérentes à la réalité qui pourraient s'opposer à votre vision des choses. Enfin, vous amalgamez les pauvres des cités aux crapules pour nous faire croire que ces derniers se révoltent au nom des démunis. Un délinquant ou un trafiquant ne défend qu'un intérêt : le sien.
Mais je vous rassure, vous êtes à l'image de 90 % de nos journalistes, intellos, et politiciens...Sauf que ses derniers trouvent beaucoup d'avantages à raconter de pareilles sornettes : cela leur évite de régler les problèmes à la source.

En réponse au commentaire:
http://pericles.midiblogs.com/archive/2007/02/15/en-reponse-a-une-vision-trop-largement-repandue-a-mon-gout.html